Une symbolique de Noël

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S’intéresser à Noël dans notre monde en feu peut sembler complètement décalé. Pour celui qui n’est pas chrétien, que peut représenter Noël ? Même l’existence historique de Jésus a pu être remise en question ! Heureusement pour cette conférence, un même récit peut se lire à différents niveaux. Ainsi l’histoire de la Nativité peut-elle raconter l’évènement historique du Christ et constituer en même temps un guide symbolique des conditions de l’éveil, une sorte d’assistance en lignes (au pluriel) lignes d’écriture sacrée en l’occurrence, lignes de Bible. Dans ce cas, la naissance du « divin enfant » que célèbre le cantique sert aussi à guider pas à pas l’avènement de tout divin enfant, tout Christ qui chercherait à naître parmi les humains. C’est une sorte de tutoriel pour toute personne qui chercherait à faciliter l’avènement de Christ en soi. Christ. D’autres disent Bouddha, espace, pleine lumière, c’est l’enfançon pour les taoïstes comme pour les premiers chrétiens, et les alchimistes le nomment « enfant philosophal ».

Dans ce cas, pourquoi le détour du conte ? N’aurait-il pas été plus efficace d’appeler un chat un chat et de parler clairement ? eh bien non ! Parce que le subconscient et l’enfant en nous  aiment les histoires et s’ennuient quand c’est trop sérieux, parce qu’ils écoutent avec le cœur. Parce que si on ne participe pas, ça ne marche pas, on oublie. Et parce que l’aspect inoffensif du conte lui a permis de traverser presque indemne toutes les folies de l’histoire. Jésus a été crucifié, les chrétiens sont persécutés dans de nombreux endroits, et perdurent tant bien que mal les contes de Noël.

Entrons donc dans ce récit comme des enfants, glissons-nous dans le tableau. De même que dans les rêves chaque partie du rêve représente le rêveur, jouons à ce que chaque partie du conte de la nativité nous représente pour sentir et comprendre en quoi il nous concerne aujourd’hui encore (c’est d’ailleurs depuis longtemps une technique jésuite). Voici: une femme douce et tranquille, son mari, un merveilleux bébé, des bergers et leurs agneaux, des rois en somptueux équipage, un bœuf, un âne. Tous, ils sont nous. Il fait nuit et un peu froid. Au dessus de la crèche, une étoile et le firmament déployé, un firmament de 25 décembre. Le bruissement de l’aile des anges accompagne le souffle régulier des gens et des bêtes. Vous y êtes ? Partout, c’est encore nous.

L’histoire que Luc va nous conter commence au chapitre deux – deux comme le chiffre de la lettre b, Beth en hébreu, qui inaugure la Genèse : « Bereschit, « au commencement », Beth comme la lettre B de Bethléem aussi, où nous allons nous rendre maintenant.

“En ces jours-là parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. […] Et tous allèrent se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.Le Christ naît dans l’histoire des hommes au moment l’occupant romain impose un recensement obligatoire avec déplacement des populations vers le lieu de naissance. Les Romains ne badinent pas avec l’ordre et leur pouvoir est tel qu’il s’étend sur toute la terre (du moins c’est leur point de vue). Il se serait donc agi de compter tous les humains de la terre.

Recenser, ne serait-ce pas une prérogative divine ? Dans la Bible aussi, David, ancêtre de Jésus, procéda au recensement de son peuple mais ensuite, Dieu lui infligea le choix entre sept années de famine, trois années de défaites ou trois jours de peste… Bigre ! Pourquoi ? Parce que dans le principe même, recenser, c’est dénombrer. Or on ne peut dénombrer que le multiple, alors que Dieu est Un. Autant dire que nous n’avons pas à projeter un Dieu comme un vieux barbu sur un nuage, un numéro de plus par rapport au nôtre, fût-il le premier numéro de la liste. Ce qu’on nomme Dieu est au contraire l’expression sans forme de la Conscience, de l’Unité dans laquelle nous sommes, une unité d’amour, lumière qui est vie. Aujourd’hui, on peut parler de l’unité de façon laïque en s’appuyant sur les sciences actuelles, puisqu’une seule et même structure régit tout l’univers.

Le multiple cache et révèle l’unité, si on s’intéresse à l’Un. Mais si on s’intéresse au multiple, on recense, on dénombre des entités séparées, isolables, utilisables, interchangeables et exploitables. En un mot, recenser, dénombrer, c’est refuser Dieu, c’est se donner les moyens de tuer. Alors que Marie soit enceinte jusqu’aux paupières, vous comprenez, on s’en fiche…

Pourtant, l’insertion historique de la naissance du Christ est une bonne nouvelle parce qu’elle crée un lien avec notre situation personnelle. Nous sommes bien nous aussi jusqu’au cou dans l’histoire des hommes et dans la nôtre en particulier, ou je me trompe ? Eh bien l’évangile nous dit que ce n’est pas grave : c’est normal !

Donc écoutons la suite. « Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. »
Joseph est bien de descendance royale, de la lignée de David.
Nous aussi, de la lignée de la conscience.

Et Marie ?Marie, c’est nous, mais nous en puissance seulement dans la mesure où c’est nous dans notre virginité. Les pères de l’église au Moyen-Age ont affirmé la virginité historique de Marie, avant, pendant et après l’accouchement. Cela me laisse rêveuse que cet hymen qui résiste à une naissance, mais c’était forcément miraculeux… Par ailleurs, indépendamment de cette allégation physiologique, la virginité est le symbole de la pureté, c’est-à dire l’absence de souillure du corps, des émotions et des pensées.

En chimie, la pureté c’est l’absence de mélange, c’est du 100% ! La virginité dit donc : « Je suis sans mélange, comme de l’eau pure ». Partant de là, nous sentons bien qu’il existe des vierges non chastes et des mères toute pures. La Sainte Vierge elle, est si pure que l’ange lui avait dit quand il vint lui rendre visite : N’aie pas peur, tu as trouvé grâce devant Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils, tu lui donneras le nom de Jésus, il sera grand et sera appelé le fils du Très-Haut.

La symbolique de Noël dans cet évangile donne ici deux informations précieuses. La première paraît banale : c’est la femme qui devient mère, et jamais l’homme. C’est à dire que, homme ou femme, c’est à notre partie féminine d’accueillir, de porter et d’accoucher l’enfant intérieur, fils du Très-haut. Ce n’est pas à notre partie masculine qui, quand elle est impure, s’agite, fait du business, aime la guerre et vend des armes. En nous cohabitent ce yin et ce yang. Aujourd’hui par exemple, avons-nous laissé de la place au yin, ouverture, accueil et confiance ? Sommes-nous restés tranquilles comme Marie plus tard devant le berceau?

La deuxième information donnée par ces quelques lignes, c’est que nous ne pourrons enfanter le Christ fils du Très Haut si nous ne retrouvons pas notre virginité, si faisons pas ce travail de nettoyage et de tri jusqu’à la pureté. Nos pensées sont-elles dans l’ordre et la lumière, et nos émotions à leur place ? En d’autres termes, n’y a-t-il pas de mélange, pas de contamination entre nos pensées et nos émotions? Et notre corps juste là maintenant, quel renseignement nous donne-t-il ? Est-il tranquille et détendu comme il nous a été donné bébé ou accablé de toxines ?

Poursuivons.
« Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » Pas de place dans la salle commune.

La salle commune c’est nous bien sûr. Et qu’y a-t-il de caractéristique dans une salle commune, dans un réfectoire, une gare, un stade, ou un préau d’école ? Hein ? Le bruit. Avez-vous essayé de faire taire une salle commune ? Si nous y arrivions, combien de temps obtiendrions-nous le silence ? Le bruit n’aime pas le silence, il s’ennuie. Une minute lui semble déjà si longue qu’on en fait un deuil national.

Alors en nous, qu’est-ce qui fait tout le temps du bruit ? Notre tête. Notre mental et ses pensées. En d’autres termes, comme il faut du silence pour concevoir et enfanter le fils de Dieu, nous savons qu’il ne naîtra pas au milieu de notre mental. Inutile de chercher par là. C’est clair : comme dans les hôtels de Bethléem, il n’y a pas de place pour le divin enfant. Nos pensées disent au silence : Ouste, dehors ! Franchement, quel est notre temps moyen de silence entre deux de nos pensées ?

C’est là qu’intervient la crèche, qui est selon le dictionnaire une « mangeoire à l’usage des bestiaux, installée le long du mur de l’étable, de l’écurie ou de la bergerie. » D’où, bergerie, étable. Que nous raconte la crèche ? D’abord, que Dieu et les rois de la terre n’ont pas les mêmes critères et que la véritable souveraineté se trouve dans l’humilité (vous voyez Macron dans une étable ?) La crèche dit aussi qu’il faut réunir en nous un certain nombre de conditions pour porter le Christ : bannir tous nos conditionnements, nos préjugés et nos peurs, nous ouvrir à la fabuleuse liberté de Dieu. Elle nous pose crûment cette question : quel travail de libération as-tu mené sur tes emprisonnements ? Les as-tu seulement vus?

Bref, dans la crèche se trouve une mangeoire et dans la mangeoire, Jésus. Quelle est la symbolique du Noël de la mangeoire? Ce doit être très important puisque le récit insiste lourdement sur ce fait. Après la première mention que je vous ai lue, les anges s’adressent ainsi aux bergers : « Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et en effet, ceux-ci « découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. » Trois fois. On ne peut pas dire plus clairement qu’être Christ, être la manifestation de l’intelligence supérieure et de l’amour inconditionnel, c’est être un aliment pour les animaux que nous sommes… En outre, existe-t-il sur terre un seul animal plus effrayant que nous?

Ah, mais stop ! Si être Christ, c’est direct être mangé, est-ce que ça vaut vraiment la peine de se donner tant de mal à faire naître cette dimension en nous ? Si c’est pour être aussitôt sacrifié… La question est légitime, et nous y avons souvent répondu. Répondu non bien sûr.

Pourtant l’étrange symbole de la mangeoire est selon les anges une « bonne nouvelle », à tel point qu’ensuite, Mathieu dit qu’il y eut avec l’Ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » D’ailleurs Gabriel avait dit à Marie : “Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin.” Si nous devenons Christ, notre règne n’aura pas de fin non plus, sans doute. Ça vaut la peine d’y réfléchir…Alors entrons dans l’étable. Au premier abord, nous sommes saisis par l’odeur. Une étable, ça sent la terre, la bête, la chaleur animale et pas seulement !  Odeur des bêtes, odeur de pipi, odeur de bouse, odeur du lait qui gicle dans les seaux. Quand mes enfants étaient petits nous allions chercher ainsi le lait dans une ferme de montagne, mais certains ne voulaient plus y aller : « Ah non ! ça pue, c’est dégoûtant ! » Pourtant ce lieu insolite était à la fois répulsif et attractif: le foin, la tranquillité des vaches et des fermiers, la pénombre et les meuglements aléatoires nous donnaient l’impression d’être entrés dans un autre monde, un temps arrêté depuis le début des temps, une sorte de grotte immémoriale.

Or n’oublions pas que la crèche, c’est nous. Nous, oui, mais où ? La salle commune c’était la tête, mais quel est cet endroit creux, sombre et chaud, animal, rempli de pipi-caca, d’odeurs peu suaves, avec une mangeoire ? Pipi caca, c’est pour la vessie et le gros intestin, la mangeoire c’est l’estomac… Nous y sommes ! Dans la symbolique de Noël, la crèche, c’est le ventre. D’ailleurs nous aussi, graines de Christ, où avons-nous poussé ?

Quelle information nous donne cette partie du récit ? Elle dit : « Au milieu de la crèche, au milieu de ton ventre, repose l’enfant endormi, son souffle est tranquille. Toi aussi que ton ventre s’élève et s’abaisse gentiment au souffle du petit immobile. Car c’est le ventre la maison de l’Enfant. Laisse-toi bercer par le silence surnaturel de ce lieu où rien ne se pense tandis que tout se respire et toi, fais pareil : ne pense pas et respire. Aime tout, aime-toi toi-même dans ton ventre d’abord. » Rapporté à notre quotidien demandons-nous juste pour aujourd’hui si nous avons aimé notre ventre, rien que le temps d’une petite méditation ou d’un court massage? Ou encore, très prosaïquement, quel type de nourriture avons-nous déversé dans sa mangeoire ?

Revenons à notre visite de la crèche. Le petit Christ est au centre. A sa droite, il y a Joseph et le bœuf, tandis qu’à sa gauche, côté cœur, il y a Marie et l’âne de Marie, sans doute une ânesse qui reste à ses côtés pour veiller sur elle et le petit dans une solidarité de femelles. Gardons notre principe de lecture : tout ça c’est nous, c’est en nous. Pourquoi Joseph et Marie sont-ils postés ainsi de chaque côté du Christ ? Ils représentent les colonnes masculines et féminines de nos corps, le yin et le yang ; la gauche et la droite, la matière et la lumière, ce qui vient d’en bas et ce qui vient d’en haut.

Pour représenter cela, les santons figurent Joseph debout et Marie agenouillée. D’ailleurs la Bible dit que Joseph est seulement le père adoptif du Christ, son vrai père étant l’Esprit Saint. “Esprit”, en latin spiritus c’est à dire souffle, comme comme la racine des mots ins-pir, ex-pir ou re-spir-ation. Lumière. En d’autres termes, Le nouveau testament dit expressément que le Christ au centre nait du mariage de la lumière avec la matière ou encore de l’Esprit avec Marie, du Yang avec le Yin. « Apprends à connaître les colonnes à la droite et à la gauche de ton centre, sinon il n’y aura pas d’enfant au milieu » clament les santons. Le faisons-nous? Avons-nous conscience que le souffle est lumière ou comme le disent l’Inde et la Chine, que le souffle est prana, chi ? Aujourd’hui par exemple, avons-nous aspiré, respiré un peu de chi ? L’avons-nous conduit jusqu’au ventre?

Et le bœuf près de Joseph à droite de l’Enfant, quel secret nous délivre-t-il ? Le bœuf est la version édulcorée du taureau, le taureau puissant et superbe de l’énergie sexuelle qu’on voit chez les Grecs avec le taureau de Crète. Vous vous souvenez de cet exploit d’Hercule ? Il dut sans le tuer, maîtriser, monter et ramener docile entre ses jambes ce monstre piétinant et ravageur. Aujourd’hui encore les corridas nous montrent comment un petit homme en habit dit « habit de lumière » doit maîtriser un taureau noir et fumant bien qu’on l’ait préalablement drogué (le taureau, pas le toréador!). Au cas où nous hésiterions encore à accepter l’analogie taureau-force sexuelle, regardons ce beau toréro qu’on récompense en lui octroyant les oreilles de l’animal. Les oreilles sont pour les Chinois les portes des reins, directement liés aussi à la force sexuelle.

En d’autres termes, le taureau qui ne sait pas quand on le lui demande, se tenir tranquille comme un bœuf, qui ne peut conduire une ligne de sillon droit et précis sous l’ordre de son maître, piétinera furieux le Christ en nous avant qu’il ne se forme. Maîtriser le taureau est certes, selon les Grecs, un exploit herculéen, mais il est possible puisqu’à la crèche le taureau ne détruit pas le bébé Christ, mais au contraire le réchauffe de son souffle. Telle est la leçon donnée ici : « Surveille tes pulsions sexuelles et raffine cette énergie, car maîtrisée, la force sexuelle donne tout pouvoir. Non maîtrisée, elle est source de violence, de destruction et d’autodestruction. » Pour nous y aider, en continuant à cartographier la crèche et notre ventre, nous nous rendons compte que, à droite du bébé, à droite du ventre, le taureau et le foie se superposent.

Nous avons donc une piste de travail. Sommes-nous attentif à la santé de notre foie? Le conseil de base sera d’abord de nettoyer le foie par des pratiques diverses et une alimentation saine. Ensuite, regardons en face notre vie sexuelle. Dans ce chantier de nettoyage et d’alchimie, où nous situons-nous ? Sommes-nous déséquilibrés dans un sens ou dans l’autre ? Savons-nous diriger cette énergie où nous le décidons ? Sommes-nous en paix avec notre sexualité ? Notre taureau est-il sauvage, est-il à l’article de la mort, ou est-il semblable à celui de la crèche ?

Et que nous apprend l’ânesse ? Elle est à gauche de Jésus, comme l’organe de la rate dans notre ventre. La médecine chinoise met la rate en lien avec la terre, avec la chair, avec l’incarnation. Voilà pourquoi Marie est placée près de l’ânesse : pourrait-il y avoir une incarnation sans une mère ? Les taoïstes voient aussi dans la rate le siège de l’égo, avec lequel nous vivons cette incarnation. Ils disent que la rate stocke les ressassements, les fermetures, le rapport au temps, et ce qu’on nomme le « caractère ».

Cette analogie entre l’âne, la rate et l’égo qu’on nomme aussi le mental, me rappelle une conversation avec un de mes neveux parti à Compostelle avec un âne. Il m’a dit qu’il n’y avait rien de plus vrai que l’expression « têtu comme un âne ». « Tu ne vas pas où tu veux avec lui tant qu’il n’a pas reconnu que c’est toi qui commandes. Il peut s’arrêter brusquement et même te barrer la route ! Tu dois lui administrer la preuve que c’est toi qui disposes de la carotte et du bâton… c’est toute une affaire mais quand tu as réussi, un âne, c’est un trésor. Intelligent, serviable, solide et fiable. En plus, avait-il ajouté, le mien est un rigolo. »

Ainsi de notre égo. Si nous le laissons faire, jamais il ne nous portera jusqu’à la crèche : le chardon au bord du chemin l’intéressera bien davantage que la naissance du Christ. Le tiercé ou la saison 10 d’une série l’intéressera bien davantage. Mais puisque l’âne de la crèche souffle sa chaleur au service de l’enfant Jésus, c’est parce qu’il existe un état où l’égo ne revendique pas de pouvoir, heureux d’être couché près de l’enfant Dieu, tranquille serviteur. Le conseil de la crèche est donc de nous intéresser à notre rate. La purifier par une vie plus proche de la nature et une attention au présent ; et puis voyons quelle est notre relation avec notre mental, notre égo. Qui commande chez nous ? Qui obéit à qui ?

Avant de passer à la suite du récit, observons l’ensemble. Que voyons-nous ? dans le calme de la nuit, aux rayons des étoiles, tout converge autour du bébé-roi au centre. Joseph et Marie, le bœuf et l’âne, le yin et le yang, la sexualité et les capacités de penser, tout est centré, tout est silence. Rien n’est figé et pourtant rien ne bouge. « Tiens-toi tranquille », dit le récit de Luc.  C‘est la base.

La suite du récit de la nativité, nous la trouvons chez Mathieu. Et là, surprise ! Elle se trouve aussi comme chez Luc, au chapitre 2, comme Beth, et Bethléem. Que devons-nous en comprendre?

Comme chez Luc, on commence par un ancrage historique, « au temps du roi Hérode le Grand. » Puis, tout de suite on enchaine sur les Rois Mages, dont l’existence historique est moins certaine, mais la puissance symbolique énorme. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient”.» dit Mathieu.

Tiens ! Selon ce texte, ce ne sont pas des rois mais des mages, c’est-à-dire des magiciens, et il n’est pas question de nombre. Pourtant la tradition nous dit bien qu’ils sont trois. Pourquoi trois? Pour représenter les trois continents alors seuls connus ? Il existe aussi une interprétation cosmique. Il se trouve qu’en hiver la constellation d’Orion

se trouve au centre du ciel. Orion ce chasseur céleste porte une ceinture faite de trois étoiles en lignes qu’on nomme justement les trois rois mages. Dans ce cas, les mages (qui sont nous n’est-ce pas ?) représentent cette part de nous qui parcourt le temps comme un chasseur en quête d’infini à la recherche du Christ et profite du calme des longues nuits pour s’intérioriser.

Pendant que nous sommes le nez en l’air vers Orion, regardons le firmament de cette nuit d’hiver. A l’est d’Orion, c’est la constellation de la Vierge, et comme l’étoile qui se lève du côté du soleil, le ciel nocturne montre que le petit Jésus nait de la Vierge. A l’ouest, c’est le poisson. En d’autre termes, le travail de l’enfant portera ses fruits pendant toute l’ère du poisson dont nous venons de sortir puisque nous sommes entrés dans l’ère du verseau. De plus, il se trouve qu’en Grec les initiales de “Jésus Christ fils du Dieu Sauveur,” ça donne ichtus, c’est-à-dire poisson. Enfin, la vie de Jésus telle qu’elle nous est transmise fait une grande place au poisson, qu’il s’agisse de la multiplication des poissons ou du métier de pêcheur des apôtres. Jésus dit même à Pierre qu’il deviendra pêcheur d’hommes.

Les brèves indications de Mathieu nous incitent à regarder vers le ciel. Elles donnent à la naissance du bébé roi une insertion historique d’une autre échelle que les calendriers de la terre à la naissance du Christ. Tout en conférant à cette naissance une importance cosmique, cela renforce son sens symbolique : le Christ nait de la pureté – la vierge, il est destiné à la multitude qui vit sous l’eau loin de la lumière – le poisson. Et cette multitude, c’est qui? Nous dans nos richesses et nos contradictions intimes, dans nos mémoires ancestrales.

Mais revenons aux mages. Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui, disent-ils au roi Hérode, qui selon Mathieu, en fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Hérode se renseigne et découvre que cet autre roi des Juifs doit naître à Bethléem. Il envoie les mages comme indicateurs pour son noir dessin : se débarrasser dans l’œuf de son rival. Je n’insisterai pas sur l’identité d’Hérode et de cette partie de nous qui a toujours peur d’être détrônée par tout le monde, et principalement par l’éveil de la conscience. De combien de machinations nous rendons-nous capables pour étouffer le bébé roi sitôt qu’il nous offre un peu de vastitude ? La conscience a besoin de silence, nous l’accablons de bruit, elle veut du calme et du centrage, et nous sommes agités et dispersés. La conscience pour être entendue veut que nous oubliions notre égo et nous n’écoutons que lui…D’ailleurs tout le travail que nous indique le récit que nous décryptons, est-ce qu’Hérode en nous voudra s’y mettre ? Poursuivons.

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Oui, mais avec quel moyen de locomotion? La tradition nous les présente montés sur des chameaux. Les rois mages, c’est nous, mais les chameaux aussi sont nous. Ces animaux sont exceptionnellement endurants et sobres, capables de se relever après les tempêtes les plus violentes et de protéger les hommes qui se mettent à leur abri. Endurance, sobriété, courage et générosité, quatre qualités nécessaires à qui cherche l’éveil. Alors dans le désert de notre vie obscure, nous qui ne sommes pas éveillés, gardons près de nous les chameaux du courage et de la persévérance. Surtout ne nous inquiétons pas, nous en avons, la tradition nous l’affirme puisqu’elle en donne aux mages. Dans notre quête, nous serons aidés. Aidés par les chameaux, aidés aussi par l’étoile qui les guide inlassablement du haut du ciel.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie, dit MathieuQuel est donc le symbolisme de cette étoile ? Positif, c’est sûr puisque tout le monde préfère être né sous une bonne étoile. En ce qui nous concerne, nous occidentaux, nous devons notre chance à une étoile non identifiée parmi des milliards d’étoiles. La Chine antique propose à l’enfant une démarche plus poussée en lui demandant de se choisir une étoile : « Choisis comme ange gardien une étoile dans ce ciel. Vois-la, sens-la et relie-toi, puis tous les soirs, relie-toi à ta mère céleste car cette étoile deviendra pour toi l’étoile du bonheur qui t’aidera à ne pas oublier ton origine. »

Mais il y a aussi des êtres pour lesquels l’univers invente une étoile. Le Christ a été signalé par une grosse étoile à cinq branches, apparue tout exprès pour lui, comme un GPS et Virgile dit la même chose d’Enée. Après la ruine de Troie, ce fils d’Anchise roi de Troie et d’Aphrodite-Vénus la déesse de l’amour, fut guidé par une étoile personnelle jusqu’au rivage de ce qui devint plus tard Rome. Pour Jésus, l’étoile a été identifiée : c’est l’étoile du berger, c’est-à-dire Vénus. Vénus, déesse de l’amour donc, il n’y a pas de hasard : c’est l’amour qui nous conduira à la découverte du Christ en nous.

Plus précisément, selon ce que disent les alchimistes et les Francs-Maçons, l’étoile, l’étoile flamboyante
même, symbolise l’accomplissement. Car qu’est-ce qu’une étoile, sinon d’abord un soleil ? Et qu’est-ce que le soleil qu’on voit, sinon pour les hommes l’occasion de se rappeler le soleil qu’on ne voit pas, la lumière divine de la pleine conscience ? La maman du petit Jésus a reçu aussi le nom d’Étoile du matin, comme la reconnaissance de sa réalisation du grand-œuvre, autrement dit de sa part divine, claire et pure conscience. Lorsque l’étoile s’arrête sur la tête du divin enfant, c’est la signature que Dieu est là, que l’enfant n’est pas séparé de son origine, qu’il est bien « le Fils du Père ». Et lorsque cela arrive, qu’est-ce qui se passe ? les mages nous le disent : Ils se réjouirent d’une grande joie.

Chez les Tibétains, depuis bien avant Jésus et les francs-maçons, on médite sur l’étoile à cinq branches avec Vajra Sattva et les Cinq Dyanis bouddhas, on en trouve chez les Celtes et encore aujourd’hui, ici même, dans les halls des supermarchés, l’étoile à cinq branches clignote en haut des sapins, comme un rappel obstiné dans notre monde désacralisé : « Enfant, pour recevoir des cadeaux au pied de l’arbre sur la terre, il te faudra regarder l’étoile en haut vers le ciel. » L’étoile est dans le ciel, n’oublions pas de lever le nez, et les yeux pour la suivre. Si l’étoile est universelle, c’est que son symbole doit être puissant.

Voyons ce qu’en dit Aivanhov. Chacune des branches de cette étoile symbolise une vertu cardinale, et pour la garder ou l’attirer au-dessus de sa tête, il faut les cultiver : Sagesse, Amour et Vérité, Justice et Bonté. Sagesse du père, amour de la mère, vérité de leur enfant immuable, ces vertus célestes nécessitent que la Bonté tempère la rigueur de la Justice divine. Comme elle est dessinée d’un seul tenant, l’étoile montre qu’aucune de ces vertus n’est séparée des autres et on voit que le trait dessine à l’intérieur de l’étoile un pentagramme.  Nous sommes invités suivant le nombre d’or à nous y installer pour méditer au milieu de ces cinq vertus : Sagesse, Amour et Vérité, Justice et Bonté. Suivre l’étoile, c’est être attentif et amoureux de ces vertus. Nous interrogeons-nous avant chaque pensée, chaque émotion, chaque acte pour savoir s’ils sont empreints de sagesse et d’amour, de vérité, de justice et de bonté ?

Nous sommes d’accord que c’est un vaste chantier, l’œuvre de toute une vie. Mais ce grand-œuvre permet petit à petit de redresser les actes erronés et les chemins tordus de nos ancêtres et aussi ceux de notre propre passé. Ainsi nous nous rapprocherons de l’harmonie avec notre père et notre mère célestes. Et voyez! L’homme de Vitruve dessiné par Léonard de Vinci, il s’intègre parfaitement dedans, la tête en haut vers le ciel et les deux jambes sur la terre. Un jour l’étoile ce sera nous.

Une autre des caractéristiques des étoiles est qu’elles se voient de loin. D’ailleurs les mages – un blanc, un noir et un rouge peut-être venu d’Inde selon la légende dorée de Voragine, suivent depuis des endroits très différents la même étoile. C’est une façon de dire qu’il y a nombreux pays, de nombreuses cultures, de nombreuses coutumes, de nombreuses couleurs de peau, mais une seule vérité : il n’y a qu’une seule origine, il n’y a de Dieu que Dieu. Les mages ne sont pas venus de Palestine, ils s’y sont retrouvés. Certes, il faut commencer par lever le nez : au ras de terre, on voit surtout les différences. L’étoile biblique nous pose donc de nombreuses questions…

La suite du récit est vraiment enthousiasmante ! Elle nous dit : cherchez et vous trouverez. Les mages trouvent le Christ. D’ailleurs leur visite porte aujourd’hui encore le nom d’épiphanie, du grec : faire voir, montrer. Les mages s’éveillent donc à ce qui était caché. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Les rois mages nous indiquent ce qui se passe à l’heure de la Rencontre. Ici donc, la symbolique de Noël donne à la fois une série de consignes et un dévoilement, une épiphanie, de ce qui se passera lorsque le Christ naîtra en nous. D’abord, cette découverte fait de nous des rois.  L’or, l’encens et la myrrhe, c’était très cher et proprement des attributs royaux.

Commençons par l’or. C’est le symbole dense de la lumière, symbole royal, principale richesse, sagesse. Dans notre corps, où est cet or de sagesse ? Dans le centre supérieur des glandes du cerveau que les taoïstes appellent la chambre de cristal, c’est cet or la lumière qui brille sur le front des sages, le troisième œil ouvert, et selon Jésus la lampe du corps. Ajna chakra. A l’heure de notre nativité, nous ne pourrons qu’offrir notre lumière à la lumière. Cherchons à recevoir cet or, ouvrons notre oeil. Reconnaissons que nous sommes lumière et sagesse et découvrons notre or ! Reconnaissons-le en nous et ne l’enfermons pas pour nous : nous recevons, donnons.

L’encens, c’est ce bâton sacré dont la fumée montante embaume le ciel et purifie notre espace tandis qu’il disparaît dans l’offrande. C’est le symbole de la prière qui monte vers Dieu et nous mène à la disparition de nous-mêmes. De quelle partie du corps jaillira-t-elle ? Du cœur n’est-ce pas, c’est-à-dire de l’amour. A l’heure de la rencontre, l’offrande aura consumé toute idée de nous dans l’unique sensation de l’amour, du moins c’est ce que racontent unanimement les récits de cette expérience. N’attends pas, fais monter les volutes de l’amour inconditionnel dans ta vie de chaque jour, que ton amour cherche l’Amour. Tel est le conseil du mage à l’encens.

La myrrhe, c’est une sorte de résine parfumée dont on disait qu’elle était un hymne à la vie. Elle servait donc d’onction à la fois à l’heure de l’amour et à l’heure de la mort pour l’embaumement. Elle concerne le corps, et son centre énergétique est le ventre. Les témoignages qu’on peut lire par ailleurs nous expliquent comment comprendre le cadeau de la myrrhe. A l’heure de la nativité, l’amour et la mort fusionneront, notre mortalité s’anéantira dans l’éternité et notre corps ne sera pas oublié. En attendant, le conseil, c’est de donner le plus de vie possible à notre corps puisqu’il est le temple de Dieu. Les questions de la myrrhe pour aujourd’hui sont les suivantes : Prenons-nous vraiment soin de notre corps ? Le respectons-nous ? Considérons-nous qu’il nous appartient et que nous pouvons en faire ce que nous voulons ? Avons-nous conscience qu’il est fait pour devenir un lieu de lumière ?

Or, encens et myrrhe ; tête, cœur et corps, voilà une nouvelle raison pour le chiffre trois : esprit, sentiments, manifestation véridique. Mais attention ! Mathieu raconte que les trois grands rois entrent et se prosternent ensemble. La consigne est donc claire : que notre corps, nos sentiments et notre intelligence marchent ensemble et unifiés ou alors nous n’arriverons pas jusqu’à l’Enfançon. La conscience une ne peut naître dans la division.

Comment ça, ils se prosternent ?
Mais se prosterner, ce n’est vraiment pas de notre goût, petits Hérode que nous sommes, nous qui n’avons pas compris que si c’est à l’intérieur que nous rencontrons l’éveil, ça signifie que ce à quoi nous nous éveillons est déjà là. Les mages se prosternent devant ce qu’ils sont et qu’ils ne connaissaient pas (nous revenons au sens du mot épiphanie) … Quoi ! disent donc nos petites personnes, nous pro-sterner?  incliner jusqu’à terre notre corps, notre poitrine (sternum) et notre front, jamais ! C’est trop humble pour être supportable ! C’est ainsi que les santonniers représentent plutôt les rois mages genou en terre comme ceux qui venaient devant leur suzerain pour l’adoubement. Cette question de la prosternation nous interroge directement sur la façon dont nous cherchons à rencontrer cet espace. Y allons-nous le menton haut ? Consentons-nous à poser le genou en terre en signe d’allégeance ? Ou rendons-nous complètement les armes de notre égo à la terre ?

Nous arrivons à la fin. Après un temps dont le récit ne donne pas la durée – et pour cause puisqu’ils ont rencontré le sans temps, les mages vont s’en retourner. Mais, termine Mathieu, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Rencontrer la conscience de l’univers, ce n’est donc pas perdre tout espoir de retrouver sa terre, simplement ce sera par un autre chemin. Désormais, aucun Hérode ne les trompera plus. Après l’expérience de la connaissance, le chemin ne peut plus être celui de l’ignorance, l’étoile est devenue intérieure et comme le Christ. Comme Marie étoile du matin, les mages brilleront pour le bien de tous les êtres. Ainsi de nous.

Si l’enfant en nous s’est laissé bercer et émerveiller par l’histoire de l’amour qui s’incarne, il lui est possible ce 25 décembre de suivre le petit Jésus, de l’aimer, et de mettre une bougie devant la crèche et d’écouter dans le silence la musique des anges. « Laissez les enfants venir à moi » dit Jésus. Oui, mais la « grande personne» que nous sommes, qu’aura-t-elle envie de faire ? Nous sommes libres, comme Hérode, de persécuter le bébé roi. Nous sommes libres d’y être indifférents comme les habitants de Bethléem. Et comme Joseph et Marie, les bergers et les rois mages, nous avons aussi la liberté de nous mettre en route vers l’enfant Jésus, l’agneau de Dieu.

Prenons conscience qu’après le solstice d’hiver, Noël coïncide avec l’allongement des jours, c’est à dire la victoire de la lumière. C‘est seulement peu à peu que la nuit décroît, mais les cadeaux arrivent dès le début ! N’est-ce pas de quoi nous donner du courage? Alors réjouissons-nous avec les petits enfants, et préparons les guirlandes de la joie dedans comme dehors…

2 thoughts on “Une symbolique de Noël

  1. Superbe présentation Françoise, merci je vais faire suivre. Même si j’en parle comme toi, ce n’était jamais aussi bien tourné. Je vais faire suivre. Bonnes fêtes et à bientôt. Bises Sylvie

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