19 janvier 2026

Sommes-nous responsables ?

Pour visionner sur Youtube https://youtu.be/KuTcAyaPkYI

Notre monde traverse une grosse houle, une tempête dont aucun pays ne semble exempté. Nous sommes presque huit milliards de passagers sur le bateau Terre, le navire est en mauvais état et nous n’en avons pas d’autre. La petite Mafalda créée par Quino s’écrie « Arrêtez le monde, je veux descendre ! » et chacun sourit car il semble que ce soit impossible. Sommes-nous responsables de cette situation, nous citoyens lambda ? Avons-nous quelque chose à voir avec les guerres, les déforestations, les incendies, la fonte des glaciers, la pollution, l’extinction du vivant et le Covid ? Ne sommes-nous pas plutôt victimes, comme l’ours polaire sur son carré de glace ou les Indiens d’Amazonie dans leur mer de feu ? Notre époque riche de catastrophes en tout genre demande une réponse. Car si nous ne sommes pas responsables, alors il n’y a qu’à pleurer, rire et vider le fond de la bouteille, tant qu’il y en a une. Et si c’est oui, si nous sommes responsables, devant qui ? quel est notre champ de responsabilité ? Que faire ? Avons-nous le moyen d’endosser une autre responsabilité que celle d’une catastrophe ?

Voyons d’abord ce qu’en pense la sagesse de la langue en examinant le mot responsable et commençons pas la fin. Le suffixe –able indique le pouvoir, la possibilité, comme dans la locution anglaise to be able. Autrement dit, le mot nous suggère a contrario qu’il est possible de ne pas pouvoir, sinon pourquoi le préciser ? Quand une situation est ingérable, c’est qu’il y en a qu’on peut gérer. Alors quand on n’est pas responsable, comment dit-on ? Simplement cela : pas responsable, ou encore ir-responsable… Ce qui n’est pas pareil, puisque si la première tournure est neutre, le mot irresponsable peut être chargé de condamnation. Cela sous-entend que nous ne le sommes pas alors que nous serions pourtant en mesure de l’être. En ce moment de covid, on l’utilise beaucoup à l’adresse de ceux qui portent le masque en barbiche, ceux qui le refusent, qui défendent la chloroquine etc.

Mais que dit le radical du mot, exactement ? Spondere, en latin, c’est d’abord se porter garant, caution. D’ailleurs, dans la même famille en français, on rencontre les mots réponse et répondre et on dit qu’on « répond de quelqu’un » dans le sens qu’on s’en porte garant. Cette caution engage justement notre responsabilité. Si quelque chose n’allait pas, alors c’est nous qui devrions payer le loyer, l’amende etc. Voyons maintenant le préfixe ré- et nous serons arrivés au début du mot. Cela indique la répétition, l’intensité, et l’action en retour. On le voit par exemple dans la formule re-tourner une claque, qui indique un retour de claque, sinon de bâton ! « Action, réaction, » disait Michel Jugnot dans Les choristes. La réaction c’est la ‘ré-ponse’ à un stimulus antérieur. C’est ce dernier sens que nous avons ici. Être responsable, c’est donc être capable de donner en retour à une situation une réponse consciente, une garantie. La responsabilité c’est de se lever et de répondre « présent ». Si la réponse est mauvaise, de responsable, nous devenons coupables… Au masculin et sans suffixe, le répons est religieux. Il renvoie à des textes lus à deux voix, une voix répondant à l’autre.

La notion de relation est donc fondamentale dans la responsabilité. Le renard disait au petit Prince : « Tu es responsable de ta rose. » Mais la première relation est avec nous-mêmes, ou plus précisément, avec nos actes. Dans l’usage habituel, « la responsabilité est la solidarité de la personne humaine avec ses actes » dit Maurice Blondel. Or ils sont nombreux, nos actes. Être solidaires de nos actes, ça veut dire devoir en répondre, ainsi que de leurs conséquences. Quelles conditions préalables délivrent le ticket de responsabilité perpétuelle ?

La première condition, évidente, est que nous devons nous rendre compte de ce que nous faisons et de ce qui s’en suivra. Si on n’a aucune conscience de ses actes, on ne peut pas en être responsable. Le somnambule affolant ses voisins qui le voient marcher sur le toit n’est pas responsable de leur insomnie : il ne sait pas ce qu’il fait. C’est aussi exactement l’argument du Christ sur la croix. Il juge d’un point de vue quasiment pénal que les hommes qui l’ont crucifié sont irresponsables de cet acte. Entre ses clous, il plaide non coupable pour eux en disant à son Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » D’ailleurs, en droit, la démarche préalable à tout jugement pénal est de vérifier au mieux si le criminel est sain d’esprit ou non. S’il est malade mental, il sera soigné, dans le cas contraire il sera puni.

Par conséquent, les enfants dont la conscience n’a ni recul ni expérience ne peuvent pas non plus porter toute la responsabilité de leurs actes. La conscience enfantine est en phase d’expérimentation. Occupée à l’exploration de l’instant, elle ne mesure pas les actes dans leurs conséquences. Le petit garçon qui démonte par curiosité une horloge du 17ème siècle ne fait aucune différence entre l’horloge et ses légos. N’ayant pas de responsabilité, il n’est donc pas coupable non plus. En cas de casse, les enfants déclarent en général qu’ils ne l’ont pas fait exprès, soit en d’autres termes : « Je n’avais aucune idée des conséquences de mon acte ». Ou ils disent encore : « C’est pas ma faute ! » ce qui signifie «  J’ai été surpris du résultat ! » Comme les adultes exonérés par le Christ, les enfants ne savent pas ce qu’ils font.

Pourtant, la loi française n’a reconnu que progressivement l’’irresponsabilité de l’enfant. Dans les temps anciens, les enfants étaient emprisonnés comme les adultes et avec eux, pour des motifs comme vol d’un pain à l’étalage. Dans un monde cruel et sans tendresse, les résultats étaient épouvantables… Ensuite naquirent les maisons de ‘redressement’ ou de ‘correction’, ainsi définies : « Établissements dans lesquels on place les enfants pervertis, mauvais, ayant ou non commis un délit ― et ayant pour but la rééducation morale de l’enfance.» L’idée témoigne d’un souci de la société pour ses jeunes à la dérive. Mais dans quel esprit ? quelle méchanceté, quelle condamnation, quel procès de l’être même ! Glaçant. En conséquence, ce furent des maisons de tortures, d’assassinat et de sévices. N’est-ce pas d’ailleurs un des sens du mot correction ? Surtout quand on dit qu’elle est bonne ? Ces établissements échouèrent dans leur mission à 99 % jusqu’à la dernière maison de ce type qui fut fermée en 1977. Cette date récente n’est-elle pas incroyable ? Le si long silence de nos sociétés est aussi une responsabilité que nous avons prise, comme une complicité tacite.

Aujourd’hui, malgré des échecs éducatifs persistants, on essaye ‘l’aide’ à l’enfance (ASE). Mais c’est Guy Gilbert, prêtre des loubards qui avec ses bagues énormes et quelques gros mots, nous ramène à l’unique responsabilité éducative  : celle de l’amour. Et du point de vue pénal, avant l’âge de 13 ans, la peine de prison est devenue inapplicable. Après 13 ans, elle est très encadrée. La conscience de l’irresponsabilité enfantine est donc admise.

Je voudrais maintenant vous parler des animaux. Vous allez me dire que je pars hors sujet puisque ils sont irresponsables. Eh bien, les avis ont longtemps divergé en Europe. Les animaux durent comparaître en cas de transgression à leurs devoirs et ils furent punis selon leurs crimes, de façon courante au Moyen-Age puis régulièrement jusqu’au 17ème siècle. J’ai appris avec grande surprise en préparant cette conférence que le dernier procès animal eut lieu en 1962.

En effet on admettait autrefois qu’ils étaient membres à part entière de ‘la communauté de Dieu,’ on leur concèdait donc une âme, une forme de conscience et une responsabilité. On estime à l’époque que, fils du même Père que nous, ils entretiennent avec nous une sorte de lien de parenté (vision particulièrement développée dans la théorie de la métempsychose, ou si j’ai bien compris, un moustique peut très bien avoir été un être humain, voire notre grand-mère dans une vie précédente). On allait à l’église avec chiens et moutons, les oiseaux nichaient sous la nef et apparemment ça ne dérangeait personne, puisque c’était la vie autant que le bébé qui braillait pendant le sermon. Il n’y avait pas de dichotomie dans le vivant, on dormait dans la même pièce que son bétail pour avoir chaud et bien des saints se trouvaient peints en compagnie d’animaux.

Cette part de conscience que les animaux partagent avec nous leur donne le droit à la punition. Oui, mais après procès, harangues et plaidoyers. Qu’il s’agisse d’un cochon mordeur ou d’insectes dévoreurs en ces temps de famine, ils pouvaient être exorcisés, exécutés avec ou sans supplice, ou au moins excommuniés, c’est-à-dire exclus de la communauté des créatures de Dieu. Pas abattus sans jugement.

C’est Descartes (dans son discours de la Méthode) qui refusa aux animaux toute possibilité d’être rendus responsables de leurs actes. Comment ? en leur ôtant la pensée. Or souvenez-vous, « Je pense donc je suis. » Je ne pense pas, je ne suis pas. Les bêtes furent dès lors considérées comme n’étant pas, et totalement étrangères aux humains. Elles se trouvèrent ravalées au rang de machines capables de mouvement, tout comme ces automates qu’on commençait à construire. Je cite : « Les animaux sont entièrement assimilables à des machines, ils n’éprouvent aucun sentiment, aucun état affectif ».

Si la responsabilité est le fait de considérer ses actes dans leurs conséquences, Descartes a-t-il mesuré les conséquences de sa théorie ? En isolant les hommes dans l’exclusivité de la conscience, il a modifié le sens de leur responsabilité vis à vis des animaux et ouvert la porte à tous les abus, du simple irrespect jusqu’au crime. Nous écrasons l’araignée et marchons sur la fourmi sans penser un instant que nous endossons la responsabilité de priver un être de sa vie, quand bien même ce ne serait pas notre grand-mère. Pire, nous exterminons des races entières, et bientôt des espèces puisque 80 % des insectes ont disparu ces dernières années. Après la chasse, nous posons arme au poing et sourire aux lèvres à côté du cadavre. En décrétant l’insensibilité animale, Descartes a permis le « Il ne sent rien ! » (servi longtemps aussi aux enfants…) justifiant bien des tortures, des expérimentations animales sans anesthésie etc. Il couvre encore aujourd’hui les conditions de vie épouvantables du bétail entassés hors sol dans les fermes-usines industrielles.

Cette multiplicité de suites désastreuses démontre d’abord qu’une phrase est bien un acte au même titre qu’un acte plus matériel, puisque ses conséquences ont débordé largement le monde des idées. De ce fait, la responsabilité qui nous rend solidaires de nos actes, nous rend aussi solidaires de nos paroles : celles qu’on écrit, celles qu’on prononce, celles qu’on écoute jusqu’à plus soif, et même celles qu’on pense.

On sait maintenant par la physique quantique qu’un simple regard et sa pensée implicite modifient le comportement de la lumière de l’onde à la particule. Les traditions nous le serinent depuis des siècles. Les bouddhistes exhortent à la pensée juste, la parole juste et l’action juste. En écho négatif, les chrétiens avouent publiquement qu’ils ont vraiment péché « en pensée, en parole et par action. »

Or, nous pensons sans cesse, sans maîtriser du tout nos pensées, ni beaucoup de nos paroles. Les contes tentent d’alerter les enfants sur ce point. Par exemple dans l’Arbre aux souhaits de Faulkner, un adulte ayant souhaité un lion, il faut absolument qu’il le désouhaite avant catastrophe ! De nombreuses versions de contes proposent à leurs héros trois souhaits dont le dernier sert à supprimer les deux premiers, tellement ils s’étaient avérés nocifs… Nous n’avons aucune idée de ce que nous penserons dans dix minutes. Que dis-je, dans trente secondes. Alors si nous ne savons pas ce que nous allons penser, comment endosser d’en être responsables? Au moins nous pouvons exercer la vigilance sur la barrière de nos dents et nous entraîner à laisser derrière elle le mauvais ou simplement le douteux… J’aime bien pour évaluer m’aider des critères de Socrate : est-ce vrai ? est-ce bon ? est-ce utile ?

Prenons conscience de notre responsabilité dans ce domaine : Nous vivons dans une intrication non maîtrisée de nos pensées vers les autres et vers les situations, et en retour, des projections des autres sur nous. Ajoutons l’auto-sabotage que nous nous infligeons quand nos pensées sont négatives. Ce réseau de pensées est plutôt un filet. Cela nous enferme les uns les autres d’autant plus étroitement que ce filet est tressé de façon aléatoire, pas toujours visible et qu’il est notre création. A cause de lui, des millions de gens ont abdiqué leur vérité intérieure, n’osant pas changer de religion, de sexe ou de parti. D’autres ont préféré déménager et acheter au prix fort leur rectitude intérieure. En cette période de pandémie, les paroles et les pensées dont nous avons tendance à nous nourrir entretiennent en nous l’anxiété, la peur et la colère, alors que tout le monde sait que ces émotions baissent nos défenses immunitaires. Meurtris par l’actualité, nous égarons notre boussole intérieure. Nous nous traitons les uns les autres d’irresponsables et réciproquement. Le mot devient une invective. Le contrôle de notre esprit devrait donc être notre priorité : c’est notre responsabilité devant nous-mêmes et nos lignées, devant nos enfants et, comme le retentissement de la phrase de Descartes l’a montré, notre responsabilité devant la société.

Toutefois, pour en revenir à Descartes, il serait trop facile de rejeter sur lui seul la responsabilité de toutes nos dérives envers les animaux. Il y en a eu, des gens qui ont prôné des théories fantaisistes ou criminelles sans être écoutés, et d’autres qui avaient raison mais qui ont crié dans le désert. C’est parce que nous l’avons suivi que nous avons fait Descartes. Notre responsabilité devant les animaux est collective. Avec ce constat, nous tenons la solution. Ce que nous avons créé ensemble, nous pouvons le dé-créer ensemble.

Nous allons lentement dans ce sens parce que nous avons du mal à penser et à agir collectivement en conscience. Nous nous sentons seuls, impuissants contre la force ou le nombre. Cette conviction nous empêche, dans une situation globale, de nous montrer responsables des plus faibles, des animaux, des arbres, et cela nous maintient dans la soumission, c’est-à-dire dans une position de co-victime de notre système avec les victimes avérées. Pourtant tous les jours nous pouvons lire des contre exemples ou la liberté individuelle allume la lumière. Lorsque quelqu’un se soulève contre la force avec assez de feu et d’amour, il ne reste pas seul.

Monsieur Mondialisation raconte qu’il y avait une fois en Californie un sequoia millénaire ami d’une jeune fille d’une vingtaine d’années. Un jour, une puissante entreprise décida une coupe sévère dans cette forêt et l’abattage de cet arbre. Qu’y avait-il à faire ? Rien. C’est du moins ce que j’aurais conclu en sortant un mouchoir. Mais Julia monta à 50 mètres de hauteur et y installa son campement. Elle y resta plus de 24 mois, malgré les rigueurs d’hivers gelés et enneigés, les engelures et les maladies. Elle était seule là-haut dans son arbre, mais en bas, des amis et des admirateurs de plus en plus nombreux venaient la soutenir, lui porter à manger, communiquer sur sa situation etc. Un jour, sa santé empira tant qu’elle fut à deux doigts de la mort et… l’entreprise d’abattage transforma son projet en soutien de la nature. Aujourd’hui, Julia Butterfly Hill a créé un mouvement écologique de soutien des arbres et les fruits de son engagement sont immenses. De son côté, le journal LaCroix raconte qu’en Inde, une femme qu’on surnomme aujourd’hui Lady Tarzan a sauvé 200 km2 de forêt. Elle a réuni autour d’elle plus de 7000 femmes qui patrouillent par groupes dans la forêt de toute sa région. Elle a subi plusieurs intimidations et des tentatives de meurtre ainsi que son mari, mais sa voix retentit aujourd’hui dans les affaires publiques.

Les points communs de ces deux femmes, ce sont la conscience de ce qu’elles veulent et la compassion, ce sont la détermination et le courage. Leur source, c’est l’amour. Elles démontrent que la responsabilité collective n’anéantit pas la responsabilité individuelle, au contraire, elle peut la soutenir. Et réciproquement, elles démontrent que la responsabilité prise individuellement à des répercussions au plan collectif. A leur feu d’autres sont venus et leur action commune et différente a eu des conséquences sans mesure avec l’impulsion initiale.

Le retentissement de ces initiatives, comme celui de la malheureuse phrase de Descartes, pose la question de la cause et de l’effet dans la responsabilité. Toute cause a un effet. Dans beaucoup de cas, il nous semble que nos actions ne regardent que nous et que leur suite est domestique. Comme on fait son lit on se couche, dit le proverbe. Mais en vérité, comme tous nos actes s’inscrivent dans un enchaînement, sommes-nous sûrs qu’à aucun moment, ils ne concerneront pas les autres, et qu’en amont les autres n’y sont absolument pour rien ? Pour reprendre le proverbe, qui a tissé les draps ? Et pourquoi nous sommes-nous levés ? Pourquoi n’avons-nous pas jugé bon de faire notre lit ? Qu’en pense le chat ? La liste des éléments inclus dans cette simple action du quotidien pourrait grandement être allongée. Nos actes portent des conséquences qui en provoquent d’autres à leur tour, et ils sont eux mêmes les conséquences de causes préalables. De ce fait, chaque acte est relié dans le temps et dans l’espace à tous les autres, c’est ce qu’on appelle l’interdépendance. Cela s’applique à tous les domaines, jusqu’aux plus insignifiants ou inconscients. J’ai mangé les nouilles du dessus de l’assiette et cela m’a conduite à manger celles du dessous, mon inspir provoque mon expir etc.

Ajoutons que la causalité ne ne nous est pas réservée : elle est une loi générale de la nature. C’est parce qu’il y a du soleil que l’eau s’évapore. Parce que la terre tourne, il y a un soir et un matin, parce que la lune a des quartiers, il y a des marées. Et cela interfère avec nous aussi. Il faut donc envisager dans nos vies des causalités dans tous les sens et sur de nombreux plans. Mission impossible. Il y a de quoi nous décourager ou nous donner envie d’arrêter de respirer pour être sûr de ne causer de tort à personne. Ne sourions pas, la respiration est un sujet très sérieux en cette période de fragilité virale et de contamination respiratoire ! Notre souffle lui-même, pourrait être un danger mortel !

 

La responsabilité que nous portons est donc écrasante à cause de l’interconnexion des causes et des effets. En même temps, il est impossible de ne pas en prendre… car l’absence d’action est une action. Demandons à l’oiseau blessé que nous n’avons pas vu ni secouru et qui finira dans le gosier du chat… Dans certains cas, la responsabilité de l’omission est même sanctionnée par la loi au motif de ‘non assistance à personne en danger.’ Comme on l’a vu avec les maisons de redressement, l’inaction peut être une complicité. Qui ne dit mot consent. D’ailleurs la phrase des catholiques est dans son entier : « J’ai péché en pensée, en paroles, par action et par omission. »

Une conclusion que nous pourrions tirer est que la définition de Maurice Blondel devient inapplicable. Nous ne pouvons plus être solidaires de nos actes car ça n’existe pas, des actes tout seuls et point barre. Pour agir de façon responsable, nous devrions envisager toutes les conséquences de nos actes sur des siècles et pendant que nous y serions, nous devrions aussi nous interroger sur toutes leurs causes depuis le commencement du monde. Il est clair que dans l’état actuel de notre conscience, c’est impossible.

Appliquons cela à Descartes encore ! Qu’un kilomètre de morceaux de sucre en équilibre bascule sucre après sucre, cela signifie que le dernier sucre est aussi totalement relié au premier que le deuxième sucre dans la file. Le dernier sucre est loin mais la conséquence est prévisible. Peut-on dire de la même façon que la ferme industrielle dépend de la fameuse phrase comme le morceau de sucre n’importe où dans la ligne dépend de l’impulsion première ? Pourquoi pas ? On a bien dit que le vol d’un papillon était responsable d’un tsunami et que la distraction d’un laborantin au bout du monde l’avait mis tout entier à l’arrêt. En tout cas, en 1600 et quelques, l’hypothèse de l’existence des fermes industrielles était absolument inconcevable. Descartes, comme les enfants ignorants, ne peut en être considéré comme moralement responsable. Il ne peut se lever et dire Présent, j’en suis garant ! La seule défense qu’il pourrait présenter est donc celle des enfants : Je ne l’ai pas fait exprès.

Heureusement, cette loi de la causalité porte aussi ses promesses car si nous osons des actes justes et bons pour nous et les autres, eux aussi seront à jamais inscrits dans l’enchaînement des circonstances. Bon arbre porte bon fruit dit-on, et jamais figuier ne produit de chardon. Il nous faut seulement de la détermination intérieure. Plus nous nous exercerons, plus nous prendrons le contrôle de notre vie pour qu’elle soit joyeuse et saine. A condition bien sûr d’avoir assez d’éléments d’information pour être sûr de poser des actes positifs. Nous avons en nous un lieu où nous savons si ce que nous faisons et disons est bon. C’est le cœur, il est un raccourci de l’analyse.

Mais conscient que l’ignorance est la source de bien des maux, nous devons aussi chercher à apprendre, à savoir, à connaître. Plus le champ de notre connaissance grandira, plus notre conscience deviendra lucide, plus nous apprendrons à penser clairement et plus nous aurons les moyens d’être responsables de nos actes. C’est ce qu’en éducation on appelle grandir. Il nous faut donc de l’information. Aujourd’hui, nous avons une chance que nos prédécesseurs sur la terre n’ont jamais eue : elle s’appelle internet. J’ajoute qu’à l’époque de la profusion de l’information, l’ignorance est un choix, comme dit Joe Di Spenza. Et bien sûr, tout choix engage notre responsabilité.

Une des raisons qui nous vautre dans l’ignorance est la paresse, mère de l’à peu près et de la cécité. Paresse d’apprendre, paresse d’analyse objective. La pandémie nous invite grâce à son actualité à ouvrir les yeux et mettre de la lumière. Peut-être comprendrons-nous enfin la nécessité de la lucidité pour notre propre compte ? J’ai lu dans un article du Monde du 25 septembre qu’en Thaïlande selon des décomptes officiels, il y a eu 2551 suicides entre janvier et juillet, contre 59 morts du COVID, et la situation économique est telle que la liste des suicides ne peut pas manquer de s’allonger. Était-ce prévisible ? Dans l’affolement des décisions prises contre ce virus qu’il n’est pas question ici de nier, avait-on envisagé de telles répercussions ?

Chez nous, on assiste à une flambée de la pauvreté telle que selon le Secours Populaire, de nombreux rideaux dans les quartiers restent tirés toute la journée. Non pas que les gens soient partis en villégiature. Non. Mais ils ont si faim, ils sont si honteux d’avoir faim qu’ils ne sortent plus, ils n’ont plus le courage de voir le jour. Après le confinement, ils vivent la claustration. D’ailleurs pourquoi sortir ? Il n’y a pas de travail, et pour les jeunes en particulier, pas d’aide sociale non plus. Les faillites ont augmenté en flèche, ainsi que les décompensations psychiatriques, les suicides et les actes de violence. A Crosne, ma petite ville, j’ai appris que la banque alimentaire distribuait de la nourriture pour 250 familles, mais qu’elle allait devoir fermer ses portes faute de salle adaptée au COVID. Je sais que je vais croiser des gens qui auront des crampes au ventre et j’en ai mal au cœur. Notre face à face avec la responsabilité est désormais à notre porte.

Le Covid n’est pas seul en cause. Si on regarde aussi les catastrophes dues aux guerres et au réchauffement climatique, il est clair que notre modèle économique, dans le sens premier du mot qui signifie ‘gestion de la maison’, a failli. Quels que soient notre courage et notre désir d’apprendre, nos actes sont insuffisants, nous sommes comme entraînés par ce que nous avons tous créé. Cette situation qui nous prive plus ou moins gravement de liberté nous montre que nous sommes en mode de survie plus que de vie, et nous barrant les voies vers l’extérieur, elle nous accule vers l’intérieur de nous. S’il faut découvrir une solution et si dehors nous n’en avons pas trouvé, il faut un retournement. Allons dedans, et au lieu de rester d’horizontaux cloportes, essayons la verticalité – qui n’empêche pas l’action horizontale bien sûr. Qu’en pensent les traditions ? Permettez-moi un petit détour de ce côté pour mieux nous ramener à notre sujet dans une autre perception de la responsabilité.

Les bouddhistes placent tous les événements que nous décrivons, tout ce qui se passe dans le monde, à l’intérieur de la roue du samsara. Ils disent que notre seule responsabilité intelligente est de chercher à sortir de là. Pourquoi ? Parce qu’en cherchant simplement à nous déplacer à l’intérieur de cette roue que caractérisent la souffrance, l’impermanence et la mort, nous n’y échapperons pas. Le bonheur n’est pas possible dans la roue car la roue représente un extérieur que nous ne maîtrisons pas et qui même heureux, ne durera pas. La roue ne peut offrir que du provisoire et du non maîtrisé. Fermons plutôt les yeux, disent-ils. Que se passe-t-il ? Nous rencontrons si nous nous apaisons, un espace sans forme, sans temps, et pourtant là dedans, nous ne nous sentons pas sans vie. C’est l’espace de la conscience, un océan d’amour, qui nous entoure et qui nous constitue. Si nous parvenons à le découvrir, disent-ils, nous découvrons que nous sommes la totalité de cette conscience universelle en plus de notre conscience localisée, individuelle qui porte notre nom.

Notre conscience individuelle, quand elle est dans son état habituel, est en mode fermé et nos responsabilités sont limitées par les limites de la matière. Quand notre conscience est ouverte, elle perçoit cette énergie de vie et y participe. Les êtres qui ont réalisé cette mutation nous transmettent que nous sommes comme des cellules d’un même organisme : l’univers entier. C’était le sujet du film Matrix.

Nous plaçant à la source de cette information, notre responsabilité devient absolue. Jugez-en : nous partageons cette énergie d’intelligence et d’amour qui a créé le monde et qui selon les découvertes actuelles, le recrée des milliards de fois à chaque seconde. Comme on efface un tableau pour permettre une nouvelle information, nous pourrions même envisager de profiter de ces instants de blanc pour recréer l’univers dans son ensemble. Enfin, nous… Qui nous ? Il me semble que le défi actuel est de nous trouver.

La Bible elle aussi a bien cherché à nous en informer. Elle nous a appris dès sa première page, que nous avons été créés à l’image et ressemblance de Dieu. Alors nous, nous avons ramené ça à nos dimensions et traduit à contresens, en faisant un dieu à l’image de l’homme, de préférence vieux, barbu et sur un nuage… Mais la science actuelle a redonné sens à l’information première. Dieu n’est pas comme nous, c’est nous qui sommes comme sa manifestation visible : l’univers. Nos atomes sont comme des systèmes solaires, leur nombre est cosmique, et l’essentiel de notre corps est fait comme lui de vide.

Non seulement nous sommes comme lui, mais unis à lui. Du coup, nous sommes Un, unis par le vide dont nous sommes remplis et qui nous relie tous d’un bout du cosmos à l’autre. La physique quantique nous dit de ce vide qu’il est plein : vibration, information. Il n’y a donc plus des trilliards de trilliards d’objets séparés, divisés et potentiellement hostiles, mais un seul ensemble intelligent et cohérent dont chaque corps est une cellule. Toutes les traditions se sont échinées à nous transmettre cette information avant que la science ne nous en avertisse. «  Le Seigneur est Un », disent par exemple chez nous les Hébreux, et l’Islam abonde : « Il n’y a de Dieu que Dieu. » Un seul. De ce fait, qu’on l’appelle Conscience, ou Grand Esprit, ou Dieu, Jéhovah ou Mahomet, ou encore Intelligence supérieure, ou simplement Ciel, peu importe le nom de cet Un : on ne peut pas se tromper, il n’y a que Lui.

S’il n’y a que Un, et non pas des myriades de formes séparées, même pas de Deux, alors les conséquences sont énormes et renversent totalement notre vision du monde et en particulier l’emplacement de notre responsabilité. S’il n’y a que Un sans Deux, plus rien ne peut être extérieur à nous. Tout est intérieur. Le moindre souffle de chacun concerne tout le monde : les hommes, les animaux, les plantes et les pierres. Et même les étoiles et tous les objets célestes. J’ai dit que chaque souffle concernait tout le monde ? Non, chaque souffle nous concerne, nous, seulement nous, parce qu’il n’y a que nous dans notre diversité. Tout acte contre qui que ce soit serait une responsabilité que nous prendrions contre nous-mêmes. En agissant comme des cellules séparées du tout et qui n’en feraient qu’à leur tête, nous agirions comme des cellules cancéreuses. Dans notre inconnaissance de cette possibilité, c’est ce que nous sommes d’ailleurs devenus. Le cancer de la terre.

Saint Paul a utilisé pour nous aider à saisir cette dimension, la comparaison avec le corps. Notre œil et notre pied n’ont rien à voir : ni dans leur forme, ni dans la matière dont ils sont constitués, ni dans leur fonction, ni dans leur place dans le corps. Et pourtant ils sont unis en nous. Le pied ne marche pas sans injonction du cerveau, et l’œil ne voit pas sans ordre, personne n’est supérieur à personne. Quand le pied avance, il a la responsabilité de faire avancer tout le reste du corps. Et quand l’œil voit, il voit pour tout le corps. Nous, nous avons peur des gens différents de nous. Mais c’est comme si l’œil avait peur du pied…

Lorsque nous prendrons tous conscience de cela, nous serons collectivement responsables, puisqu’il n’y a pas de séparation dans le Un. Plutôt que collective, disons que notre responsabilité sera universelle, ou selon la langue des oiseaux qui découpe les mots en plus petites unités de sens, unie vers Elle. Elle, l’Unité. Le réseau inextricable des causes et des effets, des interdépendances et des responsabilités inconcevables deviendra simplement du même ordre que le fonctionnement des réseaux de notre corps… Il deviendra impensable de poser un acte égoïste et séparé parce que ça n’aurait simplement aucun sens.

Si nous décidons d’adhérer à cette vision du Tout en Un, y aura-t-il des avantages avant que nous touchions cette étape de mutation ? La réponse est Oui. Je n’en donnerai qu’un exemple. Plus nous nous en approcherons, plus ce que nous découvrirons deviendra intéressant. Cela prendra au fur et à mesure une intensité plus grande que le monde extérieur des formes et des objets, des histoires et des pandémies et cela nous libérera de son emprise malheureuse, de son emprisonnement même. Or cette emprise ne sert à rien ni personne. En ce moment, le monde extérieur nous paraît plus réel que le monde intérieur et pourtant nous ne pouvons pas exercer sur lui de véritable responsabilité. Sur notre monde intérieur non plus. Si nous sommes malades, le miracle est-il à notre portée ? En découvrant des bribes de cette dimension de créativité et de joie absolue, nous nous offrons et nous offrons au monde de l’air pur puisque nous sommes Un.

Alors, pouvons-nous nous appuyer notre responsabilité focalisée pour rencontrer l’illimité ? La réponse est oui. Comment ? Les conseils abondent, mais ne nous cachons pas que s’il faut vivre la mutation du cerveau en conscience, de l’ampoule à la Lumière, et des émotions à l’Amour inconditionnel, de l’impuissance au miracle, de la partie au tout, nous ne pourrons pas y arriver tout seul. Du reste, dans cette perspective, cette expression ‘tout seul’ n’a aucun sens. Alors écoutons les conseils pour au moins nous diriger dans cette direction. Il relèvera de notre responsabilité de les appliquer. Le conseil que j’ai trouvé dans la Genèse rejoint celui de toutes les traditions anciennes et celui des coachs de notre temps, c’est celui-ci : « Rentre en toi-même, » ou en termes plus actuels, ‘médite’.

Leikh leikha, « va vers toi, pour toi» dit Dieu à Abraham. La consigne dans son entier est celle-ci : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et ‘va pour toi, vers toi’ vers le pays que je te montrerai. » Voyons plus précisément quel coaching cette phrase nous offre.

Premièrement, il faut quitter. Quand ? Dès qu’on est appelé, quelle que soit la forme de l’appel. Certes, l’heure d’arrivée n’est pas indiquée sur un tableau lumineux comme dans les gares et aéroports, et l’injonction « va », comme « Suis-moi » n’indique pas la durée du trajet. Mais par contre l’heure du départ est incontestable : c’est maintenant. Quand tu entends l’appel, là, juste là, tout de suite. Et ne t’avise pas de regarder en arrière : il est impossible d’aller dans deux directions à la fois.

Deuxièmement, que faut-il quitter ? Le texte est radical : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père. » Donc quitte tes géniteurs de chair et la zone du connu, de l’aimé : ta famille, tes copains, ton boulot si tu l’aimes, ton bistro et tes jeux vidéos, ton quotidien. De plus, sachant que le père d’Abraham était un fabriquant d’idoles, cette injonction signifie aussi : quitte aussi toutes les croyances de ta famille, sa façon d’envisager le monde.

Approfondissons. A quel éloignement de nos pères et mère sommes-nous disposés ? La plupart du temps, il ne s’agira pas de leur tourner le dos et de les abandonner, et cela pour une raison simple : ce serait inopérant. Nous pouvons en effet nous tenir responsables de leur bien être et prendre soin d’eux dans leur vieillesse comme ils ont pris soin de nous dans notre jeunesse, mieux qu’il ne l’ont fait peut-être ! tout en prenant nos distances. Et a contrario, on peut avoir rompu avec nos parents et pourtant rester ficelés dans les mêmes fonctionnements qu’eux… Commençons donc par un effort de neutralité objective. Comment se comportent-ils ou se sont-ils comportés ? Quelles sont ou étaient leurs qualités, leurs défauts, leurs mécanismes de réactions ? Comment ont-ils pris leurs propres responsabilités ? Puis tournons notre observation vers nous. Comment sommes-nous ? En quoi leur ressemblons-nous ? Est-ce que nous en sommes profondément satisfaits ? Ensuite viendront les conséquences de notre évaluation. Quelles décisions sommes-nous prêts à prendre, quels changements allons-nous effectuer ? De quelles loyautés familiales allons-nous nous désolidariser ? Mourrons-nous de la même maladie ?

Élargissons notre réflexion aux valeurs patriarcales en général et précisons intérieurement ce que représente pour nous dans cette optique ‘quitter son père’. Quelle posture sur le pouvoir, la politique, la société et la virilité sommes-nous prêts à remettre en question ? Et puis, passons à maman. Que signifierait pour nous l’ordre de quitter notre mère ? Apercevons-nous pour commencer qu’elle n’est pas nommée, sans doute cachée derrière le père ou incluse au milieu des cousins et tontons de la parenté. Et profitons-en pour prendre conscience de la place – ou de l’absence, des valeurs féminines dans notre vie… Y a-t-il lieu de corriger en nous un déséquilibre entre l’homme et la femme, le yin et le yang ? Qu’on soit homme ou femme, y a-t-il lieu d’agir différemment envers les femmes en général ?

Il faudra aussi trouver en quoi concrètement nous devrons démontrer notre libération intérieure, en apportant des changements à notre quotidien. Qu’est-ce qui est répétitif, mécanique dans nos journées ? Qu’est-ce qui nous rattache à de vieilles habitudes sans sève ? Quels comportements, modes de vie, emploi du temps sont directement inspirés de la « maison de nos pères »? Qu’en est-il de nos humeurs ? Très prosaïquement et concrètement : comment allons-nous gérer nos temps d’écran, temps de transport, notre alimentation, nos habitudes sexuelles ? Ces changements peuvent être en effet très intimes. Un de mes amis se tient de plus en plus mal. Comme je lui en faisais la remarque, il m’a répondu : « On est tous comme ça dans la famille en vieillissant .» Et alors ? Tenir debout, n’est-ce pas un beau chantier ? Nos chantiers, prenons-en conscience, ne sont pas égoïstes et personnels, puisque nous sommes reliés.

Si nous ne sommes pas entièrement satisfaits de notre existence, alors que notre programme originel est l’union avec la satisfaction même, cela signifie que nous devrons poser de nouvelles bases et nous quitter, rompre avec ce vieux ‘nous’ que nous commencerons à percevoir comme un vieux fatras. Parce que sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets, avec leurs conséquences incalculables et invisibles. Nos vieilles pensées attireront de vieux comportements et la répétition de vieux schémas. Et nous avons vu où cela nous a menés.

On la retrouve donc là, notre responsabilité, dans l’analyse des changements que nous voudrons apporter et le courage de la mise en œuvre. Nous en répondrons devant nous-mêmes à l’heure où nous serons trop vieux, faibles et malade pour les entreprendre. Alors, avant qu’il ne soit trop tard, il faudra nous alléger, nous délester de nos habitudes inadaptées et en créer d’autres qui nous correspondent. Et dès que nous avons décidé un changement, les aides arrivent puisque nous sommes un. « Quand l’élève est prêt le maître arrive, » dit l’adage. Comme nous sommes tous uniques, cette aide prend des formes différentes pour chacun. Pour ma part je remercie ici, entre d’autres remerciements, maître Mantak Chia qui par son enseignement me permet d’approcher et de partager ce que j’ai compris du Tao.

Leikh leikha, va vers toi. Au fur et à mesure de nos libérations, nous irons à nos retrouvailles sans que ce soit compliqué. Dans la vie quotidienne, nous rencontrerons simplement nos aspirations naturelles. Prendre soin de nous et de nos besoins, ne pas manger ce que nous n’aimons pas, ne pas vivre avec qui nous nous sentons mal etc deviendra naturel. Ce sera une libération énorme  car le manque d’amour et de respect pour nous-mêmes sévit depuis des siècles et interdit l’amour et le respect d’autrui et de la terre. Il a atteint chez nous les sommets de la névrose dans un succès de librairie resté au hit des ventes pendant 4 siècles en Europe : L’imitation de Jésus Christ. «  Rien ne m’est dû, Seigneur, que les verges et le châtiment car je vous ai grièvement offensé ! » Ce message mortifère travaille dans notre héritage et il est de notre responsabilité de le déraciner, pour nous et pour nos descendants.

Mais comment être sûr que nous ne nous fourvoyons pas sans le savoir ? C’est prévu. Le coaching dit : « Va vers le pays que je te montrerai. » Y a qu’à suivre… Mais, si le Je est sans forme, comment le trouver pour le suivre, ? Il faut chercher en nous des branchements pour sentir, voir les balises sur le chemin, ou simplement les savoir. Et ce ne sera possible que si nous décidons de prendre un moment pour ne nous intéresser qu’à ça et nous y concentrer. Nous l’avons bien fait pour apprendre l’anglais ou la mécanique, nous en sommes donc capables. Ensuite, voici une balise simple proposée par Joe DiSpenza. Si nous sortons de notre pratique différents de notre état initial, nous aurons agi. A l’inverse, si nous nous levons exactement dans le même état qu’en nous installant, c’est raté. Il faudra recommencer !

Cette science que nous pouvons décider d’apprendre, solidaires avec nous-mêmes, elle se découvre dans plusieurs chemins dont celui la méditation. Aujourd’hui, les neurosciences invitent même les rationalistes à tester la méthode et ses résultats car on a analysé les ondes de méditants dans des encéphalogrammes. Lors de notre état habituel quand nous sommes éveillés, notre cerveau fonctionne en onde bêta, le leur aussi. Mais si on entre à l’intérieur de soi et qu’on se relaxe, le casque à électrodes se met à enregistrer des ondes alpha qui signent un état de conscience différent.

Il est possible d’aller en méditation éveillée jusqu’aux ondes théta qui caractérisent le sommeil paradoxal et la méditation profonde dans laquelle des changements peuvent survenir dans notre matière. Des chamanes, yogis, pratiquants taoïstes et chirurgiens à mains nues se sont prêtés à l’expérimentation. Ils ont tous montré qu’ils atteignaient ce plan de conscience tout en restant capables quand ils le souhaitaient de vivre en mode alpha. Il n’y a donc aucun danger à entreprendre cette exploration vers nous-mêmes. Elle ne nous prive pas de notre état quotidien, elle n’interdit pas l’engagement et l’exercice des responsabilités habituelles. Elle les complète. Si j’ose dire, c’est une opération interne de déconfinement. Avec un grand D.

Dans le pays des ondes bêta, nous sommes agi, enfermés dans notre personne, dépendants de l’extérieur, l’extérieur étant plus réel que l’intérieur, parfois même le seul réel. Dans le pays des ondes alpha et surtout théta, nous devenons co-créateurs. Ce que nous ressentons est plus vaste, dense et réel que l’extérieur qui devient une réalité relative. Au lieu d’être impactés, nous rayonnons. C’est une question de réglage. Il n’est pas facile à faire et nous devons apprivoiser d’abord un calme et un silence contraires à nos goûts, nos habitudes et même nos possibilités. Mais ça vaut la peine d’essayer. Comme le formulent Les anges des Dialogues : « Chacun de vos pas à travers le vide devient une île fleurie où les autres peuvent poser le pied. »

Enfin, sachons que la difficulté que nous rencontrons sur ce chemin n’est pas nouvelle, qu’elle ne nous est pas réservée, à en juger par le futur de la phrase divine : « Va vers le pays que je te montrerai » et non pas : « Va vers le pays que je te montre juste là. » Voilà qui nous invite à la persévérance et nous encourage puisque après tout, Abraham a traversé. En combien de temps, nous ne savons pas, mais il l’a fait.

La difficulté est que ce pays de Cocagne qui nous sera montré n’est plus de l’ordre des formes. On le rencontre en allant vers nous-mêmes et pas dehors. La question devient : ‘Qui est donc ce moi ? qui suis-je ?’ Elle ouvre un chemin vers une dimension d’auto-responsabilité totale. Car Dieu ne dit pas à Abraham : ‘Va vers moi.’ Il ne court pas le risque de la personnification qui amènerait avec elle l’idée de séparation et renverrait Abraham chez son père le fabriquant d’idoles. Va vers toi, c’est : va vers la vérité universelle du Je suis, ou la deuxième personne n’existe plus. Sens la Présence qui œuvre et guérit tout dans le monde des formes, sans effort, puisqu’il n’y a que l’Un. En somme, Dieu n’a pas besoin de dire va vers moi, puisque va vers toi, c’est exactement va vers moi…

A Delphes, le fronton du temple ne dit pas autre chose. « Connais-toi toi-même… et tu connaîtras l’univers et les dieux ». On voit bien qu’il s’agit d’un autre état de connaissance que celui qui nous fait dire : « Je me connais, si je bois du champagne, j’ai mal au crâne ». Nous reconnaîtrons donc que nous avons suivi les balises si nous nous sentons remplis des qualités du ciel. Paix, joie, amour, espace et absence de peur. Cette émotion ne peut survivre à l’expérience de l’Un. De quoi aurions-nous peur ? N’est-ce pas différent de notre état actuel ?

Alors si notre cerveau et notre cœur prennent la mesure de ces informations, nous comprendrons qu’il n’y a pas de différence entre notre auto-responsabilité totale et la responsabilité générale, infinie, intelligente, que nous sommes invités à prendre pour l’univers et le monde. Nous aurons envie de l’exploration. Puisque les temps nous bousculent, profitons-en. Engageons-nous. Sautons le pas ! Telle est sans doute notre véritable responsabilité, qui n’occulte pas les autres.

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que la conscience?

Lorsque j’ai choisi cette question, je pensais que cela m’aiderait à réfléchir à un concept qui n’est pas le même en occident et en orient, et qui ouvre des horizons plus ou moins vastes, mais tous intéressants. Je ne m’attendais pas à ce que ce sujet me perturbe, et pourtant si. Entre la procrastination et l’effarement devant le nombre de pages des encyclopédies et des bouquins sur le sujet, ou le nombre de sites sur la toile, j’ai traversé un moment difficile, la conférence aussi. Voyez plutôt, déjà, personne n’est d’accord sur sa genèse : la conscience provient-elle du cerveau, ou alors est-ce l’inverse ? Si elle est quelque chose, elle est quelque part. Où ? Et puis la conscience est-elle morale ou non ? En tout cas, il paraît qu’elle nous emmène du stade de légume à l’état d’éveil selon la dose dont on dispose et le sens qu’on lui donne. Et voilà qu’on arrive jusqu’à cette déclaration hindoue que « la conscience est tout », en écho à la physique quantique de pointe. Le sujet devient énorme, intraitable ! Car du coup, qui en a ? Les hommes, les animaux, les plantes ? Le vide ? En tout cas, une chose est sûre, en orient comme en occident et hier comme aujourd’hui, ce sujet a interrogé et reçu réponse. Devant ce foisonnement, commençons par voir ce que nous dit le mot lui-même pour voir si ça nous aide.

Dans conscience, il y a science, ça saute aux yeux. Et dans science, il y a –sci, ce qui est moins évocateur mais nous ramène au verbe latin scire, savoir. La science, c’est donc le fait de savoir. Au pluriel, les sciences seront les disciplines du savoir et qui permettront de l’accroître. Du coup, la conscience, avec son préfixe cum, voudra dire : savoir avec. Et là, tout se complexifie à nouveau. Savoir avec, d’accord, mais avec quoi ? Avec qui ?Avec notre intelligence mentale? nos 5 sens? L’intelligence de notre cœur? Avec quelle partie de notre corps ? Et encore, savoir avec le monde extérieur, ou plutôt avec le monde intérieur ? Et il s’agit de savoir quoi au juste ? En d’autres termes, la conscience est-elle toujours conscience de quelque chose ? Peut-on avoir conscience de rien ? Est-ce cela qui nous donnera bonne ou mauvaise conscience ? Et pourquoi trouve-t-on facilement le mot science au pluriel alors que c’est très rare pour le mot conscience ? L’étymologie soulève plus de questions qu’elle n’y répond. Heureusement, si nous en restons à la langue courante, les expressions synonymes sont claires. Être conscient de quelque chose, c’est s’en rendre compte, ou bien être au courant…

L’antonyme de conscience : l’inconscience, nous en dit un peu plus. Être inconscient, c’est donc ne pas se rendre compte. En médecine, cela voudra dire être évanoui ou comateux c’est-à-dire ayant perdu connaissance, ou perdu conscience, privé de toute communication avec l’extérieur et peut-être avec l’intérieur. Être inconscient, c’est aussi simplement être écervelé, absent, sans attention, comme lorsque nous partons faire du ski sous les avalanches ou que nous traversons la rue sans l’avoir regardée sur les côtés. Avec la psychanalyse, l’inconscience a enfanté l’inconscient qui devient lieu des vérités refoulées, formant un substrat aussi actif qu’inaperçu. L’inconscient se nourrit de tout à toutes les échelles : les peuples, les sociétés, les lignées, sous le nom d’inconscient collectif, et il s’exerce aussi bien sûr à notre petite échelle personnelle et s’ajoute à notre auto-dose. L’inconscient agit sur nous à tel point que dit-on, nous sommes agis par lui, comme des marionnettes ignorant nos ficelles.

Enfin, je me trouverais dans un cas de… conscience si j’arrêtais ici cette balade, car la conscience se promène dans nos phrases avec un certain nombre d’autres préfixes. Nous trouverons le petit sub- qui veut dire dessous, juste sous la conscience, le pré- juste avant la conscience, le supra, ou super, au-dessus. Le postconscient n’existe pas encore mais il devrait, car ça nous arrive régulièrement de nous rendre compte des choses après les avoir faites (enfin moi). Pour la transconscience, vous en trouverez de nombreuses traces qui vont de la sexualité à la science la plus échevelée. Achevons avec les adverbes consciemment et inconsciemment et les dérivés consciencieux et consciencieusement. Lorsque j’étais prof, nous nous servions de ces deux derniers vocables pour encourager les enfants en difficulté dès qu’ils avaient de la bonne volonté. C’étaient des synonymes de sérieux et sérieusement et nous indiquions ainsi le degré d’attention et de soin porté à la scolarité, indépendamment des résultats.

Revenons à la conscience et partons simplement du corps. La médecine d’urgence a établi un indicateur de l’état de conscience d’un individu selon une échelle de 1 à 3 dite échelle de Glasgow. Il s’agit de tester l’ouverture des yeux et ses mouvements suivant les stimuli, puis la réponse motrice et troisièmement la réponse verbale à des interventions extérieures pour savoir vers quel service la personne doit être aiguillée et la qualité de ses fonctions vitales. Ce test indiquant le niveau de conscience de l’individu, la définition de la conscience se précise comme étant la capacité du corps et de l’esprit à « être au courant » de l’environnement et à y donner une réponse appropriée. Au premier stade, ça ne demande ni étude, ni réflexion. Il n’y a pas besoin de réfléchir pour pouvoir répondre à une question simple comme : « Avez-vous soif ? » Encore moins pour réagir si on nous pince. En cas de coma, le corps portera la marque de sa souffrance, mais pas le cerveau. La conscience corporelle est immédiate, on dit qu’elle est spontanée.

L’absence totale de conscience, lorsque plus rien ne répond, est-ce la mort ? C’est le sujet qui occupe actuellement les débats autour de Vincent Lambert. Si nous sommes spontanément conscient de vivre et si l’absence totale de conscience signifie la mort physique sans assistance médicale, c’est a contrario que la vie est dans la conscience que nous en avons.

On admet que dans la vie ordinaire, nous disposons de trois états de conscience. L’état de veille, l’état de sommeil et l’état de rêve. J’ai été surprise que l’état de sommeil soit caractérisé par un état de conscience. Il me semblait au contraire que c’était un cas d’inconscience, au moins dans la phase du sommeil profond. Tous les farceurs vous diront qu’ils ont pu déplacer quelqu’un à son insu jusque dans les situations les plus cocasses ou les plus embarrassantes. Nous pourrons toujours prétendre que nous n’avons jamais voulu poser tout nus sur la fontaine du village, nous aurons du mal à être convaincants…

Toutefois, cette phase d’inconscience ne représente pas tout notre temps de sommeil. A d’autres moments, supposons que nous dormions à côté de quelqu’un et que nous lui tirions la couverture, il va la ramener sur son corps. La conscience n’est donc pas totalement disparue. C’est ce que prouve une étude menée auprès de jeunesmamans. Les vagissements de leur nouveau-né les tiraient du sommeil, alors qu’un fracas de même puissance sonore les laissait indifférentes. Il y avait donc une programmation du cerveau pour une sorte de tri sélectif des bruits. Ce traitement de l’information aurait été impossible à appliquer s’il ne restait pas un minimum de conscience dans le sommeil. D’ailleurs, même quand aucun souvenir ne nous reste, nous savons au réveil si nous avons bien dormi ou non avant de nous rappeler quel jour on est. Le sommeil est donc un état de conscience, fût-ce à l’état de zeste.

D’autre part, pendant le sommeil paradoxal, nous rêvons et le rêve est classifié comme un des trois états de la conscience ordinaire. Nous avons l’impression de vivre ce que nous rêvons. Nous nous rendons compte de ce qui nous arrive, nous nous voyons prendre des décisions etc. Et pourtant, si nous sommes conscients de ce qui se passe dans le rêve, la plupart du temps, nous ne sommes pas conscients que nous rêvons : seul le réveil nous détrompe. Je vous déconseille de rêver que vous êtes aux toilettes par exemple.

Le monde onirique étant de l’ordre de l’image, il est beaucoup plus libre et vaste que ce que nous pouvons vivre dans ce que j’appellerai pour simplifier « le monde réel ». Il est beaucoup plus incohérent et imprévisible aussi. C’est pourquoi les Européens rationalistes n’ont pas été les amis des rêves et l’Église en a fait un sujet de méfiance dont le Larousse médical de 1924 se fait ainsi l’écho :  « Rêve : Désordre psychique à contenu absurde et sans valeur pratique. » Un beugue de la conscience en fait. J’ai même découvert en préparant cette conférence une info scotchante : ce n’est qu’en 1992 que le code pénal dépénalisa l’interprétation rémunérée des rêves, qui condamnait les psychiatres et les psychologues à la même clandestinité que les diseuses de bonne aventure.

A l’inverse, depuis des millénaires, d’autres civilisations ont estimé précieux les messages des rêves. Pour rester chez nous, nommons les Égyptiens, les Grecs, les Romains et les Hébreux. Comme Homère le dit, certains rêves passent par la porte de corne, ce sont des rêves ordinaires qui n’apportent rien à la conscience du rêveur, mais certains rêves passent par la porte d’ivoire, ce sont des messages divins. Ils sont l’expression de la transcendance au service de l’homme dans sa limitation. Ils accroissent la conscience du rêveur et le guident, que les rêves soient divinatoires, ou qu’ils relaient des messages de l’inconscient. Il y a des messages très clairs comme ceux que reçoit Joseph, fiancé puis époux de Marie enceinte. « Ne crains pas de prendre Marie pour épouse » dit d’abord l’ange à Joseph qui se croit cocu. Puis plus tard, on lui signifiera de décamper direction l’Égypte pour cause de massacre des innocents jusqu’à deux ans. D’autres messages paraissaient au contraire obscurs et incompréhensibles au rêveur, il fallait des mages et des prêtres pour en donner la clé. A Dodone par exemple, les malades affluaient de loin à la recherche de songes qui leur ouvriraient les portes de la guérison. On pensait que les rêves et leurs informations d’ordre souvent psychique et inconnue du rêveur ouvriraient la voie à la guérison physique. Par quel moyen ? par un accroissement de la conscience du rêveur.

Au 19ème siècle avec Freud, la psychanalyse est montée à l’assaut des rêves et le médecin a remplacé le prêtre antique dans le travail de l’interprétation. Yung a mis à jour une série de symboles qu’il a nommés archétypes car ils se trouvaient avoir le même sens quel que soit le rêve et le rêveur. Qu’est-ce qui rendait l’archétype possible ? L’inconscient collectif. A la conscience collective répond en effet un inconscient collectif qui remonte à la nuit des temps et permet l’établissement d’une sorte de clé des songes. L’utilisation d’un archétype par un rêveur n’est en rien consciente ou délibérée, cela ne l’empêche pas d’être utile car pour Yung le rêve qui permet l’expression de l’inconscient (collectif et personnel) est une base pour la guérison. La psychanalyse rejoint là les peuples antiques et les chamanes de tous les temps, en considérant que ces rêves communiquent de façon codée des informations inaccessibles à la conscience ordinaire.

L’idée commune est basée sur la conscience : la guérison suit la transformation de l’individu dès qu’il comprend de quoi il s’agit. La prise de conscience libère, tout accroissement de conscience est accroissement de vie. Aujourd’hui, les neurosciences indiquent que les rêves avec leurs symboles et leur caractère décousu sont une production du cerveau droit, dit cerveau de l’âme, par opposition au cerveau gauche rationaliste. La traduction du rêve remet le cerveau gauche dans le circuit. Informé et unifié, le malade guérit. Bien sûr, tous nos rêves ne sont pas des diagnostics ni des ordonnances déguisées, mais les rêves marquants véhiculent des informations utiles à notre évolution ou notre existence. Lincoln avait rêvé qu’il se dirigeait vers un cercueil et que c’était le sien. N’ayant pas tenu compte de cette information pour se protéger, il fut en effet assassiné quelques mois plus tard. On ignore s’il se dirigea post mortem vers son cercueil.

Nos rêves sont donc la plupart du temps comme un film dont nous sommes les héros passifs, mais ce n’est pas le cas de tous les rêves puisqu’il existe une catégorie de songes qu’on nomme rêves lucides. Dans ce cas le rêveur est doublement conscient : il est conscient de ce qui se passe dans son rêve, et aussi qu’il est en train de rêver. Cela lui permet d’intervenir et même de conduire son rêve, il devient l’auteur de l’histoire onirique. Le chamane de Castaneda lui a montré comment utiliser cet art de rêver pour aller se promener dans d’autres mondes. On peut s’en servir aussi pour se guérir. Par exemple, si nous nous voyons en train de regarder quelqu’un mourir sans l’aider, nous pouvons diriger la suite ou un autre rêve de même ordre vers un sauvetage. Comme il est admis que dans la grande majorité des cas, chaque personnage de nos rêves ne renvoie qu’à nous, si nous nous sauvons nous-mêmes, ce ne peut être que positif.

Du rêve passif au rêve actif, ou si vous préférez, du rêve ordinaire au rêve lucide, il y a une différence de degré de conscience. Cela nous est un indice que plus de conscience amène plus de lucidité, lucidité qui permet plus de compréhension et d’amour pour plus de vie. Nous pourrons le vérifier dans le troisième état de conscience.

Le troisième état de conscience, c’est celui où nous reconnaissons tous que nous sommes conscients. C’est notre conscience quand nous sommes éveillés. Dans cet état, normalement nous sommes au courant de ce que les cinq sens nous donnent, de ce que nous pensons et faisons. Je dis normalement parce que si nous vérifions bien, c’est loin d’être notre cas, nous sommes souvent absents, il n’y a pas d’abonné au numéro que la vie compose, le nôtre. Pour reparler de Castaneda, don Ruiz lui avait demandé de pouvoir restituer toute sa journée dans les moindres détails. Après cette lecture, je m’y étais essayée… un petit moment avant de me décourager. Je devais fournir un effort pour me souvenir de pans entiers de ma journée et certains moments étaient définitivement sortis de ma conscience. Si tel était le cas, c’est peut-être qu’ils n’avaient pas été vraiment conscients dès le départ. Pourquoi ?

Premièrement, à cause du principe du moindre effort. Nous mettons en place dès notre plus jeune âge et en toute innocence des stéréotypes qui nous permettent d’être adaptés aux situations que nous rencontrons. Le bébé cherche et teste des comportements, et il retient ceux qui sont les plus efficaces au regard de ce qu’il désire, sans le moindre calcul ou duplicité. Au cours de notre vie nous continuons à développer des mécanismes pour nous épargner des efforts. Par exemple, lorsque nous enfourchons un vélo, au début, nous devons apprendre avec conscience et application. Nous devons y faire attention. Le soir, nous ne risquons pas d’avoir oublié ce moment. Mais vingt ans après, il est possible que nous oubliions avoir fait du vélo pour jeter une lettre à la boite parce que pédaler n’est plus une action consciente mais automatique. Regarder avant de traverser est normalement aussi un automatisme et c’est heureux, ça a dû nous sauver la vie ! Il ne s’agit donc pas de condamner nos automatismes mais d’en prendre conscience pour les remettre dans le périmètre où ils nous sont utiles.

Car si les automatismes sont bien pratiques, ils font de nous des automates, c’est-à-dire qu’ils activent des mécanismes répétitifs et sans conscience. Voilà leur danger. Tout le temps que nous sommes en fonctionnement automatique, nous ne sommes pas présents à nos vies et le soir, le test de la restitution est difficile. Si ces automatismes ne se mettaient en route que d’une façon épisodique, utile et ciblée, tout irait pour le mieux, mais en fait, nous laissons les automates prendre pas mal de pouvoir dans nos journées sans nous en rendre compte. Par exemple, dans certaines situations, nous sentons devoir activer le boute-en-train, ou le matamore, ou l’ingénue, etc. Vous allez me dire que ce sont des personnages de comédie. En effet. Ils étaient typés, archétypés même et leur nom suffisait à évoquer toute une série de mécanismes particulièrement visibles dans la commédia dell’arte, ce qui formait un canevas bien pratique pour l’improvisation théâtrale. Quand il y a sur l’arène du cirque un Pierrot, un Arlequin et une tarte à la crème, où va la tarte à la crème ?

Dans notre quotidien, nous ne sommes ni aussi drôles, ni aussi caricaturaux, mais nous avons des personnages aux réactions préinstallées pour diverses situations. Parfois ils se relaient les uns les autres à toute allure et tous, en nous mettant en pilotage automatique, nous privent de notre conscience de vivre. Car la conscience, qui est attention et présence, n’est jamais ni répétition ni absence. Le matin dans les transports, c’est bien souvent un automate qui piétine sur le quai, l’esprit ailleurs et du son dans les oreilles, puis dans nos activités, nous enfilons le rôle de l’activité. Que dirions-nous d’un dentiste qui se comporterait comme une assistante maternelle? Il vaudrait mieux partir en courant ! Le soir quand nous sommes fatigués, nos interlocuteurs habituels ont droit à des réponses dites machinales, c’est-à-dire au sens propre, des réponses de machine, sans conscience ni attention à ce qui nous a été dit. Finalement, avant de nous coucher, nous ne nous souvenons pas de grand-chose. Nous avons laissé les automatismes nous voler la journée en prenant notre place.

Nos automatismes étant privés de conscience peuvent aussi aboutir à l’effet inverse de notre intention première qui est de nous faciliter la vie. Le professeur par exemple mettra automatiquement en activité la voix, la posture et la pensée du prof devant ses élèves, et c’est sans doute juste. Mais si le personnage lui plaît, il le gardera en faisant les courses et à table avec ses amis, sans attention pour la jeune femme assise à ses côtés qui aurait peut-être préféré un autre personnage. Nous avons aussi des fonds de commerce émotionnels envahissants. Le colérique sort ses automatismes de colère à la moindre occasion par exemple.

Le pire est que non seulement nos rôles pré-installés peuvent se succéder, mais qu’ils peuvent se coaliser. Par exemple, le rôle de victime ou de dépressif se surajoute et colle à l’amoureux, l’ingénue ou l’avare, etc…. Dans un cours d’improvisation au théâtre, on tire des papiers avec ces rôles et ces personnages, et personne n’a de mal à mettre en scène l’avare colérique ou l’amoureux dépressif. Par contre, dans la vie, nous ne nous rendons compte de rien. Sans aucune distance avec cet empilement d’automatismes conditionnés depuis le premier âge, nous ne les voyons pas. Comment le pourrions-nous ? Notre attention a l’habitude de regarder dehors et pas dedans. Voulons-nous un petit test ? Je vais vous poser une question, vous avez trois secondes pour y répondre. Voici la question : quel est votre personnage interne de prédilection ? Qu’est-ce qui déclenche préférentiellement nos réactions mécaniques et automatiques ? 1,2,3. Si vous n’avez pas trouvé, c’est que vos automatismes ont pris le pas sur la conscience. La sagesse sera de s’en alléger.

Une deuxième raison pour laquelle notre état d’éveil ordinaire n’est pas forcément habité de conscience, c’est la raison contraire de la précédente. Après l’absence, l’encombrement. Nous ajoutons à la perception pure de ce que nous donne le moment présent une prolifération conceptuelle, pour reprendre une expression de Bouddha. Par exemple, nous voyons madame Michu un court instant, mais nous ajoutons aussitôt à cette vue ce que nous en savons, et ce que nous en pensons, le cadre dans lequel nous la rangeons, si bien que madame Michu n’est plus tout à fait madame Michu, mais notre madame Michu. Il n’y a donc plus une seule madame Michu, mais autant que de personnes qui la connaissent peu ou prou. Or de quoi est fait notre filtre ? De concepts, de souvenirs et de conditionnements passés, qui nous privent de la pleine conscience du présent tout en nous cachant la vraie madame Michu. Il nous faut ici aussi faire le ménage dans nos façons de percevoir et apprendre l’attention juste et fraîche.

Pour reprendre l’expression du philosophe Husserl, il faut « revenir aux choses-mêmes ». Cette injonction nous ramène à nos cinq sens qui nous donnent la faculté de percevoir la vie, de nous en rendre compte, d’en être au courant. Toutefois Epicharme, élève de Pythagore et philosophe grec avant Socrate, avait remarqué que ce n’est pas l’œil qui voit ni l’oreille qui entend, mais la conscience par le truchement de l’organe visuel ou auditif. Si l’œil voit et que l’esprit ne le sait pas, à quoi ça sert de voir ? D’ailleurs, nous savons tous très bien qu’on peut dissocier l’organe de la conscience, particulièrement quand le stimulus sensoriel est désagréable. Les riverains d’un aéroport finissent par ne plus entendre vraiment le bruit des avions, sauf circonstance particulière. La surenchère dans les supports publicitaires ne dit pas autre chose : nos yeux ne suffisent pas à voir, il faut que notre conscience accorde à ce qu’ils voient un minimum d’attention. Pour la capter, les vendeurs en sont venus à éclairer et faire clignoter les panneaux de pubs dans le métro au prix de 7000 kw par an, soit paraît-il la dépense moyenne de trois familles. Plus communément, nous avons tous au moins une fois fait l’expérience de chercher un objet qui se trouvait sous notre nez – ou même dessus ! sans que la connexion neuronale ne nous en ait informés. La conscience demande de l’attention.

Donc, sans conscience, l’organe ne sert à rien et réciproquement : sans organe, la conscience n’est pas nourrie. Bouddha dit : « La conscience, c’est la conscience de l’œil, la conscience de l’oreille, la conscience du nez, la conscience de la langue, la conscience du contact kinesthésique et la conscience de l’organe mental. «  Si nous entendons mal, notre conscience auditive souffre de ce mauvais support, en tout cas, elle en est limitée car elle est conditionnée par la qualité de notre oreille. On pourrait dire la même chose des autres sens : l’anesthésie chirurgicale est justement faite pour ça : en supprimant les supports de sensation de la douleur, on éteint la conscience de la douleur. Ce sont des consciences relatives à leur condition dans la matière et chaque fois qu’on améliore notre condition physique, on rend service à la conscience. Dans l’autre sens, ces consciences dépendantes des organes disparaissent dès qu’ils s’éteignent ou qu’on n’y a pas recours, elles ne sont pas durables, sauf cas pathologiques de mémoire dans le cas de membres fantômes. Quand nous mourrons, ces consciences s’éteindront nécessairement, faute de leur organe support. En attendant, où est-elle ?

J’ai été surprise en apprenant que Bouddha distinguait en plus des cinq consciences qui reposent sur nos sens, la conscience de l’organe mental. Pourtant les médecins urgentistes utilisent bien la réponse verbale comme test de niveau de conscience dans l’échelle de Glasgow, ils sont donc d’accord avec Bouddha. Mais pour Bouddha, il ne s’agit pas seulement d’être au courant de stimuli extérieurs (comme des questions et des réponses) mais aussi de nous rendre compte de nos pensées internes (chansons, musiques et imagerie). Tout ça se trouvant dans notre tête, en suivant la même logique, on dira que le cerveau est l’organe de la pensée ou son support. Et justement, des chercheurs d’Harward ont découvert en 2016 une région du cerveau atteinte chez la plupart des individus en état végétatif qu’ils avaient étudiés : le tegmentum pontique. Bouddha opérait un distingo entre la pensée et la conscience que nous en avons, devons-nous le suivre ou au contraire devons-nous emboîter le pas aux matérialistes qui affirment que la conscience naît du cerveau ?

Cette dernière affirmation rencontre plusieurs objections. La première est qu’on découvre aujourd’hui que les plantes ont une conscience, et même une intelligence, or elles n’ont pas de cerveau. Pour nous en convaincre, j’ai tiré les quelques exemples suivants du livre de Didier Van Cauwelaert Les émotions cachées des plantes. Sans doute savez-vous que certains arbres rendent leurs feuilles amères quand des antilopes se mettent à les manger, à tel point qu’elles trouvent ça immangeable. Si la conscience est « la connaissance de l’environnement pour y apporter une réponse appropriée,» pour reprendre les dictionnaires médicaux et philosophiques, ces arbres ont une conscience. Une conscience collective qui plus est, puisque leurs congénères alentour, informés, se mettent à produire le même condiment pour assaisonner leur feuillage.

Et comment nommer l’opération par laquelle la plante se prépare à l’avance (pardon pour le pléonasme) à donner une réponse appropriée à une modification future de l’environnement ? On dit qu’un homme averti en vaut deux, apparemment, une passiflore aussi. La passiflore est une plante grimpante, du moins dès qu’elle trouve un support pour grimper. Chez ma fille, n’ayant pas réussi à s’agripper au mur, elle a traversé le sentier pour grimper dans l’arbre en face. Donc, des scientifiques facétieux ont proposé un tuteur à la passiflore, puis ils l’ont ôté pour le déplacer à une certaine distance dans une certaine direction. A peine la passiflore s’était-elle adaptée à ce changement qu’ils ont répété exactement l’opération, obligeant la passiflore à en faire autant, et ainsi de suite. A la fin, lassée, la passiflore a poussé sa tige directement à l’emplacement futur du tuteur en sautant l’étape qui lui était proposée. Autrement dit, elle a déjoué le scientifique, elle a anticipé son action.

Alors, et nous ? Nous qui nous montrons parfois incapables d’anticipation, nous qui par exemple avons laissé nos mers s’empoisonner de plastique sans l’avoir aucunement prévu ? Nous, qui non seulement n’avons pas su anticiper, mais qui nous montrons même inaptes à réagir à la situation présente, incapables de nettoyer les mers. Même manque de conscience et d’anticipation avec l’accumulation de déchets nucléaires dont nous ne savons que faire, ou même de nos déchets ordinaires dont nous cherchons à nous débarrasser dans des pays décharges. Qu’allons-nous faire maintenant qu’ils commencent à nous les renvoyer ? Et que dire de notre surenchère de consommation qui ruine la terre, notre seule maison ? Il n’y a qu’une réponse : nous sommes moins conscients, moins intelligents qu’un légume…

Il faut donc admettre que selon toute probabilité, le siège de la conscience n’est pas le cerveau puisque des plantes sans cerveau sont douées de conscience, et puisque nous, qui possédons un cerveau, nous manquons de conscience. Je ne parle pas de conscience morale, encore que ça se rejoigne ici, mais simplement de conscience des choses, de leur intégration dans nos données. La théorie qui veut que la conscience émerge du cerveau est donc forcément mise à mal. Si la conscience n’est pas dans le cerveau, comment pourrait-il la produire ?

Une deuxième raison contredit ce postulat : c’est la neuroplasticité du cerveau. Nous sommes capables de modifier l’agencement et l’état de nos neurones pour modifier nos pensées. C’est d’ailleurs le sens de toute pédagogie et la raison de la répétition inhérente à tout enseignement : si les neurones sont plastiques, ce ne sont pas du chewing-gum. Mais quand même, intellectuellement, à quoi servirait l’enseignement si le cerveau ne pouvait jamais l’intégrer? Et expérimentalement, quel profit pourrions-nous tirer de nos erreurs si la conscience était définitivement bloquée à un certain niveau dans un cerveau pétrifié ? Parfois, comme le prof rabâche, la vie bégaye . Son école nous replace devant le même problème pour que la répétition à un moment fasse évoluer notre activité neuronale et nous permette d’autres choix et d’autres comportements. Il est chanceux le corbeau de La Fontaine, qui
              « Honteux et confus,
              Jura mais un peu tard
              Qu’on ne l’y prendrait plus ».
Il est chanceux s’il a compris dès le premier fromage qu’il ne fallait pas céder à la flatterie. Toutefois, nous n’étions pas là quand la situation s’est représentée. Peut-être a-t-il eu lui aussi besoin de plusieurs leçons pour que sa lucidité et sa conscience grandissent…

Nous savons aussi maintenant par les travaux des neurosciences que lorsqu’une pensée nous arrive, elle est en retard. On a pu le démontrer en présentant de façon aléatoire à des cobayes des photos plus ou moins choquantes ou agréables. Les réactions de notre organisme (accélération cardiaque, stress musculaire) se produisaient avant que les images ne soient montrées, sans aucune erreur sur le contenu de l’image. Notre cerveau ne serait-il qu’une chambre d’enregistrement ?

Il est donc prudent de conclure avec Bouddha que la pensée n’est pas la conscience. Le juré doit se prononcer en son âme et conscience, pas en son âme et cerveau, parce que la conscience est pure en elle-même, au contraire de notre cerveau rempli d’idées tordues, admettons-le. Le jeune homme qui refusait le service militaire était dit objecteur de conscience. Qu’aurait pu être un objecteur de cerveau ? Ainsi, nos exactions nous pèsent-elles, nous avons dès lors quelque chose sur la conscience, ou encore mauvaise conscience, nous nous sentons mal. Pire, comme elle n’a pas de lieu, il est impossible de se cacher devant elle. C’est ce que dit Victor Hugo au sujet du meurtre d‘Abel, dans ce vers célèbre : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

La région du tegmentum pontique est donc probablement nécessaire à l’activation d’un cerveau qui pense, mais de même qu’il faut que quelque chose se rende compte que l’œil voit pour qu’on voie, de même il ne suffit pas que le cerveau s’active, il faut que quelque chose se rende compte qu’on pense. Si la conscience de l’œil n’est pas dans l’œil, la conscience de la pensée n’a pas davantage de raison d’être dans le cerveau. Au cas où nous en douterions, répondons à cette question : si nous ne pensons pas, est-il possible que nous ayons conscience que nous ne pensons pas ? D’où vient-elle ? Où est-elle ?

Je m’avisai alors que Wikipédia avait écrit en toutes lettres : « La conscience est un lieu abstrait, car impossible à localiser quelque part dans le corps. » Par exemple ! Un lieu abstrait est-ce encore un lieu ? En tout cas c’est sans forme, puisque toute forme nécessite un lieu pour se manifester. Du coup, si ce lieu est sans forme, il est donc forcément sans limitation puisque toute limitation lui donnerait une forme : la mer est immense mais le ciel, la plage et les fonds marins la limitent et lui donnent forme. Par conséquent, en suivant simplement cette définition, nous devrions expérimenter l’infini. Dans nos états de conscience ordinaire, ce n’est pas le cas.

Car pour être non localisable, il est quand même évident que ce lieu est localisé en chacun de nous : nous avons chacun une perception unique du monde et il n’y a pas deux madame Michu. En réalité, nous formons des supports de conscience qui se comptent par milliards de trilliards depuis des millénaires, nombre encore plus astronomique si on prend en compte tous les êtres doués d’un degré de conscience différent du nôtre, comme les animaux et les plantes. J’oserais ajouter les pierres, parce que les chamanes le disent unanimement et que logiquement, je ne vois pas comment il serait possible qu’elles fassent bande à part. D’autant que leur structure est faite comme d’atomes comme la nôtre. Comme je l’ai déjà dit, quand un être meurt, qu’il soit plante ou humain, la conscience qui le traverse perd son support. Sous sa forme relative à l’être qu’elle animait, elle disparaît, on pourrait dire qu’elle meurt. Mais grâce à Bouddha et à Wikipédia, nous savons désormais où elle va. Elle retourne simplement au sans forme, au vide plein des sciences quantiques. Pour ces physiciens qui rejoignent les Anciens, l’univers est traversé de conscience, ou d’énergie, dite justement énergie du vide, sans forme, donc sans limite.

Cela signifie qu’au-delà des trois états de conscience ordinaire, il existe un quatrième état de conscience. Nous ne sommes pas seulement un petit peu conscients d’un petit peu de chose pendant un petit peu de temps, mais la conscience universelle, atemporelle, infinie. Car on ne peut pas dire que le soleil enverrait des rayons qui ne seraient pas lui, et pas complètement lui. Si on pouvait attraper un rayon et remonter jusqu’à son origine, on ne trouverait aucune rupture sur le chemin. La goutte d’eau de l’océan contient en elle toutes les informations de l’océan, et nous-mêmes nous savons maintenant grâce à l’ADN qu’on pourra nous reconstituer à partir d’une rognure d’ongle. Donc, si nous sommes les rayons de la conscience, nous sommes complète conscience.   Comment se fait-il que nous ne nous en apercevions pas ?

Dans l’histoire, de nombreuses témoins partout sur la terre l’ont proclamé pourtant et chez nous, Jésus déclare : « Mon père et moi nous sommes Un. » Cette puissance extrême lui permet de faire des miracles et de rester libre d’aimer au moment de sa mort. Il ne doit pas cette liberté à son pouvoir, à ce fait qu’il dispose de tout l’univers, et qu’il peut demander à une montagne de se jeter dans la mer, non. Il est libre d’aimer parce qu’il n’est plus là en tant que personne suppliciée. Cette personne a disparu. Cette seule phrase nous le révèle. Elle nous dévoile la condition pour entrer dans la Conscience avec un grand C : si le Père (1) plus Jésus (2) sont Un, c’est qu’il y en a un des deux qui s’est effacé. Lequel ? Seul celui qui est effaçable.

Mais comment s’effacer ? Comment découvrir la Conscience ? Bouddha et les Védas ont longuement réfléchi à cette question, mais nous pouvons trouver aussi des réponses chez nous. Le Christ appelle la Conscience le Royaume des Cieux, et cela nous donne deux indications précises. En effet, il n’y a rien de plus spatial que le ciel qu’on ne peut délimiter. Et que dire du mot Royaume ? C’est le lieu où s’exerce la loi et le pouvoir de ce royaume. Remastérisons l’expression, « Royaume des cieux », ça devient : pouvoir et loi de l’espace infini. Miam miam ! Alors, qui nous y mènera ?

Jésus déclare dans l’évangile de Luc : « Et on ne dira point : voici, [le Royaume des Cieux] est ici; ou voilà, il est là; car voici, le Royaume des Cieux est au-dedans de vous. » Autrement dit, l’espace infini est au-dedans de vous. Rien ne peut être à l’extérieur de cet espace car s’il y avait un extérieur, c’est qu’il y aurait une borne et l’infini ne peut être borné. Rien ne peut donc être à l’extérieur de nous. Mais nous, nous n’avons pas pris la mesure de ces informations et notre conscience reste habituellement tournée vers les trente six mille choses qui se passent et qui passent. Et qui se passent où ? A l’extérieur de nous.

Ignorant une direction, nous ne regardons que dehors et fascinés par le bruit, nous oublions le silence. Nous sommes non pas conscients, mais conscients de. Nous construisons notre histoire exactement comme un roman à la première personne, ce que les linguistes appellent focalisation interne. Du coup, coincés à notre poste qu’on peut nommer « je » pour plus de simplicité, notre point de vue est localisé et limité à notre petit corps. Alors les autres corps, les émotions, les distances, les cultures et les pensées, tout nous sépare de tout. Nous pensons être le centre heureux ou malheureux d’un tout petit monde au milieu de trilliards d’autres centres et nous essayons tant bien que mal de tirer notre épingle du jeu…

Si nous voulons découvrir la pleine conscience, il y a un moyen simplissime. Puisque le chemin que depuis notre naissance nous avons parcouru sans nous en apercevoir ne va que dans un sens, ça nous indique très clairement la seule chose que nous ayons à faire. Demi-tour. Comme Dieu le dit à Abram : « Retourne vers toi-même. » Sur le temple de Delphes, il était écrit aussi : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. » Il ne s’agit pas d’aller chez le psy, c’est une autre face de nous-mêmes qu’il nous faut rencontrer, celle qui n’en a pas. En fermant les yeux, en retournant tranquillement notre conscience vers l’intérieur, que découvrons-nous donc ? Rien ? Non, ce n’est pas rien, puisque nous y sommes encore, mais c’est un espace – les cieux nommés par Jésus, sans forme ni pensée ni perception.

Et pourtant, nous éprouvons le sentiment d’être que les Hébreux appellent la Présence, ou Je Suis. Parce que d’évidence, cette présence était là avant nos perceptions ou nos pensées, et elle y sera encore après, elle est invariable. Nous, nous glissons vite, il faut nous entraîner à nous caler dans l’instant qui nous est donné là, ni avant ni après pour apprendre aussi à être présence. Il faut apprendre à être attentif à l’espace suspendu entre deux souffles, au hiatus entre deux pensées, au bâillement entre deux agitations. Deux agitations? Simplement deux quelque chose pour trouver le Un sans visage.

Il est dit que le chercheur trouve. Il trouve – s’il disparaît à temps, sinon, il reste dans le deux – il trouve que le Un est sans visage mais qu’il habite aussi tous les visages. Ramesh Balsekar disait : Tout est conscience. Animés de la même énergie que les étoiles, profitons du pouvoir que nous avons de nous tourner vers l’intérieur. Devenons conscients de l’unique Conscience qui se regarde en tout. Jeu de miroir et d’amour, danse cosmique, extase. Toujours à l’abri dans le sein clair de la lumière, redécouvrons notre véritable nature et notre origine : pure conscience. Et puis, exultons d’être.

Tao du dragon vert pour les enfants

Plaçons-nous debout en rond et disons-nous bonjour. Aujourd’hui, j’ai besoin d’être sûre que vous connaissez quelques parties de votre corps. Je les nomme vous me les montrez. On précise tout ce qu’on a besoin de mieux connaître.

Le bout du nez, les oreilles, le gros orteil, les poumons, la fesse gauche, la fesse droite, une omoplate au choix, l’aisselle gauche, le nombril, les dents, le sacrum. Parfait.

Maintenant, jouons au dragon

Imaginons un beau paysage avec une grande prairie et un immense ciel bleu. C’est un très ancien pays et si on a un peu de chance, on pourra apercevoir un dragon. Tiens, justement en voilà un! Bonjour ! Qu’est-ce que tu aimes bien chez toi, petit dragon ? Tes ailes et tes griffes, ta langue qui crache du feu? Oui, tu nous aides à en avoir aussi? des ailes, des griffes et une langue qui crache du feu.

Les ailes et les griffes.

Les ailes sont nos bras. Imaginons comment il fait pour voler à côté de nous et faisons comme lui. Très bien. Voyons nos griffes : étendons nos doigts devant nous au maximum en les écartant le plus possible les uns des autres. Et le pouce loin du petit doigt aussi. Ça tire? C’est bien, sinon, étirez encore plus ! Maintenant, sortons et rentrons nos griffes l’une après l’autre. Ouvrons d’abord en commençant par le pouce, hhhop ! La paume des mains au ciel! Et rentrons-les en sens inverse, hhhop ! Le dos des mains au ciel ! Pas tous les doigts en même temps ! Allez, un peu plus vite, hhhop! hhhop! Disons-le ensemble. Hhhhhop, hhhop ! hhhop, hhhop! Etc. A présent, avance les bras quand tu ouvres les doigts et ramène les coudes au corps quand tu les fermes. C’est ça. Secouons un peu les mains maintenant, puis arrêtons. Mettons les mains l’une en face de l’autre. Tu sens ce qui picote? C’est le chi, l’énergie qui est en toi.

Maintenant il nous faut exercer notre langue pour cracher le feu. Fermons les yeux et imaginons le dragon.

La langue qui crache le feu

Il tire la langue, faisons pareil. En laissant sortir le souffle, montre-moi comment on tire le langue jusqu’en bas du menton, reste un peu. Bravo! Rentre-la vite fait et sens comme elle se repose. Recommençons ! Attention à démarrer depuis le fond de la gorge pour détendre le cou et faire une grande langue qui laisse sortir un grand feu. Bien! A présent, pendant que nous nous entraînons, crachons le feu. Souffons d’un souffle qui fait Haaaa, mais sans la voix. Comme ça : Hhhhaaaa! Comme si on le chuchotait, mais avec force. On peut même se laisser gratter le fond de la gorge en même temps, mais doucement, hein, sans se faire mal ! Attention, 1, 2, 3, feu ! Et puis, rentrons la langue d’un seul coup. Encore une fois pour voir.

Maintenant invitons le petit dragon vert, il adore tirer la langue en sortant ses griffes vers la terre. On va faire le dragon entier !

Le dragon en pleine action

Levons nos ailes bien haut par les côtés en inspirant profondément, puis d’un seul coup, en pliant un peu les genoux, penchons-nous en avant, nos bras tendus devant nous toutes griffes dehors et sortons la langue : Hhhhhaaa en crachant du feu vers la terre. Pour avoir une grande flamme, il faut rentrer le ventre en même temps qu’on souffle, ça pousse l’air. On se fait rebondir en même temps sur nos pieds sans jamais quitter le sol, en appuyant bien sur nos talons chaque fois qu’on se relève un peu jusqu’à ce qu’on n’ait plus d’air du tout. Comme ça! Bien, redressons-nous en ouvrant les bras par les côtés et ramenons-les par devant jusqu’au ventre. Respire calmement. Tu peux fermer les yeux si tu veux pour mieux sentir l’intérieur de toi.
Maintenant écoute un secret : Tout ce que nous n’avons pas envie de garder, les bobos, les tristesses, la fatigue, l’énervement, l’impression qu’on est parfois tout seul, et plein d’autres choses, eh bien on n’est pas obligé de le garder. Pas du tout ! on envoie tout ça, dans la terre quand on sort nos griffes et notre langue comme le dragon. Elle aime bien ça la terre. C’est vrai, elle fait des fleurs avec, alors tout le monde est content. Ce qu’on lui envoie, elle appelle ça du compost, comme pour nos peaux de banane ! On le fait? Lève tes bras par le côté avec une grande respiration, sors tes griffes et ta langue, hhhhaaa! vers la terre jusqu’à ce que tu aies tout sorti : tout l’air et tout ce que tu ne veux plus garder.

Tu es prêt à jouer encore un peu avec le dragon? Alors tu peux bouger en survolant la prairie majestueusement mais quand je dis Dragon, tu t’immobilises, tu mets tes deux pieds sur la même ligne et tu craches le feu vers la terre avec tout ce que tu n’as pas envie de garder… Dragon! …. Dragon! Le dragon a assez volé, il veut se reposer un peu…

Couchons-nous dans l’herbe.

Pour nous détendre, nous allons nous crisper un moment et tout lâcher, mais jamais nous ne décollerons le corps du sol, d’accord? Alors commençons pas un pied. Choisis ton pied. Ca y est, tu as choisi? Mettons-le en porte-manteau, poussons au maximum le talon vers le mur et ramenons les orteils vers nous. Encore un petit peu, et seulement un pied… Allez, à trois on va laâcher : 1,2,3, on lâche. En même temps, on peut faire des petits bruits comme quand on s’étire et soupirer quand on se détend. Maintenant, crispons au maximum le mollet, un seul, hein, attention ! On tient, on tient et 1,2,3, on lâche! la cuisse maintenant à fond en remontant les rotules – mais sans lever le genou, tu remontes ta rotule vers ta cuisse, essaye. Bravo! Alors tiens un petit peu… 1,2,3, on lâche! Puis pareil avec l’autre, jusqu’à trembler : le mollet … et 1,2,3, on lâche! La cuisse en remontant la rotule … 1,2,3, on lâche! Puis à fond les deux fesses … 1,2,3, on lâche! puis rentre le ventre et serre-le, encore un peu et 1,2,3, et on lâche, puis un bras depuis les épaules jusqu’au bout des doigts, les poings très serrés ou les doigts très étendus comme tu veux … bravo ! et 1,2,3, on lâche! puis l’autre bras depuis l’épaule… 1,2,3, on lâche. Rapprochons maintenant les omoplates, puis faisons la plus belle grimace de l’année jusqu’à trembler en la faisant. Lâchons complètement. Et là, serrons tout notre corps, je vais compter jusqu’à 10 et à 10 on lâche. D’accord. C’est parti ! 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ! lâchons, haaaaa ! Tout notre corps s’enfonce dans le sol.

« Jacques a dit » du senti

Puisque tu es bien détendu, je te propose un jeu : un Jacques a dit du senti. La règle c’est de faire attention à l’endroit qu’a indiqué Jacques jusqu’à ce qu’il donne un autre endroit. Si on sent l’endroit que je nomme sans que j’aie dit « Jacques a dit », on a perdu, on a un gage. Le gage, c’est de sortir et rentrer ses griffes comme le dragon d’un seul coup. Mais si c’est simplement qu’on trouve pas l’endroit, c’est pas grave du tout. Le but du jeu c’est aussi de chercher où c’est.

C’est parti, attention !

Jaques a dit…

1 Jacques a dit : Sens le souffle qui entre et sort de tes narines comme s’il poussait et aspirait un petit duvet qui chatouille sous le nez. (10 secondes)
2. Jacques a dit : Sens ton bras gauche qui pèse par terre jusqu’aux mains.
3. Sens ton épaule droite.
4. Jacques a dit : Sens l’arrière de ton dos derrière le coeur : du milieu de ton dos à ta colonne vertébrale jusqu’aux bords de ton corps.
5. Respire en sentant que cet endroit est mobile selon ton souffle.
6. Jacques a dit : Sens ta plante de pied droit en mettant ton attention dessous.
7. Jacques a dit : Sens ta plante de pied gauche.
8. Jacques a dit : Sens tes deux plantes de pied et respire par la terre comme un arbre qui aspire la sève.
9. Souris et sens comment tes lèvres font.
10. Sens les bouts de tes doigs.
11. Jacques a dit : Sens l’os de ton sacrum.
12. Jacques a dit : Sens tes poumons quand tu respires.
13. Jacques a dit : Sens ton omoplate gauche.
14. Sens ton nombril.
15. Jacques a dit : Sens l’arrière de ton crâne.
16. Jacques a dit c’est fini mais on ne bouge pas du tout.

On va pouvoir se lever et partir pour la suite de cette merveilleuse journée. Disons merci d’abord. Alors à qui? Merci au dragon vert, merci au feu, merci au grand ciel bleu et à la prairie. Merci à nous aussi, et merci à notre papa et notre maman et à toute la famille jusqu’à il y a très très longtemps. Eh bien oui, s’il en avait manqué un seul depuis la préhistoire, on ne serait pas là! Heureusement qu’ils sont tous venus sur la terre ! Moi aussi je vous dis merci, ce fut un super moment. Alors quand vous voudrez, vous vous tournerez sur le côté pour vous lever et profiter de la suite de la journée.

Etirons-nous de tout notre corps, et aussi comme un serpent. Nous allons pouvoir nous lever. A la prochaine fois !

Tao de printemps pour les enfants

Après notre déjeuner, allons nous promener un peu dans un beau paysage. Imaginons-le ensemble.

Il y a de l’herbe, des fleurs, des arbres, un plan d’eau et des grenouilles. Tu les imagines? Alors sautons comme une grenouille où nous voulons, et chaque fois que je dis stop, arrêtons-nous pour regarder autour de nous. Imaginons ce que nous regardons. Qu’est-ce qu’on voit ? Un brin d’herbe? L’eau? Une autre grenouille? Encore, quelles belles grenouilles vous faites ! Attention… Stop !… Encore… Ouf! elle est maintenant un peu fatiguée notre grenouille, elle s’arrête sur la pelouse bien verte pour regarder une fleur.

La fleur

C’est une fleur rigolote ! Tu veux savoir pourquoi ? Regardons ça. Elle joue dans le vent.

Secouons-nous à partir des pieds comme cette fleur chatouillée par le vent. Attention, on n’a pas le droit de lever les pieds, on ne se déracine pas !! Laissons nos mains se secouer comme des feuilles qui vibrent. Agrippons nos orteils dans le sol comme des petites racines. Et hop! Hop! Hop ! Secouons-nous verticalement comme si on rebondissait sur un trampoline en nous laissant bien peser sur nos talons. Maintenant, le vent pousse notre corps entier vers un pied, l’autre est tout léger, mais attention hein, il reste par terre. Ah! Le vent change de sens, nous aussi. Nous voici bien installés sur l’autre pied. Il change encore un peu et nous nous tournons un peu pour voir les autres fleurs, sans bouger nos pieds du sol parce que nous sommes toujours bien enracinés. Et comme le vent, ça chatouille, nous sommes de très bonne humeur. Secouons-nous encore comme nous voulons à partir de nos talons là où nous mène le vent.

Et maintenant, chchchchut ! diminuons doucement nos secousses jusqu’à les arrêter et sentons d’abord notre corps. Il est bien vivant n’est-ce pas ? Si tu écoutes bien en grand silence, tu vas entendre la fleur rigoler dans ton cœur. Et elle est si joyeuse qu’elle donne son parfum aux arbres au-dessus d’elle.

Les arbres

Alors les arbres nous disent bonjour. Tu vas voir comment.

Au-dessus de notre tête, très haut très haut dans le ciel, il y a les branches vert tendre qui sortent leurs bourgeons et qui se balancent dans la brise. Elles se disent bonjour les unes aux autres, et aux oiseaux et au ciel, à tout. Et quand ces branches sentent notre parfum de fleur qui montent jusqu’à elles, les arbres nous disent bonjour aussi à nous. Tapotons-nous légèrement le haut du crâne comme si c’était le bonjour des branches et mettons bien notre attention au-dessus de notre tête. Arrêtons le tapotis, ça fait des guilis ? Super, c’est le bonjour des arbres ! Ça n’en fait pas? Super aussi, ils disent bonjour quand même ! Fermons les yeux et mettons notre attention là-haut un instant.

Gardons le bonjour des arbres et couchons-nous pour nous reposer.

La détente

Allongeons-nous sur l’herbe. Pour nous détendre, nous allons nous crisper un moment et tout lâcher, mais jamais nous ne décollerons le corps du sol, d’accord? Alors commençons pas un pied. Choisis ton pied. Ça y est, tu as choisi? Mettons-le en porte-manteau, poussons au maximum le talon vers le mur et ramenons les orteils vers nous. Encore un petit peu, et seulement un pied… Allez, à trois on va lâcher : 1,2,3, on lâche. En même temps, on peut faire des petits bruits comme quand on s’étire et soupirer quand on se détend. Maintenant, crispons au maximum le mollet, un seul, hein, attention ! On tient, on tient et 1,2,3, on lâche! la cuisse maintenant à fond en remontant les rotules – mais sans lever le genou, tu remontes ta rotule vers ta cuisse, essaye. Bravo! Alors tiens un petit peu… 1,2,3, on lâche! Puis pareil avec l’autre, jusqu’à trembler : le mollet … et 1,2,3, on lâche! La cuisse en remontant la rotule … 1,2,3, on lâche! Puis à fond les deux fesses … 1,2,3, on lâche! puis rentre le ventre et serre-le, encore un peu et 1,2,3, et on lâche, puis un bras depuis les épaules jusqu’au bout des doigts, les poings très serrés ou les doigts très étendus comme tu veux … bravo ! et 1,2,3, on lâche! puis l’autre bras depuis l’épaule… 1,2,3, on lâche. Rapprochons maintenant les omoplates, puis faisons la plus belle grimace de l’année jusqu’à trembler en la faisant. Lâchons complètement. Et là, serrons tout notre corps, je vais compter jusqu’à 10 et à 10 on lâche. D’accord. C’est parti ! 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 ! lâchons, haaaaa ! Tout notre corps s’enfonce dans le sol.

Maintenant, nous sommes prêts à faire attention à notre respiration.

La respiration : l’hippopotame et la plume

En mettant une main sur le ventre et une autre sur le cœur, les coudes au sol, regardons et sentons tranquillement comment elle redevient normale et comment notre corps et tout détendu dans l’herbe. Sentons l’air qui glisse dans les narines.

L’hippopotame et la plume

Mais, qu’est-ce qui arrive ici? Un hippopotame! Il est venu nous aider à respirer. Faisons comme lui, ouvrons bien les narines quand l’air entre pour mieux sentir l’air qui nous caresse les trous de nez quand il monte dedans. Quand ça descend, nos narines se ferment un peu et se reposent. Et comme l’hippopotame ne se force pas quand il respire, nous non plus, nous ne nous forçons pas. On ouvre un peu nos narines quand l’air arrive c’est tout! …

Tiens, on dirait qu’un oiseau a laissé tomber une petite plume de duvet au dessus de notre bouche! Ça fait comme le câlin d’une plume. Mmmm… Prenons de l’air, nous sentons que l’air rentre, et la plume se rapproche des narines, lâchons l’air, ça pousse la plume. Encore… encore… Nous sommes de plus en plus tranquilles.

Un rayon du soleil

Pendant ce temps, le soleil a un peu tourné et un petit rayon de soleil vient toucher notre œil gauche.

Ce rayon câlin nous réveille un tout petit peu mais on ne se presse pas : on profite de se sentir tout légers et contents.
– Bonjour rayon du soleil, viens dans mon œil sous ma paupière, je t’invite !
Alors le soleil, qui est très en forme comme toujours, ne se fait pas prier. Il entre dans notre oeil à travers notre paupière et il dit : « Comme ça tu vas voir encore mieux ».
C’est curieux, ça. Faisons bien attention pour voir comment il fait.
–  Alors viens dans mon autre œil aussi s’il te plait !

C’est ce qu’il fait aussitôt, et nos deux yeux sous nos paupières encore fermées respirent le soleil. Chaque fois que nous inspirons, le soleil amène un peu plus de lumière, et chaque fois que nous laissons l’air sortir, nous disons merci le cœur tranquille pendant que l’air continue son petit voyage dans le nez.

Le soleil peu à peu met de la lumière dans toute notre tête et la détend, nous avons l’impression qu’elle devient large, large et légère. Le soleil nous rend très intelligents, très joyeux et très attentifs, comme si nos yeux regardaient dedans. Maintenant, nos deux yeux sont bien prêts à voir dehors aussi.

Nous commençons à avoir envie de nous lever pour profiter de la vie, n’est-ce Pas? 

Se lever avec le singe

Alors étirons-nous à fond en faisant des grimaces et de drôles de bruits, faisons le serpent aussi. Mais maintenant chut ! Écoutons. Vous entendez? Il y a d’autres bruits autour de nous! Ce sont des singes farceurs qui sont venus nous regarder. Ils se mettent à rire. Maintenant, ils se couchent sur le dos comme nous en levant leurs jambes et leurs bras et en les secouant bien joyeusement vers le ciel et ils rient : Hahahaha! Hop! Hop! Hop! Rions avec eux bien fort: Hahaha! Puis doucement comme ça : Mmmmmmm, avec le ventre la bouche fermée…

On va pouvoir se lever et partir pour la suite de cette merveilleuse journée. Disons merci d’abord. Alors à qui? Merci aux grenouilles sauteuses, aux fleurs bien plantées, aux arbres verts et à leurs branches, au soleil généreux, à l’hypopotame, à la plume et au singe farceur, merci à l’air et au soleil, merci à nous aussi, et merci à notre papa et notre maman et à toute la famille jusqu’à il y a très très longtemps. Eh bien oui, s’il en avait manqué un seul depuis la préhistoire, on ne serait pas là! Heureusement qu’ils sont tous venus sur la terre ! Moi aussi je vous dis merci, ce fut un super moment. Alors quand vous voudrez, vous vous tournerez sur le côté pour vous lever et profiter de la suite de la journée. A la prochaine fois !

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