12 janvier 2026

T’as pas honte?

Nous avons presque tous été interpellés au moins une fois dans notre vie par la question : « T’as pas honte ? » Vous en souvenez-vous ? Vos parents, votre professeur, le juge des Assises, fixaient sur vous un regard étroit et sévère. D’ailleurs c’était une fausse question. J’en connais très peu qui ont répondu : « Non » l’air bravache et le coeur même pas battant. Notre réponse a été l’acquiescement ou le silence, un silence honteux. Mais qu’est-ce donc que cette honte ? Poser cette question ne résout pas la question, au contraire, elle en amène de nombreuses autres. De quoi avons-nous honte ? En quoi se différencie-t-elle des autres sentiments ? A quoi, et à qui sert-elle ? Est-elle utile ? Que produit-elle ? Comment se traduit-elle dans notre corps, dans nos émotions et notre façon de nous comporter ? Quelles en sont les conséquences sociales ? Et les conséquences spirituelles ? Avons-nous mis en place des stratégies pour nous en débarrasser? Avec quel succès ? Que proposent les sciences de la psychologie et les traditions ? Par quoi la remplacer ? Et d’abord, avons-nous seulement conscience que la honte agit dans notre vie? Pour le savoir, commençons par mieux cerner ce qu’elle est.

Le mot honte a de la famille, mais pas grande. Il y a bien l’adjectif honteux et son contraire : éhonté, qui dénonce ce qui aurait dû rester dans le cadre de la honte et qui en est sorti (é -, ex- : hors de). Et puis les adverbes honteusement et éhontément. Et c’est tout. Ah si, on trouve encore le verbe honnir qu’on ne connait plus que dans la formule : « Honni soit qui mal y pense », c’est à dire honte a celui qui a de mauvaises pensées, principalement honte aux procès d’intention. Les dictionnaires expliquent le mot honte par une kyrielle de synonymes : déshonneur, opprobre, ignominie, flétrissure, humiliation, affront, avanie et donnent même l’ancien mot vergogne, qu’on ne connait plus que quand elle est absente, dans l’expression « sans vergogne ». Je vous en passe ! Quant aux expressions, elles sont très fortes : on croit mourir de honte, on est couvert de honte, au mieux, on la boit toute entière… D’ailleurs, il arrive fréquemment qu’on n’ose pas dire « Je » quand on l’éprouve. On préfère l’impersonnel « C’est la honte. » Tout cela situe clairement la honte dans le camp de ce qu’on n’aimerait pas vivre, d’autant plus que la honte semble avaler le honteux. Il ne reste de lui que cela, la honte : ne dit-on pas qu’une personne est la honte de sa famille, de son village, de son pays même?

Il est donc essentiel de cerner ce qu’est ce sentiment si puissant qu’il nous engloutit sous lui, au point de nous cacher à nous-mêmes dans ce que nous avons de plus beau et joyeux. La honte est multidirectionnelle. Il peut arriver que nous ayons honte de nous parce que nous avons fait, dit ou pensé quelque chose d’indigne. Souvent, il s’agit d’une lâcheté ou d’une inconvenance – volontaire ou non, d’une pensée bizarre, d’un mot sorti trop vite, d’un lapsus ou d’une addiction. Que les autres soient au courant ou non ne change rien : notre conscience, notre âme exprime son désaccord en notre for intérieur. Cela peut-être si cuisant qu’on préfère ne plus y penser. Le souvenir s’estompe, la honte reste.

Pourtant, la honte que nous avons de nous peut revêtir une certaine utilité : parce que nous avons peur d’être surpris, elle nous empêche de nous livrer à des actes inavouables, elle nous retient dans la décence et les bonnes manières. Et si nous en étions dépourvus, entièrement éhontés? Alors il n’y aurait plus de garde-fou contre rien, ni contre nos tares et nos vices. C’est ce qu’on voit chez certaines personnes sans morale et chez certains que la maladie désinhibe.

Nous pouvons aussi avoir honte des autres. Héra, la divine épouse de Zeus le roi des Dieux, jeta par la fenêtre de l’Olympe son bébé juste né, tant elle avait honte de sa laideur. Je me souviens avoir eu honte du comportement de certains membres de ma famille à diverses occasions. J’aurais voulu ne pas être là, ou présenter des excuses, mais comme ils ne voyaient pas le problème, il n’y avait rien à faire. Certains enfants ont chroniquement honte de leurs parents et vont jusqu’à s’en inventer d’autres pour leurs copains, à moins qu’ils ne leur imaginent une autre vie : ils transforment leur métier, taisent leurs vices etc. « Mes parents ne sont pas mes vrais parents, » me racontait une copine de sixième tandis que nous rentrions du collège ensemble. Après un magnifique portrait de ses vrais parents, sans cesse plus idéaux, s’ensuivait une improbable histoire de substitution que nous avions embellie au cours de l’année.

Ensuite, et c’est le plus courant, la honte nous est infligée par les autres. Les écoliers ont une expression pour définir les petites hontes de celles dont on peut encore rire: ils disent qu’ils se sont affichés. Autrement dit, ils se sont mis à découvert et livrés en pâture aux sarcasmes de leurs camarades. Cette honte-là est fortuite et souvent passagère, un mauvais moment à passer. Mais c’est loin d’être la règle.Au contraire, dans le contexte d’une pédagogie coercitive et écrasante, la honte a longtemps été utilisée dans les familles comme un principe d’éducation dès le plus jeune âge, et ce n’est pas fini. Il faut dire que ce genre d’éducation repose sur l’amoindrissement et la falsification de la personnalité de l’enfant. On le conditionne avec des « tu devrais être comme ci comme ça », ou pire, « tu aurais dû », on lui montre qu’il ne correspond pas à ce qu’on attend de lui. Condamné, il doit pour être accepté faire sien ce qui est parfois aux antipodes de son caractère ou de la nature. Soumis, il est plus facile à éduquer qu’un enfant qu’on valorise. On ne sait jamais, s’il avait assez de sécurité intérieure pour nous dire merde, à nous parents honteux, comment réagirions-nous? Et puis, qui nous a appris depuis des millénaires à faire autrement?

C’est pourquoi sans la moindre intention de maltraitance, les parents ont longtemps usé d’expressions comme celle-ci : « Pleurer comme une fille, t’as pas honte? Va te changer, tu me fais honte habillée comme ça !  » Ils lancent à leur petit cette étrange injonction : « Tu devrais avoir honte! » J’ai lu en préparant cette conférence le témoignage d’une femme qui vécut dans sa petite enfance en pension. Sa voisine de lit, âgée de cinq ou six ans, s’était oubliée une nuit dans ses draps. Pour l’éduquer, les éducatrices, des sœurs en l’occurrence, lui avaient attaché un grand panneau dans le dos J’ai fait pipi au lit, et lui avaient ordonné de traverser toutes les classes sous cette infamie. La honte infligée était censée empêcher que l’accident ne se renouvelle.

Cette honte attachée au pipi-caca dépasse l’anecdote. Nombre de femmes dont le jet fait de la musique au fond de la cuvette se contorsionnent pour obtenir le silence… en tout cas moi, si les toilettes se trouvent près d’un salon bien fréquenté. A l’hôpital, on incrimine les cuisiniers et la qualité alimentaire des cantines qui constipent les patients mais il faut encore chercher du côté de la honte. Être soulevé pour qu’on nous glisse la cuvette, notre dignité n’aime pas. Elle préfère attendre des jours meilleurs. Et s’il n’y en a pas? Alors à moins de résilience, restera la honte et nous mourrons avec.

Mais revenons à l’éducation. Outre le pipi-caca, il est un domaine de prédilection à cette manipulation de l’enfant par la honte : c’est le domaine de la sexualité et de la masturbation. Les petits ne voient pas en quoi c’est honteux, pourquoi il faut se l’interdire ou s’en cacher. Ils ignorent que la médecine a parlé jusqu’à très récemment du sexe comme de parties honteuses. S’il s’agit d’un garçon, il ne sait pas que le nerf qui dresse cet amusant jouet s’est nommé le nerf honteux dans les manuels et que les maladies d’amour sont dites maladies honteuses. On ne sait pas bien d’ailleurs comment il faut comprendre ce qualificatif. Le sexe est-il honteux en soi, ou est-ce parce qu’il entraine à des actes honteux ? En tout cas c’est un moment où dans de nombreux cas l’enfant découvre le monde des adultes et ses mensonges.

S’appuyer sur la honte comme système éducatif a donc longtemps été considéré comme un procédé normal, même si de plus en plus cela évolue. On peut même dire que c’était tellement habituel qu’on ne le remarquait plus. Par exemple, quand j’étais prof, je me souviens avoir longtemps rendu des copies par ordre décroissant. Aujourd’hui je n’en suis pas fière, pas loin d’en avoir honte. Il s’agit d’un procédé très commun et général, mais que vise-t-il sans que j’en aie eu conscience? La honte du plus faible. Et il y a même un petit jeu malsain sur l’attente des élèves. Dans le silence de cette attente, l’éducateur, ou plus justement le dresseur, goûte le pouvoir de la honte.

Du coup, l’efficacité de ce moyen de dressage a été utilisé largement. J’ai lu dans Wikipedia que chez les Inuïts, tout le monde se presse sur la banquise pour moquer l’enfant qui apprend à marcher sur la glace. La crainte de l’humiliation est censée entrainer l’enfant à faire plus attention à ses pas sur la glace car de là dépendra sa vie.

On ne s’est pas servi de ce procédé seulement pour dresser les enfants, mais pour des catégories entières des sociétés. Des corporations, des civilisations en ont fait une étape cruciale de développement. On pense bien sûr aux bizutages censés ridiculiser et humilier le nouveau venu comme un rite d’intégration et tester son endurance, son endurance à la honte. Ajoutons le traitement longtemps fait avec succès aux bidasses, aux employés de certains chefs, et généralement à toute catégorie qu’il faut non pas seulement éduquer mais maintenir dans le rang.

Dans l’antiquité, les Romains jetaient le discrédit sur ceux qui méritaient la honte en les « notant d’infamie ». Ils inscrivaient donc des noms sur une stèle en pierre (entre parenthèses, on retrouve ici la notion d’affiche des écoliers) et les livraient au regard des promeneurs. Il n’y avait pas besoin d’attenter à la vie des gens, le discrédit suffisait à mettre au ban de la société les malheureux mal notés. Cette stèle exposée au forum avait le plus grand succès auprès des badauds. Les Grecs avaient la même pratique qui s’appelait ostracisme. On « frappait d’ostracisme » et cela montre bien la violence de la chose. Jusqu’à nos jours en Inde, il existe une catégorie de gens si honteux qu’on les a déclarés intouchables au sens propre du terme. L’eau du puits du village leur est interdite car ils pourraient la corrompre rien qu’en la puisant ; l’entrée pieds nus dans les villes, l’accès à divers métiers leur est interdit. Les intouchables naissent, vivent et meurent (souvent assassinés car qui s’en préoccupe?) dans la honte, ghéttoïsés pour ne pas contaminer les purs, et leur souillure est héréditaire. De nos jours, leurs lignes bougent, mais doucement. L’usage de la honte on le voit est plus large que le cadre éducatif. Elle utilise le même mécanisme que pour l’éducation mais pour maintenir des adultes et des catégories sociales entières sous la coupe des puissants. J’entends par puissants ceux qui détiennent comme des fées Carabosse le pouvoir de l’infliger ou non. Car il peut être jouissif de faire honte à quelqu’un. D’après mon jeune voisin, adepte du jeu Fortenite qui compte 46 millions de jeunes et très jeunes joueurs dans le monde, on peut déclencher quand quelqu’un a perdu, une chanson de la honte « Toi t’as perdu, moi j’ai gagné, you are a loser. » Il parait que ça fait partie du plaisir. En mai 1945, au plein cœur de la liesse du peuple qui acclamait la Libération du pouvoir nazi, que vit-on? Des femmes à qui on se permit de raser le crâne. Elles avaient aimé l’Allemand.

J’ai choisi à dessin ce dernier exemple car les femmes ont eu dans l’histoire bonne part de honte. Cette honte a été manipulée par les hommes envers le sexe qu’ils ont dénommé faible afin de l’affaiblir. J’ai eu l’occasion cet été de partager un temps de témoignage entre femmes sur leurs premières règles. Sans doute les choses ont-elle évolué pour les jeunes filles aujourd’hui, mais le point très majoritairement évoqué dans les témoignages de ces femmes adultes, c’était la honte. Une honte personnelle devant l’incompréhensible perte de sang dont la mère n’avait rien annoncé, devant la salissure inopinée et visible par tous. Et aussi une honte transgénérationnelle transmise par la mère, elle-même honteuse de ses règles et de toutes les hontes subies par les femmes depuis qu’elles les ont eues, comme le viol et, pardonnez-moi la terminologie, l’engrossement.

Reconnaissons-le : le mouvement #Metoo, c’est récent, et Balance ton porc aussi. Il n’y a pas si longtemps, le seigneur d’un fief exerçait sans le moindre scrupule le droit de cuissage sur tout ce qui avait des cuisses. Le dernier procès pour avortement eut lieu il y a moins de cinquante ans, en 1972 et il s’agissait justement d’un avortement suite à un viol. Le réquisitoire chercha à en faire honte à cette jeune fille déjà frappée de la honte du viol. La plaidoirie de Gisèle Halimi reposa sur cette question : qui devait avoir honte, quand 5000 femmes mouraient chaque année d’avortements clandestins ? Qui devait avoir honte quand on cherchait pourquoi et à cause de qui ces femmes prenaient une si dangereuse décision ? La jeune fille gagna le procès, et se fit oublier des médias. Bien qu’elle ait gagné, elle avait été éclaboussée.

Mais qu’a donc la honte de si extraordinaire qu’on puisse en faire un levier si puissant? La honte défigure. La honte sépare. Le honteux est comme un oiseau aux ailes brisées, ailes oubliées, traine inutile juste bonne à moquer. Comme dit Baudelaire parlant des marins désœuvrés et des albatros capturés du haut du ciel et couchés sur le pont du bateau :
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

La honte introduit donc une division, une fracture interne entre ce que nous sommes par nature, cet oiseau majestueux, et ce que nous sommes devenus. Il y a notre innocence, notre nature initiale, et puis il y a ce qui est nous arrivé ponctuellement ou chroniquement, qui nous sépare de nous et nous exclut des autres. Dès lors, l’existence est marquée par le conflit.

Le premier récit de honte nous ramène à l’origine de l’humanité. Juste après avoir croqué la pomme, Adam et Eve prirent conscience qu’ils étaient nus et aussitôt, cela leur fit honte. Ils se couvrirent de feuilles de vigne ou de figuier selon les traductions, et se cachèrent à toute allure derrière les buissons dès qu’ils entendirent la voix divine dans le jardin d’Eden. Leur absence provoqua la question que depuis Dieu ne cesse de poser à l’humanité : « Adam, où es-tu? »

Le premier sentiment qui vient à l’homme après sa désobéissance initiale est donc la honte et le premier effet de ce sentiment est de l’entrainer à se cacher. Car aussitôt après la honte vient la peur. Dès qu’ils se voient nus, Adam et Eve craignent le jugement de Dieu : « J’ai eu peur parce que je suis nu, dit Adam. » La honte de nos ancêtres leur ont fait redouter Dieu et ensuite les autres hommes comme autant de menaces . On connait la suite malheureuse de cette histoire. Notre honte nous accusa, Dieu ayant repéré grâce à elle notre transgression. Alors nous fûmes bannis, précipités en bas du paradis et ce fut la cata.

A vrai dire, une autre grille de lecture nous dit que nous sommes tous les personnages du texte, donc aussi Dieu. Et qu’est-ce que ça raconte, si nous sommes Dieu? Que nous nous sommes auto-expulsés du jardin d’Eden, que nous nous sommes plongés de nous-mêmes dans cet enfer où nous travaillons à la sueur de notre front et enfantons dans la douleur. La honte nous a mis à la merci de l’exclusion, c’est elle qui a prononcé la sentence.

Aujourd’hui encore, parce qu’elle nous exclut des autres, la honte nous met en danger concret. Personne ne peut vivre au ban de la société. Elargissons, personne ne peut vivre exclu du clan, de la tribu, de la meute et même du troupeau. C’est une question de survie physiologique. Seule contre l’ours, je ne ferai pas long feu, et la chèvre de monsieur Seguin était perdue d’avance en face du loup. Exclure c’est tuer, être exclu, c’est mourir. Point barre. Cela s’amenuise lorsqu’on passe au plan psychologique, social, familial etc, mais c’est simplement proportionnel à la honte reçue. Par sa radicalité, la honte est un venin différent de nos autres poisons émotionnels.

En effet, il nous est possible de vivre en accord avec nos autres défauts et nous sommes tous capables d’être satisfaits de nos colères. Nous pouvons nous apprécier dans nos jugements et nos rancunes. J’ai plusieurs fois entendu des gens clamer en parfait accord avec eux-mêmes qu’ils ne pardonneraient jamais à leur voisin, leur mère etc. La vendetta corse se glorifie même de véhiculer cela de génération en génération au point qu’on ignore de quoi un jour il s’est s’agi. Nous sommes capables de nous habituer à nos tristesses et de les répandre autour de nous, nous avons l’habitude d’accepter nos ressassements et de mariner dedans au point d’en faire bénéficier nos interlocuteurs. Nous reconnaissons sans difficulté devant nos amis que telle ou telle situation nous fait peur, ou que nous détestons X ou Y. De tout ça tout le monde s’accommode.

Mais pour la honte, c’est impossible. La honte nous exclut de nous-mêmes. Nous voyons-nous accourir chez nos copains pour leur raconter une véritable honte? Eh bien si, parfois ça arrive. Si nous sommes tellement dévalorisés que nous croyons que seule l’autodérision va nous permettre d’intéresser les autres, nous sommes très bien capables de mettre en scène une honte et de remercier nos amis de rire de nous grâce à nous.

Encore ne choisirons-nous que des petits sujets de honte… Car la plupart du temps, parce qu’elle nous met en danger, la honte est silencieuse jusqu’à l’oubli si c’est possible. Quand on la vit, on voudrait disparaître sous terre, ne pas être là. Alors l’avouer ! Ce serait double honte et deux fois plus nuisible. Dans le secret, le pauvre ne mange pas tous les jours. Mais personne ne le sait. Le pauvre a honte d’être pauvre, il a honte d’avoir honte. Et c’est la honte d’avoir honte d’être honteux. La honte se grossit d’elle-même. On a honte de faire honte par sa honte à ceux qu’on aime. La quasi totalité des secrets de familles est liée à la honte. Lâchetés, trahisons, meurtres, perversions, incestes, addictions, le point commun de ces secrets, c’est la honte qui s’y rattache, l’avilissement et le sentiment de déchéance intérieure. On voudrait ne pas l’avoir subi, ne pas l’avoir commis. C’est trop tard. A tout le moins, il reste ceci : ne pas le dire.

Hélas le silence, le secret, le refoulement effacent-ils la honte? Non. Elle reste là, dans l’obscurité, elle se transmet de génération en génération. Quand bien même on aurait oublié la cause initiale, l’effet s’est propagé. Le cancer nait et progresse dans l’ombre de notre inconscience. « Apprendre à se connaître, disait Krishnamurti, voilà toute la difficulté pour l’homme ». Qu’une énorme fuite d’eau se déclare chez nous pendant que nous sommes en vacances, si nous l’ignorons, qui l’empêchera de dévaster nos biens? La honte est une énorme fuite d’énergie et de vie. Elle est une offense à notre être profond, à notre puissance de joie, à notre potentiel vital. Auto-bloquante, elle ruine en secret tout effort d’évolution qu’elle saborde par avance. Elle chuchote à notre inconscient que nous sommes trop nuls, que nous n’avons droit à aucune amélioration, que nous ne la mériterions pas etc. Et si une partie de nous est disqualifiée, même inconsciemment, elle entraine le reste dans sa chute. C’est l’histoire d’Adam et Eve.

Un jour, Barbe Bleue donna à sa nouvelle épouse une clé interdite. Jamais elle ne devrait en user. Elle en usa. Elle découvrit un cabinet sombre rempli de cadavres de femmes et dans sa terreur soudaine elle laissa tomber la clé dans du sang frais. Hélas, quand elle voulut nettoyer l’objet, essuyer les traces avant le retour de son serial killer, elle en fut incapable. A peine la clé semblait-elle propre que le sang suintait à nouveau. Ainsi de la honte non diagnostiquée, non guérie : à la moindre stimulation, elle se réveille, elle suinte et nous condamne. C’est le propre des mémoires, une mémoire étant un programme inconscient mais actif qui se déclenche automatiquement devant une situation donnée.

Qu’il s’agisse d’une honte que nous nous sommes faite ou qu’on nous a infligée, le résultat est le même puisque la honte est auto-collante. Et que nous l’ayons vécue personnellement ou qu’elle appartienne à nos lignées ne change pas grand chose. On sait maintenant que la puissance des mémoires se lègue comme la couleur des yeux ou la forme du nez. Autrement dit, vu l’histoire de l’humanité, qui peut imaginer avoir complètement échappé à la honte ? Comme disait La Fontaine, « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. » Même si elle se cache, même si on l’a oubliée, elle existe et nous conditionne. Elle a pesé sur nos ancêtres, elle entravera nos descendants si nous ne faisons rien. Voilà pourquoi il est important que nous la débusquions clairement. C’est à nous qu’il revient de faire ce travail. Et comme tout est interdépendant, en nous libérant, nous aidons tous les autres.

Soyons donc nos propres médecins, cherchons si nous sommes franchement atteints à partir du diagnostic des effets de la honte. Qu’est-ce qui suinte en nous? Sentiment d’infériorité, d’indignité, de souillure, culpabilité, malheur, désespoir, humiliation, dévalorisation, inhibition, auto-dénigrement, censure, autodestruction, victimisation, dépendance, soumission? Toutes ces pratiques sont des pis-allers, elles ne mettent pas le cœur en joie, ajoutons-y la dépression. Quelle horrible liste ! Partons plutôt de la liste inverse. Nous jugeons-nous en pleine santé, c’est à dire tranquilles, dignes, parfaitement lumineux, innocents, heureux, remplis de foi dans la vie, humbles, libres d’agir, toujours bienveillants envers nous et envers les autres, cordiaux, fraternels, autonomes, conscients de notre valeur et responsables de nos relations et de nos actes? Y a-t-il toujours quelque chose de biaisé dans nos relations ou sommes-nous parfaitement sincères?

D’abord, regardons notre corps, il ne ment pas. Comment nous tenons-nous physiquement? Si notre tête avance et n’ose se dresser, il y a beaucoup de risques que nous ayons été humiliés. Le regard vers le sol, la nuque courbée, quelque chose de nous ne s’autorise plus le regard droit. On peut dire la même chose des épaules tombantes qui empêchent la liberté d’un souffle interdit. Ajoutons la possibilité de chercher à prendre du poids pour cacher sa honte derrière un rempart, et voyons quelle partie du corps se protège préférentiellement. Si ce n’est pas le corps qui cache la honte, ce peut être l’uniforme, ou la marque. Cachée sous la pèlerine de Dior ou celle des agents de police, la honte s’oublie d’avantage. On se souvient que l’uniforme des anciennes écoles avait pour but d’épargner la honte aux enfants pauvres.

Quel usage faisons-nous de la parole? Osons-nous la prendre clairement, conscients de notre valeur ou sommes-nous vite silencieux, bafouillants ? Si nous ne reconnaissons pas dans ce comportement, il y a une deuxième question : est-ce que nous préférons plastronner, tonitruer et remplir l’espace comme les matamores des comédies avant de nous dégonfler périodiquement sur notre oreiller? Enfin les gens nous prennent-ils au sérieux quand nous nous exprimons (ce qui est un signe aussi puisqu’ils nous renvoient en miroir ce que nous pensons de nous) ?

Dans notre vie professionnelle, qu’en est-il? Avons-nous réussi à vivre nos aspirations? A obtenir la reconnaissance d’autrui dans une activité à notre goût ? Ou était-ce toujours pour les autres, jamais le bon moment pour nous? Et si nous avons décroché ce succès, avons-nous su garder l’emploi valorisant qui nous plaisait? C’est peu probable vu que le propre de la honte est de nous dévaloriser, de nous donner l’envie de rentrer sous terre… et que c’est incompatible avec des responsabilités. Or des responsabilités, on peut en prendre partout quel que soit le métier, inutile d’être ministre.

On peut en dire autant de la vie amoureuse et amicale, et même de la fortune. Je connais quelqu’un qui se plaint d’être pauvre mais qui considère qu’être riche est honteux. Si au fond de nous, l’argent c’est caca, ou au contraire si c’est beaucoup trop bien pour nous, comment nous étonner que nous n’en ayons pas? Et si on se dévalorise tellement qu’on ne s’estime pas pouvoir intéresser quiconque, pourquoi les autres seraient-ils d’un avis contraire? Donc en un mot, sommes-nous seuls ? sommes-nous pauvres ? Alors nous sommes honteux.

Comment nous en sortons-nous quand même? Les pieds devant, dans certains cas. J’ai été frappée en préparant cette conférence par le nombre de suicides pour éviter des accusations ignominieuses, fondées ou non. D’ailleurs, chez les Romains, se donner la mort pour éviter l’infamie était signe de noblesse d’âme et au Japon, survivre à une humiliation quand on peut se faire harakiri, voilà qui est la vraie honte. 

Nous nous en débrouillons aussi en cachant notre honte derrière ce que Lise Bourbeau appelle des masques ou des parades. Comme la chose est souvent parfaitement inconsciente, voyons si une des parades qui vont suivre nous concerne et nous renseigne. D’abord on peut survivre biologiquement sans être là, en disparaissant complètement. C’est la politique du pire et ça peut avoir des conséquences terribles sur notre santé psychique. J’ai lu que des confusions mentales, des maladies d’Alzheimer auraient un lien avec la honte : en engloutissant tout l’être, on noie la honte. De même, il semble que certaines schizophrénies soient une tentative de s’en dissocier et de la mettre à distance. Sauf que du coup, le malade peut être écartelé intérieurement entre celui qui a honte, et celui qui fait honte. Il souffre deux fois plus.

On peut aussi essayer la parade de l’aliénation à autrui, en disparaissant au sein d’une relation. Désormais, bien planqué, on n’existe plus par soi, mais par l’autre. Si le regard de l’autre réussit à nous sortir de l’ombre et à nous tirer à la lumière, ce regard devient une addiction. Hélas, cette attitude met le honteux en grand danger car il s’est placé en position absolue de dépendance affective. Si l’autre s’en va, le honteux s’écroule. Du coup, il se comportera comme on attend et non pas comme il est pour garder ce regard, exactement comme un enfant pour garder l’amour de ses parents. Il arrive même que le honteux se soumette complètement à la personne qui lui fait honte pour acheter le bourreau. Un certain nombre de cas de lâchetés, de fausses promesses, de flatteries, de profil bas s’expliqueraient comme une parade préventive à la menace de honte. C’est pourquoi Serge Tisseron, psychiatre, considère que « la honte est la mère de tous les totalitarismes. « 

Qu’est-ce qu’on a pu encore mettre en place plus ou moins consciemment ? La mutilation des sentiments. En effet, on peut se robotiser. L’autre peut bien penser, dire, faire ce qu’il veut, nous on s’en fout. Cette carapace émotionnelle se traduit par une raideur physique et mentale, et Marie-lise Labonté a mis au point une gymnastique d’enlèvement des carapaces pour guérir des gens gravement malades. La robotisation dispense de ressentir ce qui nous vient des autres, elle prive aussi de laisser jaillir en nous des sentiments pour autrui. La fontaine se tarit, le feu s’éteint, dans le château-fort, reste la solitude.

Il existe encore d’autres moyens de vivre avec la honte, comme la banalisation et le masochisme. « On me maltraite, on ne me prend pas au sérieux ? Bah! Ce n’est pas grave. » Ce qui peut paraître une forme de sagesse n’est souvent qu’un acte de soumission au plus fort. Si c’est répétitif, cela donne un comportement masochiste, du moins selon Lise Bourbeau. Il ne s’agit pas de tendre le bâton pour se faire battre au sens littéral du terme, mais on peut ne pas savoir dire non, à son propre détriment. On est très serviable, certes, mais par défaut. On se fait souffrir pour les autres en famille, au travail etc, non pas par altruisme mais par la conviction inconsciente que nous ne méritons pas autre chose que ce que nous vivons. Ne valant rien par nous-mêmes, nous devons acheter l’attention et l’intégration par le service rendu.

La culpabilité liée à la honte est une autre raison de vivre avec une maltraitance acceptée. En ayant appris à faire nôtre la condamnation d’autrui, nous justifions ensuite par avance les échecs et mauvais traitements. Si on est coupable, quoi de plus normal que d’être puni ? Ce type de déviance met le honteux à la merci des pervers narcissiques, sadiques et autres maltraitants. Il coupe tout espoir d’amélioration parce qu’il cautionne le châtiment. Il rend impossible toute révolte en ayant normalisé la situation.

Il reste la résignation, et devant la souffrance de l’exil, le honteux peut choisir le repli et le renfermement, ou mettre en place une relation de supplication. « Ne me quitte pas, chantait Brel, je serai l’ombre de ton ombre »… « Je t’en prie, reste avec moi, je vous en prie, gardez moi dans ce poste ». Le honteux est capable de s’excuser pour tout, même pour le temps qu’il fait. Quand j’étais petite, mon oncle riait sans malice de son coiffeur qui utilisait sans cesse l’expression : « Je m’excuse de vous demander pardon ». La relation de supplication peut s’étendre à tous les domaines. Je ne sais plus qui de ma connaissance avait gardé longtemps un chat qui marquait régulièrement son territoire sur son oreiller, parce qu’elle n’osait rien faire de plus que le supplier d’arrêter.

Ce panorama nous aura peut-être permis de nous repérer dans l’une ou l’autre pratique. En prenant conscience que nous sommes peut-être plus honteux que nous l’imaginions, nous nous donnons les moyens d’agir. En effet la conscience de la blessure est la première marche vers sa guérison. Et plus la conscience grandira, plus on guérira.

Exerçons-nous donc dans le quotidien à voir nos comportements, en particulier si quelque chose grince dans notre journée. Si un de nos comportements récurrents entre dans le tableau que je viens de dresser, contrôlons. Est-il possible qu’un fond de honte ou de culpabilité l’explique? Au lieu de la taire et de l’enfouir, la première étape de guérison est donc de nommer la honte, de la regarder avec une neutralité scientifique. Dans cette neutralité objective, analysons nos sentiments sans les juger. Si la source de la honte en elle-même nous reste cachée peu importe. Il n’y a pas besoin forcément de se souvenir du A et du B de nos vicissitudes, et d’ailleurs il s’agit peut-être de réactivation de mémoires léguées qui ne nous appartiennent pas en propre. Et si nous nous en souvenons? Il est inutile alors de chercher à éradiquer ces souvenirs. Par contre, dans tous les cas, l’étape qui suit la vision de notre conditionnement est de le désactiver.

Comment? Après avoir reconnu et nommé la honte, nous pouvons examiner les mécanismes qui se sont mis en mouvement, les pensées sous-jacentes qui ont provoqué nos réactions. Prenons conscience que ces pensées sont des croyances et que toute croyance peut être remplacée par une autre. Par exemple, il y a cinquante ans on ne devait coucher les bébés que sur les côtés, il y a trente ans il était impératif de les coucher sur le ventre, sur le dos aurait été de l’assassinat. Aujourd’hui c’est exactement l’inverse. Donc, voir ses croyances et les remettre en cause relève du simple bon sens. C’est ce que fit Gisèle Halimi dans le procès que j’évoquais tout à l’heure. Je me souviens qu’à cette époque où on faisait honte aux filles d’avorter, on leur faisait aussi honte d’avoir gardé l’enfant. Être fille-mère, c’était mal vu. Pouvons-nous adhérer à ce genre de jugement ? Ou encore, dans un tout autre domaine, nous avons honte de chanter faux. Qui nous l’a dit ? Que se passerait-il si nous chantions, ne serait-ce que sous la douche? Voir nos croyances et les remettre en cause est un moyen de désamorcer la honte.

Mais cela ne suffira pas. Rappelons-nous que la honte nous est venue des jugements, et que le jugement est mental. Rendons-nous compte que la fragmentation interne qui a suivi la honte nous a jetés dans une existence de conflits entre nous et nous, nous et nos aspirations, nous et les autres, nous et la spiritualité. Et que tout cela venant d’une mauvaise utilisation du mental, le mental tel qu’il est ne nous conduira pas jusqu’à la guérison. Le mental est très utile dans plusieurs cas, mais il analyse et sépare, il n’a pas accès aux profondeurs. Il aura fallu l’utiliser pour distinguer le champ de bataille de notre honte, il faudra en sortir pour déclarer la paix.

Si nous reprenons le récit de la Genèse, nous nous souvenons que la honte de nos premiers ancêtres a provoqué notre exclusion. Mais avant ça, comment virent-ils qu’ils n’étaient pas Dieu et qu’il fallait s’en cacher ? Parce que comme l’avait dit le serpent, ils étaient entrés dans le monde de la dualité en goûtant le fruit de l’arbre du bien et du mal. La dualité, c’est la séparation. Ainsi, à la première bouchée du fruit, l’homme s’est vu séparé de Dieu, et de la femme. Dire « Ils virent qu’ils étaient nus », c’est dire « Ils virent qu’ils étaient deux. » Sinon, en quoi la nudité les aurait-elle gênés ? En d’autres termes, si la honte a créé la séparation, c’est la séparation qui a créé la honte.

Trouvons de quelle séparation il s’agit, et nous tiendrons le fil de la guérison. Nous saurons avec quel élixir nettoyer peu à peu les mémoires avilissantes, même sur des générations. La pomme nous a jetés dans la dualité, recherchons l’unité. Recherchons comme le dit la table d’émeraude d’Hermès Trismégiste, le miracle d’une seule chose. Mais où ? Pas dans le monde multiple et qui inflige la honte, non. Pas non plus dans cette partie de nous happée par le monde et qui pense et qui change, mais profondément à l’intérieur, dans une zone tranquille et stable que le souffle berce. Dans la grotte du cœur, dans l’amour. Cette dimension est intacte quoi que nous ayons vécu. Rien de ce qui passe ne l’impacte. Dans cet espace, l’amour est une énergie de vie, une lumière, une puissance phénoménale. Et c’est nous.

Pour rentrer en contact avec cette grâce qui suffit à elle seule à toutes les guérisons, il n’y a qu’un moyen donc: rentrer en nous. Pour beaucoup d’entre nous, c’est là une consigne sibylline, un ordre impossible à suivre. La porte qui mène à l’intérieur est coincée en position fermée et l’amour dont nous parlons n’est qu’une hypothèse. C’est pourquoi les traditions les plus anciennes de l’Inde et de l’Asie prônent la méditation et en donnent des techniques, les traditions chrétiennes appellent à la contemplation et la soutiennent.

Nous avons toujours regardé dehors, nous devons nous rééduquer à regarder dedans, parce que dedans, l’autre nom du silence intérieur est Amour, un amour inconnu de nos habitudes. Cette nouvelle énergie guérira toutes les parties fragmentées de nos vies et de notre être, exsangues et en état de siège devant l’adversité. Sous sa bannière, nous pourrons aller visiter notre corps et déclarer la paix pour nous et pour tous les honteux du monde. Cette connexion avec l’unité de l’être nous rendra capable d’embrasser l’étape de la vie qui a vu notre honte, embrasser ce sentiment incompréhensible qui nous a saisis devant une peccadille, embrasser nos ancêtres dans la honte qu’ils ont dû boire, jusqu’à la lie peut-être. Embrasser ceux par qui la honte est venue. Nous irons embrasser le petit enfant que nous fûmes et remonter le plus loin possible dans nos souvenirs pour le délivrer du jardin de l’infamie. Parce que les fleurs qui poussent là puent le malheur et la solitude, parce que c’est un sombre jardin que jamais le soleil n’éclaire et que lui, le petit enfant, il est fait pour le jardin d’Éden.

Ainsi peu à peu, désactivant et pacifiant nos mémoires, nous délivrerons Adam et Eve de leur honte. Le présent et l’avenir s’éclaireront pour nous et nos descendants. Et nous rapprochant du jardin d’Éden où vibre l’allégresse, nous remercierons la honte de nous y avoir conduits.

P.S. Je viens de lire ce petit conte  du pot fêlé qui fera un magnifique post scriptum !

Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, pour porter de l’eau , chacun suspendu au bout d’une perche qu’elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé alors que l’autre pot en parfait état rapportait toujours sa pleine ration d’eau. A la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé, lui, n’était plus qu’à moitié rempli d’eau.

Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu’un pot et demi d’eau. Bien sûr le pot intact était très fier de ce qu’il accomplissait mais le pauvre pot fêlé avait honte de ses propres imperfections. Le pot fêlé se sentait triste car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux ans de ce qu’il percevait comme un échec, il s’adressa un jour à la vieille dame alors qu’ils étaient près du ruisseau. « J’ai honte de moi-même parce que la fêlure sur mon côté laisse l’eau s’échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison. » La vieille dame sourit :
– As-tu remarqué qu’il y a des fleurs sur ton côté du chemin et qu’il n’y en a pas de l’autre côté ? J’ai toujours su ce qu’il en était de ta fêlure, donc j’ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin et, chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais…Pendant deux ans, j’ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n’aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que la vérité?

Qu’est-ce que la vérité ? Cette interrogation fait partie de celles qui occupent les hommes depuis des millénaires. Les philosophes antiques grecs, les sages orientaux, les védas de l’Inde et la tradition judéo-chrétienne ont donné leur réponse, les modernes aussi, nous n’aurons que l’embarras du choix. Et que l’embarras tout court aussi, car d’une part la vérité est embarrassante en elle-même, et d’autre part on voit vite que le singulier de « LA vérité », ça ne va pas de soi. Alors est-il juste de compter de nombreuses vérités, selon ses domaines d’application et selon les personnes? Que penser d’une unique vérité à l’usage de tous ? Existe-t-elle, la vérité absolue? La définition retenue par les psychologues et les scientifiques est-elle la même que celle des spiritualités? A l’heure de la crucifixion, Ponce Pilate demanda littéralement à Jésus: « Qu’est-ce que la vérité? » La réponse fut navrante pour ma conférence : il n’y eut pas de réponse. Bien que j’aie éprouvé la tentation d’imiter le Christ, au moins sur ce point, j’ai finalement résisté et si vous voulez, nous irons ensemble à la rencontre de ce qu’on en a dit, cherchant la vérité avec tous ses chercheurs.

La vérité selon les dictionnaires est la conformité de ce qu’on en dit ou perçoit avec la réalité. Le contraire du vrai c’est ce qui est faux. Faux, mensonger. Et le contraire de la vérité, c’est non pas la fausseté, qui est d’un usage réservé à l’attitude volontairement fausse de certaines personnes, mais l’erreur ou le mensonge. L’erreur est toujours involontaire, le mensonge plutôt volontaire, mais quand on se trompe sur la vérité et qu’on diffuse cette erreur, on est bien dans le mensonge. D’où vient l’erreur? Du voile de l’ignorance, car personne n’aime se tromper volontairement. Certes, l’allégorie de la vérité la représente nue, tenant sereinement un miroir dans lequel se reflète le soleil de la connaissance, mais c’est un idéal. Notre vérité à nous est plus ou moins emmitouflée, et parfois, nous ne savons même pas où est le miroir !

Voilà qui rend délicat le serment qu’on fait prêter aux témoins dans un tribunal. « Jurez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. » Bien sûr, il y a des menteurs avec préméditation et le serment s’adresse à eux plus précisément. Mais de façon générale, cela pourrait bien être impossible à tenir et celui qui prête ce serment commence sans doute à se parjurer rien qu’en le prononçant. Nous sommes d’accord que s’il s’agit de témoigner d’un éléphant, personne ne décrira une souris et c’est ce qui fait qu’un témoignage judiciaire, c’est mieux que rien car sans la vérité, on ne peut espérer rendre justice. Mais comment dire toute la vérité ? La vérité serait-elle comme un objet qu’on pourrait décrire exhaustivement? Notre cerveau aurait une programmation sans défaillance semblable à un celle d’un bon ordi? Non, avec la meilleure volonté du monde, nous sommes incapables d’une telle exhaustivité et d’une telle neutralité. En voici un exemple très simple. Lorsque nous fermons les yeux au début de mes cours de tao, nous nous amusons parfois à visualiser les personnes du cercle. Combien sommes-nous? Vêtus comment des pieds à la tête? Le résultat nous fait rire lorsque nous relevons les paupières, rire parce qu’il vaut mieux ne pas pleurer. Nos performances sont assez consternantes.

Nous nous apercevons que nous n’avons pas dit toute la vérité, et pas non plus rien que la vérité. Outre des erreurs complètes, comme oublier complètement quelqu’un ou placer X à la place d’Y, nous avons en effet une vision lacunaire des choses. Nous nous souvenons d’un pull, ou d’une couleur, rarement du bas du corps, ou alors aucun souvenir ne s’éveille. Nous sommes seulement d’accord que la personne n’était pas nue. C’est une vérité tronquée. Nous faisons pire. En effet, nous modifions la vérité, nous en rajoutons. C’est amusant quand au début d’un cours notre mémoire réhabille quelqu’un de pied en cap, affublant d’un sweet rouge une dame en gris, ce peut être grave dans d’autres circonstances. Car lorsqu’un élément important nous manque, il peut arriver que nous en convenions, mais lorsque nous modifions la vérité, nous en sommes généralement inconscients. Or c’est une erreur que nous pratiquons extrêmement couramment. Et si en plus nous nous mettons à interpréter ce dont nous nous souvenons, si nous jugeons ce que nous avons vu, nous risquons d’infléchir encore davantage le réel. Le réel devient brouillé par la vision personnelle que nous en avons. Entre lui et nous, les filtres de notre passé et de notre caractère, la vérité nous devient inaccessible.

En littérature, on appelle ça modaliser. Une modalisation, c’est quand un auteur intervient et colore de sa personnalité ce qu’il raconte ou décrit. Par exemple, je peux dire que la lune sort joyeusement des nuages, et témoigner dans un tribunal que ce soir-là, l’ambiance était excellente jusqu’au drame en question. Mais c’est juste une appréciation personnelle sur un fait neutre: la lune sortait des nuages. Quelqu’un d’autre plus tourmenté pourrait témoigner que dès le début de la soirée, l’ambiance était sinistre et que les nuages ne cessaient de galoper devant la lune. Cette idée du galop et la notion de ne pas cesser de faire quelque chose sont aussi des marques de la subjectivité de l’auteur. En littérature, cette présence du narrateur dans ce qu’il raconte est très appréciée, elle donne un point de vue pimentant un récit qui n’a pas d’incidence sur la réalité tangible.

Mais dans la vraie vie? Cette projection, cette intrusion de notre personne dans le réel empêche la neutralité objective. Imaginons une mère d’ado qui se plaindrait devant son fils qu’il ne cesse de la contredire et de s’opposer à elle. Le jeune homme pourrait rétorquer qu’en vérité, c’est exactement l’inverse. Comment savoir, où est la vérité exacte ? De toutes façons, nous sommes si aveugles sur nos fonctionnements habituels que depuis Adam nous préférons accuser l’autre plutôt que de regarder les choses en face. Personne dans le domaine des relations humaines n’est capable de toute la vérité, rien que la vérité : certains événements sont minimisés ou grossis, oubliés ou interprétés. Personne ne ment, peut-être, mais personne ne dit la vérité. On n’a plus accès qu’à ce qu’on appelle la vérité psychologique qui est plus ou moins éloignée de la vérité objective selon notre équilibre mental et émotionnel – et jusqu’à Sainte Anne. La vérité psychologique dépend de la personne, si bien que, comme l’a dit Pirandello dans une de ses pièces de théâtre, A chacun sa vérité .

En effet nous sommes façonnés par notre héritage génétique, notre histoire, nos conditionnements et par des connexions inconscientes. C’est cela qui nous donne une vision lacunaire ou pervertie de la réalité. Et cela dépasse le fonctionnement psychologique, les neurosciences nous le démontrent. Lorsqu’on examine en effet les zones du cerveau de gens dits normaux à qui on demande d’observer un objet ou l’autre, on remarque qu’alors ça ne s’active pas uniformément selon les personnes. Qu’un SDF dépressif et alcoolique ait le cerveau moins rapide et plus éteint que celui d’un Einstein ne nous étonnerait pas, mais il en est de même pour des individus ordinaires comme vous et moi. C’est inscrit dans notre fonctionnement neuronal, personne ne voit la même chose que quelqu’un d’autre : notre perception de la réalité est personnalisée, même devant un objet neutre.

L’activité particulière à chaque cerveau se comprend plus facilement si on ajoute que nous percevons cette réalité non seulement par les yeux et notre analyse mentale, mais aussi par les portes de nos quatre autres sens. La vérité complète du monde extérieur nous est donnée aussi par ce que nous en entendons, par sa saveur et notre sens du goût, par les terminaisons nerveuses du toucher que l’hérédité et nos conditions de vie nous ont données. On sait bien que certains ont le nez plus fin que d’autres et que tout le monde ne peut pas être parfumeur! Il en est de même pour tous nos sens et encore pour notre faculté d’analyser ce que nous sentons. C’est pourquoi au cours de ces expériences, certaines zones du cerveau sont plus ou moins allumées selon les personnes et leur degré de présence au monde, et aussi selon les objets présentés à leur observation. Même à leur insu, ces objets mobilisent plus ou moins de leur intérêt et touchent plus ou moins de leur émotionnel. Finalement, ce n’est pas de notre faute si nous ne voyons pas les choses exactement comme elles sont, l’objectivité ne nous est pas naturelle, c’est biologique.

Seulement nous avons appris que les neurones sont plastiques et du coup, même si nous risquons d’avoir toujours du vrai une approche personnelle et teintée de psychologie, nous avons quand même une marge de progression dans notre façon de capter le présent. Il suffit de nous entraîner à cultiver l’attention à ce que nous vivons pour accroître les capacités de nos sens et de notre jugement, pour élargir la conscience. Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre… Mieux voir avec des lunettes, mieux entendre avec des prothèses, goûter ce qu’on mange avec un râtelier et s’entrainer à moins interpréter du haut de sa longue histoire ce que donne à vivre le monde, n’est-ce pas un beau programme pour la retraite ? Cet entrainement diminue la distance entre notre perception de la réalité et ce qu’elle est et nous sortira de notre fonctionnement plus ou moins pathologique. Il nous sera profitable à nous, et aussi à tous. Car la société étant formée par un ensemble d’individus, quand nous bougeons, quelque chose de l’ensemble bouge aussi.

D’ailleurs ce qui est vrai pour les individus est applicable aussi aux sociétés. Comme les individus qu’elles rassemblent, les sociétés voient la vérité d’une façon incomplète, ensuite, elles l’interprètent puis elles y conforment leurs usages et leurs lois. Pascal dans ses Pensées avait résumé cela dans une phrase célèbre:  » Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.  » Il avait étendu ce relativisme aussi au temps: « En peu d’années de possession les lois fondamentales changent. » 

Ce tour d’horizon disqualifie donc toute tentative de parler de La vérité avec un grand L. La vérité ne saurait dépendre de contingences aussi futiles que le passage d’un méridien dit encore Pascal. Elle doit être vraie partout et durablement. Or s’il y a sept milliards d’individus et sept milliards de vérités, la vérité est toute relative. Si nous étions foncièrement conscients de cette situation, nous pourrions en tirer une conclusion morale qui serait de pratiquer la tolérance. La vérité énoncée par chacun n’étant somme toute qu’une opinion sur la vérité, chacun a droit à son opinion. Aucune certitude n’est plus autorisée puisque toutes les opinions sont susceptibles d’être erronées et remplacées… Dans ces conditions, l’adhésion à un système quel qu’il soit n’est pas une opération sensée, mais une croyance sans véritable fondement. C’était d’ailleurs la doctrine des sceptiques de la Grèce antique : avec Pyrrhon, ils soutenaient qu’absolument toutes nos opinions sur les choses peuvent être réfutées par des raisons contraires, ce qui fait que rien n’a titre à être considéré comme vrai. Bien sûr, pas même leur théorie !

La conséquence du scepticisme est la paix de l’esprit de celui qui n’a plus ni à chercher une vérité supérieure ni à devoir la défendre. Au niveau des sociétés, la conviction que les vérités sont toutes relatives protègerait l’humanité contre les totalitarismes et la dictature de certaines vérités sur les autres vérités. Nous ne permettrions plus à aucune vérité relative de s’ériger en vérité absolue, aucun général ne pourrait plus s’arroger le droit de nous envoyer à la mort en tuant nos semblables pour des raisons d’état, puisqu’il n’existerait plus de raison d’état. Nous mourrions pour ou à cause des idées, d’accord, mais de mort lente, comme disait Brassens. Plus d’inquisition, plus d’enfer éternel, plus de camps de concentration, plus de lavage de cerveau. Plus d’idéologies type « Hors de l’église pas de salut » qu’elle soit religieuse ou politique. Enfin la tolérance…

Chez les Grecs encore, Protagoras il y a 2500 ans avait défini l’essence du relativisme en déclarant que « l’homme est la mesure de toutes choses », donc de la vérité aussi. Et il s’était demandé sur quel critère on pourrait mesurer qu’une opinion serait plus véridique qu’une autre. La réponse retenue fut simple : puisque c’est l’homme qui mesure la vérité, puisque la vérité dépend de l’homme et non pas l’homme de la vérité, il suffit de décider des critères profitables à l’homme pour dire ce qui sera considéré comme vrai. Ainsi, c’est l’utilité d’une perception de la vérité qui la rendra plus vraie qu’une autre. Partant de là, l’apiculteur connaitra la vérité des abeilles et le médecin la vérité du corps humain, point barre. De vérité absolue, point.

Ces points de vue sur la vérité trouvent une plaisante illustration dans la mythologie grecque. Zeus ne cesse de cocufier sa divine épouse et de lui raconter des bobards dont les Grecs s’amusent. Quant à Hermès, un de ses fils illégitimes, il fut lui, menteur et voleur dès sa naissance. Sortant du berceau pour une petite promenade, il s’avisa que la carapace d’une tortue ferait une lyre magnifique s’il lui trouvait des cordes, et que les boyaux des vaches d’Apollon seraient tout à fait appropriées à cet usage. Il lui vola donc des vaches et inventa le mensonge des chaussures à l’envers pour brouiller sa propre piste et du balai sur la queue des animaux pour effacer leurs traces et semer son grand frère. Puis, il mentit effrontément en paroles. Eh bien, Hermès fut un grand Dieu, ce menteur fut pris comme messager entre le ciel, les enfers et les hommes. N’est-ce pas un choix étrange que cet éloge du mensonge ? Et confier ses messages à un menteur, qu’en pensez-vous? La leçon du relativisme, c’est que puisqu’on n’est jamais sûr de la vérité, la beauté de l’intelligence et l’ingéniosité d’une ruse peuvent lui être préférables. Il vaut mieux confier ses messages à un messager intelligent, vif, et capable d’adaptation qu’à un imbécile honnête. Il y avait d’ailleurs dans les annales juridiques maints exemples de coupables avérés, acquittés en hommage à une belle plaidoirie.

Halte là! Clament alors les logiciens et les scientifiques. Cette désinvolture devant la vérité s’applique peut-être à la psychologie et à l’interprétation quotidienne des événements, mais elle fait fi de la rigueur dont le cerveau est capable dans les domaines de l’abstraction. Il est par exemple imparable que si A = B, et que B = C, A = C. Que l’homme le mesure ou non, le raisonnement est juste et les conclusions obtenues sont vraies. En philosophie et dans les sciences, on peut avancer avec une rigueur de propositions qui les rend cohérentes et démontables. Voilà bien une confiance erronée dans le raisonnement ! ont protesté les sophistes, preuves à l’appui. Par exemple ils ont proposé ceci qui est assez simple et connu : Socrate est mortel, or mon chat est mortel, donc Socrate est un chat. Difficile à contrer n’est-ce pas? Et l’histoire du Crétois menteur, vous connaissez? Si le Crétois déclare: « Je mens », comment raisonner ? Eh bien si c’est vrai, c’est faux et si c’est faux, c’est vrai. Car s’il dit qu’il ment et que ce soit vrai qu’il soit en train de mentir, alors le Crétois dit la vérité, du coup il ment quand il dit qu’il ment… Et s’il ment effectivement en disant qu’il ment, n’est-ce pas qu’il dit la vérité ? Et s’il dit la vérité, il ne ment plus… Un autre paradoxe est plus simple. Il tient à cette simple question: Vas-tu répondre non ? Dans ce cas, si c’est non c’est oui et si c’est oui c’est non. Si l’autre répond non, il dit oui (oui je réponds non), et s’il dit oui, ça veut dire que oui c’est ça, il dit non…

Au delà des jeux de logique et des prises de tête, la démonstration est claire : dans ce domaine aussi la vérité se voile, le cerveau n’est pas capable de tout résoudre et la raison non plus. Ce n’est encore pas de ce côté qu’il faudra chercher la vérité absolue. Même si le raisonnement et la logique sont d’une grande utilité aussi bien en philosophie qu’en sciences, à tout moment, le raisonnement peut rencontrer l’impasse. Pire, à tout moment, il peut s’égarer et partir en vrille loin de la vérité. Mon père m’avait raconté à ce sujet une histoire que j’aime beaucoup à propos d’une grenouille de laboratoire. La voici. Si on enlève une patte à une grenouille et qu’on lui dise « Saute », elle saute. Si on lui en enlève deux et qu’on lui dise « Saute », elle saute. Si on lui enlève trois pattes et qu’on lui ordonne de sauter, elle saute. Mais si on enlève les quatre pattes de la grenouille, alors elle devient sourde. Dans cette erreur particulièrement sinistre, il y avait pourtant de quoi avoir confiance : le raisonnement s’appuyait sur une expérimentation.

Or justement la vérification par l’expérience est une garantie de la vérité du raisonnement pour la recherche scientifique. De même dans nos existences. Si les même causes produisent systématiquement les mêmes effets, l’expérience sera reproductible jusqu’à ce qu’on puisse considérer que la chose expérimentée est vraie. Alors on en validera le principe. C’était même un principe pour les positivistes au XIXème siècle. Ce qui sera vérifié sera vrai, le reste sera non sens, erreur ou fiction – par exemple, Dieu. Le positivisme cherche la vérité dans le comment ça marche, et non pas dans des causes premières indémontrables. En poussant un peu, on dira que l’expérience rendra vrai l’énoncé. Concrètement, l’eau bout à 100 degrés mais toutes les Anglaises ne sont pas rousses.

Il est donc bon d’expérimenter. Certaines vérifications sont faciles : si vous êtes allergique aux cacahuètes, l’expérience est à la portée de la plupart des apéros. Si voussoupçonnez votre voisin de porter une perruque, vous pouvez sans doute la lui arracher. D’autres vérifications dans le domaine des sciences sont bien plus onéreuses et les protocoles deviennent très contraignants. Pour connaître la structure intime des atomes et valider certaines théories, l’accélérateur de particules du CERN à Genève a coûté des milliards et rassemblé les budgets de plusieurs pays. Mais enfin, vérifier reste possible et exaltant, n’importe qui peut reprendre l’expérience n’importe quand : si les paramètres sont identiques, la subjectivité et les personnalités n’interfèreront pas sur les faits. A la différence des vérités psychologiques, la vérité expérimentale est objective.

Il y a donc des vérifications expérimentales faciles, d’autres plus difficiles, et puis il reste des domaines où elle est impossible. Dans le cas de démonstrations mathématiques ou logiques, avec toutes les réserves des sophistes que nous avons citées, ce sera la cohérence du raisonnement qui en fera la validité. C’était l’avis d’Aristote et celui de Kant. Tant pis si on doit recourir au raisonnement par l’absurde. Tant pis si certains paramètres ne sont pas vérifiés. L’important comme disait Protagoras, c’est que ce soit utile. La limite de cette validation est que rien ne peut être validé par soi -même. Toute proposition doit appartenir à un système puisqu’il n’y a pas de cohérence possible avec un reste s’il n’y a pas de reste… Cela fait qu’il est impossible de considérer comme vrai un élément pris isolément, puisque aucun système autour de lui ne permet de le valider. En revanche si tous les éléments se tiennent et se soutiennent, s’ils permettent d’avancer dans la recherche, en particulier en mathématiques ou dans certains domaines de recherche théorique, on pourra les considérer comme vrais.

Ce qu’il y a de particulièrement important dans la recherche scientifique, mathématique et générale, c’est qu’elle procède à partir d’hypothèses de travail prêtes à être abandonnées ou modifiées selon leur utilité et les découvertes ultérieures. Ainsi la vérité n’est jamais définitive, elle est comme un territoire qu’on découvre peu à peu. D’ailleurs certaines allégories de la vérité la représentent non pas toute nue mais en train de se dévêtir. Considérer qu’on a atteint la vérité serait se priver de son strip-tease et se scléroser dans une vision pétrifiée du réel. Nous connaissons tous des gens qui ont des idées sur la vie bien arrêtées, au sens littéral du terme. Dès lors, si la terre est plate, il est hors de question qu’elle soit ronde, si les blondes sont des idiotes, pas une n’y échappera et si un temps les desserts ne nous ont pas réussi, peu importeront jusqu’à notre mort les efforts à la cuisine. Vite s’achève l’exploration de la vie et son intérêt. Au contraire, si la vérité – les vérités sont toujours à découvrir ou à redécouvrir, notre recherche sera toujours vive et multidimensionnelle. Comme l’allégorie nue au miroir, nous dirigerons notre regard et notre miroir ensoleillé vers l’extérieur et vers l’intérieur puisque, nous l’avons vu, la vérité s’adresse au vécu intérieur, au prouvé par l’extérieur, au raisonné. Et jamais nous ne croirons posséder la vérité puisque jamais miroir n’a enfermé le soleil… Ce sera d’ailleurs une saine attitude puisque parfois ce que nous estimons comme vrai de vrai peut cesser de l’être, tel est en particulier l’enseignement de l’histoire des sciences.

Prenons par exemple notre conception du monde. Nous avons longtemps cru qu’un chat est un chat et qu’une porte est ouverte ou fermée. Or, la physique quantique nous dit que oui, et qu’en même temps… non, du moins dans le domaine des particules. Il n’existe que des probabilités qui se figent seulement lorsqu’il y a observateur. Transposé à l’échelle du quotidien, tant que personne ne regarde, il est donc possible qu’une porte soit au même moment ouverte et fermée, et que le chat soit mort et vivant à la fois, comme celui de Schrödinger… Au moins dans le domaine du tout petit, un corps a la faculté d’être à la fois corps et onde, visible et invisible. Et s’il s’avérait que cette loi soit d’une manière ou d’une autre une loi générale, cela remettrait en cause toute notre façon de voir la vérité, la réalité du monde : la réalité solide n’est pas solide.

Voilà qui bouscule notre vision matérialiste des choses. Pour ceux qui ont fait de cette approche du réel leur lecture du monde, les matérialistes, l’objet seul est vrai et peut-être considéré comme réel. Une table est une table. Déjà, Magritte avait tiré la sonnette d’alarme en sous-titrant le tableau d’une pipe : « Ceci n’est pas une pipe. » Je ne peux pas la fumer, ce n’est pas une vraie pipe mais sa représentation seulement. Au delà de la blague et de la provocation, c’était soumettre l’existence du vrai à la perception que nous en avons, attirer notre attention sur nos approximations du langage qui entraine une approximation de la pensée. D’ailleurs, on a vu que personne n’aurait exactement la même table sous les yeux et qu’est-ce qui prouve que ce n’est pas une estrade? De plus, attendons suffisamment longtemps. Les vers se nourriront du bois et la table s’effritera jusqu’à s’effondrer. Elle deviendra de la poussière, de l’humus, et peut-être un jour une fleur au milieu d’un gazon. L’objet est soumis à l’œuvre du temps, nous aussi : en tant qu’objets animés nous sommes encore plus instables dans notre vérité qu’un meuble. Et ne parlons pas de circonstances qui modifient brutalement les objets ou les corps: un bombardement, un séisme ou un 11 septembre. Un objet présent ici, disparu demain peut-il constituer une vérité, c’était déjà une question. La physique quantique y ajoute une dose d’incertitude.

Allons plus loin. Les humains savent maintenant que cette table dont nous parlons n’est pas un plateau avec quatre pieds plus ou moins bien observés, mais une ensemble d’atomes remplis de vide. On dit que la terre vidée de son espace intérieur tiendrait dans une orange, alors que resterait-t-il d’une table, en vérité? Ceci n’est pas une table, c’est une illusion de table. Illusion, c’est excessif n’est-ce pas, puisque sur cette table sont bien posés nos verres. Ou peut-être que sur cette illusion de table sont posées nos illusions de verres, le tout n’existant que par un fonctionnement de notre esprit et de nos sens, le temps que nous en avons un, nous dont l’existence pourrait n’être qu’un rêve éphémère ? Dans le rêve tout a l’air vrai et pourtant tout est sans consistance : dès que nous ouvrons les yeux, cela disparaît. Hélas ! Brad Pitt n’était que notre oreiller… Et qu’est-ce qui nous assure qu’il n’en sera pas de même à la mort? Que, sortant du sommeil de l’existence, nous ne découvrirons pas que notre vie n’était qu’un rêve illusoire ?

Parler d’illusion est provocateur, mais c’est une façon de dire que notre perception du réel est relative à des paramètres eux-mêmes relatifs, donc instables. Par conséquent notre vérité est instable aussi. On a dit : il n’y a pas plus petit qu’un atome, puis il y a plus petit qu’un atome, puis une particule n’est pas une particule mais aussi une onde. Même la science la plus rigoureuse est sujette à la relativité de ses théories et ce que nous croyons le plus absolu est frappé de caducité ne serait-ce que par la mort. Une vérité à durée déterminée ne peut pas être la vérité vraie puisqu’un jour elle disparait … Alors n’y a-t-il vraiment pas de Vérité? De vérité suprême indépendante du temps et des perceptions que nous en avons? Comme nous avons vu que tout ce qui apparaît disparait, que tout ce qui a une forme change et perd cette forme, que tout ce qui a disparu réapparaît sous une autre forme, ce n’est pas de ce côté que nous trouverons la vérité absolue de la vie. Tout ce qui nait meurt, depuis les galaxies jusqu’à nous et cette étoile que j’admire, en vérité elle est morte depuis des millions d’années. Si toute forme n’est que vérité relative, nous avons donc le choix. Ou bien il n’existe pas de vérité absolue. Le monde n’est qu’une suite de vérités relatives et aléatoires, comme l’a défendu Jacques Monod dans Le hasard et la nécessité.

Ou bien cette vérité absolue est sans forme. Elle n’appartient pas au monde visible des phénomènes mais au vide. Dans ce cas, il y a d’un côté le monde du paraître, de l’apparat, des apparences, celui des formes et du temps, de la chair, de la naissance et de la mort, celui qu’on voit avec ses deux yeux. De l’autre côté faisons l’hypothèse qu’il y a un monde sans forme exempté du temps qui passe, monde en deçà des étoiles, comme disent les bouddhistes, le tao, comme disent les chinois, le vide primordial.

Notre esprit habitué à prêter attention aux objets plus qu’à l’espace qui leur donne place se laisse abuser par le mot vide, et plus encore par celui de vacuité. Le mot fait peur à l’occident depuis des siècles et les grecs, si évolués qu’ils aient été, n’ont pas su inventer le chiffre zéro. Pourtant au sein de quoi les formes apparaissent-elles et disparaissent-elles ? Sans espace, où se poseraient les objets? N’empêche, nous nous n’aimons pas le mot « vide ». Ne pourrions nous pas trouver un autre mot? Si. Le mot « plein ».

Revenant à la tradition judéo-chrétienne, nous apprenons une autre définition de ce vide primordial: c’est l’Être, on pourrait même dire l’Êtreté. En effet, Moïse demande au buisson ardent comment nommer auprès des autres hommes cette puissance qui se manifeste à lui dans cette lumière qui ne se consume pas. « Tu diras que c’est Je Suis. Je suis celui qui est » répond Dieu (un des noms qu’on donne). Le vide n’est donc pas vide, il est plénitude sans forme de laquelle tout surgit, dans laquelle tout baigne et qui est notre vraie nature parce qu’elle ne passe pas et n’a jamais commencé. Les grands-mère taoïstes enseignent aux petits enfants à aimer les étoiles, puis elles disent que le plus important, c’est l’espace vide entre elles qui les relie, car la vacuité n’est pas absence de vie mais puissance de vie.

Une question se pose alors au chercheur de vérité : comment Moïse a-t-il pu voir ce buisson que jamais nous, nous n’avons rencontré? C’est même un tantinet agaçant. Voir, c’est une question d’œil, aussi les sagesses du monde entier se sont-elles intéressées à la vision. Elles sont d’accord que nous avons deux yeux horizontaux, ceux qu’on regarde quand on se dit « T’as de beaux yeux tu sais! » Ces yeux-là sont horizontaux dans notre visage, ils servent à découvrir le monde des phénomènes, dit aussi monde des formes par les bouddhistes. Plus l’angle de vision de ces yeux est large, plus notre conscience du monde qui nous entoure est large, plus l’angle est étroit, plus nous en avons une vision rétrécie, jusqu’à parfois des œillères. Vous savez, ces caches au bord des yeux qu’on inflige aux chevaux pour les empêcher de profiter du paysage hors de leur ornière. Enfin, large ou étroite, la vue reste dans la ligne des yeux. Utile, merveilleuse, horizontale.

Toutefois, les spiritualités et les mythes enseignent que voir avec ces deux yeux seulement, c’est voir incomplètement. Ils ne permettent pas de distinguer le buisson ardent. L’œil qui le permettrait c’est le troisième œil. Celui qui se trouve au centre, depuis l’espace entre les sourcils jusqu’au milieu du front à peu près. On le dit vertical. On le voit sur les murs des temples égyptiens, dans le triangle des francs-maçons, dans la pastille au front de millions d’Indoues. On l’entend dans les contes. C’est celui-là qui sert à voir l’invisible. Il est seul car l’invisible n’ayant pas de forme ne peut avoir de nombre, il est Un, comme l’unicité qu’il représente.

La mythologie grecque illustre cela en privant carrément de leurs deux yeux les hommes chez qui ce troisième œil est ouvert. Homère l’aède des dieux était paraît-il aveugle. Le devin Tirésias qui prit une part importante à la guerre de Troie par ses informations occultes, l’était aussi. Et Œdipe? Il avait, avec ses deux yeux, tué son papa et épousé sa maman… Que se passe-t-il quand il découvre la vérité ? Il se crève les yeux. On a souvent interprété cela comme un châtiment, une malédiction à lui-même infligée contre sa cécité précédente, mais d’autres disent que puisqu’il a compris qu’il a épousé sa mère (mère cosmique ou féminité intérieure) il a découvert la vérité, il est Un et n’a plus besoin de ses yeux de chair. Peut-être que vous allez m’objecter que le cyclope d’Ulysse, ce mangeur de matelots qui voulait faire un sort à Ulysse et à son équipage au motif qu’ils avaient mangé quelques uns de ses fromages, n’était pas précisément un sage malgré son œil unique. C’est possible. Mais pourquoi avoir cet œil ouvert obligerait-il à devenir Jésus ou Homère? Un berger sûrement peut rester berger, un SDF, SDF et un ogre, un ogre. Et deuxièmement, que dit le mythe? Qui a fermé cet œil unique ? Quand Ulysse s’était présenté, il n’avait pas donné son nom. Il avait déclaré qu’il se nommait Personne, littéralement « pas quelqu’un ». Autrement dit, aucune « personne » n’a ce pouvoir. Avec cette ruse d’Ulysse, le mythe explique que l’œil vertical qui ouvre et ferme la vision de la Vérité absolue ne peut dépendre d’aucune action humaine. Personne sur la terre ne peut crever un troisième œil, c’est dit en toutes lettres, parce que cet œil n’appartient pas au monde des formes mais au monde de l’Être.

Ainsi donc les deux yeux nous renseignent sur la multiplicité horizontale des apparences, l’œil unique nous dévoile l’unicité du vivant auquel nous appartenons.

Les découvertes d’aujourd’hui nous rendent cela plus accessible. Nous savons que sommes tous reliés, que nous dépendons tous les uns des autres, non pas seulement nous dans cette pièce mais tout l’univers. Par exemple, si l’un de nous se prenait maintenant à chanter à tue-tête, la soirée en serait perturbée pour chacun, et si le soleil disparaissait, qu’adviendrait-il de la terre? Nous devons aux découvertes de la physique quantique un élément scientifique qui va dans le même sens que le mythe, c’est le paradoxe EPR, du nom de leurs auteurs. Einstein et deux copains à lui voulaient discréditer la théorie quantique d’indétermination des particules. De ce que j’en ai compris, on part de l’idée que si deux photons s’éloignent l’un de l’autre, ils doivent le faire indéfiniment, donc si l’un bouge, l’autre aussi. Or, puisque selon la physique quantique, leur place est seulement probable et ne sera déterminée que lors de l’observation, quand l’un se déplace, l’autre doit attendre que l’information lui arrive à la vitesse de la lumière et plus ils s’éloignent, plus la simultanéité devient impossible. A un siècle de distance, des expériences chinoises de photons l’un sur un satellite et l’autre sur la terre ont réfuté Einstein et permis de conforter l’hypothèse controversée. Il s’est avéré que même séparés, ces photons restent en contact permanent car on les trouve toujours diamétralement opposés. Ils n’ont pas besoin d’échanger d’information à l’aide d’un moyen classique. Y aurait-il entre eux des millions d’années-lumière, lorsque l’un est détecté, l’autre le sait de façon instantanée. Comment ça se fait? Je cite ici Olivier Esslinger dans le site astronomes.com. « La situation pose problème car nous considérons les deux photons comme des entités distinctes possédant des propriétés locales. Par contre, le paradoxe n’en est plus un si nous considérons que les deux particules forment un système avec des propriétés non localisées dans l’un ou l’autre des photons. Le paradoxe EPR nous oblige ainsi à introduire un nouveau concept : la non-séparabilité. » On dit que ces photons sont intriqués.

Si la non-séparabilité reste vraie dans la suite des investigations de la science, si elle saute du monde quantique des particules pour arriver dans le monde visible, il sera scientifiquement prouvé qu’on appartient obligatoirement à l’unité du monde dans sa totalité visible et invisible. On comprendra mieux pourquoi des jumeaux séparés savent toujours comment va l’autre, on ne s’étonnera plus d’aucune synchronicité. En revanche, il sera toujours possible de ne pas en avoir conscience et de rester dans ce que les bouddhistes appellent l’erreur fondamentale.

Le troisième œil, c’est donc l’œil de la conscience. Dudjom Rinpoché, un maître tibétain, disait que « La Vue (verticale) est l’Intelligence de la Conscience claire, nue, au sein de laquelle tout est contenu : perceptions sensorielles et existence phénoménale. Cette conscience claire a deux aspects : la vacuité en est l’aspect absolu, et les apparences ou les perceptions, l’aspect relatif. » Notre origine est sans forme, pure lumière, puissance et amour, et notre existence est une plongée dans la forme. Dès lors, nous nageons dans le multiple, nous ne sommes qu’une forme parmi d’autres formes. Nous oublions notre véritable origine qui est pure conscience. Ici remarquons une troublante similitude entre le bouddhisme et la Grèce. Vérité en grec se dit a-léthéia, c’est à dire : état sans oubli. Quand on se rappelle que le fleuve qu’on boit aux Enfers pour oublier ses vies antérieures avant de s’incarner s’appelle Léthé, on se rend compte avec a-léthé-ia qu’il s’agit du même oubli de notre véritable nature.

Bon, si tout ça c’est une question d’œil, comment l’ouvrir? Ulysse nous l’a dit, on ne peut pas. Alors ? Médite, disent les traditions. Tourne ton regard vers l’intérieur. Si tu te contentes de t’observer sans rien attraper, juste en regardant passer tes pensées comme des nuages dans un ciel bleu, pour reprendre une comparaison ancienne, tu te rendras compte que ce qui observe ce qui bouge n’a pas de mouvement, pas de visage. Tu verras, si tu te vides de toi, si tu oublies quelques instants passé et avenir, ton histoire et ton nom, tu ne mourras pas pour autant. Au contraire il te restera le présent.

Il se peut qu’alors et tu ne sais pas comment, ton troisième œil s’ouvre. Tu connaîtras qu’au niveau absolu, les deux vérités absolues et relatives sont identiques ou comme dirait la science actuelle, intriquées. Le monde sans forme baigne la forme et l’inspire, la guérit et se donne à elle. Le monde de la forme est son enfant, merveille visible qui reflète la jubilation sans forme, la splendeur d’une gloire qui nous dépasse. Pas surprenant qu’aujourd’hui on découvre le vide au cœur de la cellule! Dans le silence de la méditation, il se peut que l’expérience se fasse en toi d’une lumineuse plénitude, claire lumière. L’expérience que l’amour est une puissance unique à l’intérieur et à l’extérieur de toi. Comme un Jedi de La guerre des étoiles, la force sera avec toi, puissance qui fait marcher les boiteux, voir les aveugles et sortir les morts de leur tombe. Alors dans cette vérité que tu es immortel, toute peur sera balayée. La vérité t’aura rendu libre. Dans ces conditions ne compte pas sur les pouvoirs pour te l’enseigner. Essaye par toi-même!  Tu verras, médite, pars à la conquête de la vérité, il se peut que le ciel descende. Et surtout ne te jette pas dans une croyance ni une croyance inverse, n’abandonne pas ta raison ! Comme on fait pour toutes les vérités qu’on cherche, contrôle, vérifie, expérimente, découvre !

Et ne crains pas: tu resteras aussi toi-même comme d’habitude, pas besoin de te crever les yeux! Car tu es à la fois mortel et sans temps, limité et infini, obscur et lumineux, mendiant d’amour et sa source-même. La vérité de qui tu es ne donnera que plus de saveur à la vérité de ton existence éphémère.

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