Doit-on réussir?

Nous sommes en ce moment de janvier où les résolutions du 1er jour de l’année sont encore dans nos mémoires tandis que l’année chinoise du rat s’annonce et nous offre une nouvelle occasion de faire une liste. Mais quel embarras ! A quoi réussir et que réussir? Quand ? En combien de temps? Comment? Et puis devant qui réussir ? Pour qui? Pourquoi le faudrait-il? A ce stade du questionnement, le sourire me vient de me voir directement impliquée. Je ne réussis pas à écrire cette conférence, le temps m’échappe, rien d’intéressant ne me vient, elle m’ennuie moi-même. Pourquoi est-ce que je n’y arrive donc pas? J’aurais dû proposer l’intitulé “Peut-on réussir?” Mon cerveau gougloute, j’en suis à me demander s’il ne vaut mieux pas tout annuler. Mais j’écarte l’idée, je me mets la pression : je dois réussir. Et tout en me tordant les mains à cause du stress, je ris : c’est pile poil la réponse à la question posée : Doit-on réussir ? C’est drôle ! Je me souviens que lorsque j’avais préparé un sujet sur la division, elle s’était aussi présentée dans ma vie et l’idée me vient de programmer au plus tôt une conférence sur l’extase amoureuse… Mais ne nous égarons pas. Ma situation devant l’ordi me montre qu’il ne faut pas séparer la réussite de l’échec. Puisqu’on dirait que je fais des travaux pratiques, comment suis-je en train de réagir dans cette situation? Je m’accroche, je prie le ciel de m’inspirer et de me documenter. L’un et l’autre se trouvent arriver. Oui, sûrement, en remettant le sommeil à la semaine prochaine, ça va aller. C’est bien éprouvant quand même ! Existe-t-il un état de vie où la question de la réussite ne se poserait pas? Est-ce que cela nous réussirait ?

Si l’on s’en tient à l’étymologie du verbe réussir, la réussite est un état normal de la vie. Le radical de ce mot signifie en effet sortir, comme l’italien uscita qui veut simplement dire “sortie” dans les gares et les aéroports. Sortir, déboucher, ou encore percer, comme on dit d’un artiste ou d’une graine. Or c’est l’état normal de la vie d’un artiste que d’avoir percé, trouvé son public et son expression. C’est dans la nature d’une graine de pousser pour déboucher à la lumière. Réussir est donc naturel. Seulement un deuxième regard au mot nous assure que ce n’est pas si facile… Au contraire il faut pour avoir une place au soleil s’y prendre à plusieurs fois. C’est ce que signale le préfixe . Il faut faire et re-faire. Tenter des sorties… Comme le conseille le proverbe, cent fois sur le métier remets ton ouvrage.

S’il faut avoir échoué 99 fois avant de réussir, la réussite n’a plus rien de naturel, elle est un tour de force. Un exploit de persévérance et même d’obstination. Vous vous rendez compte? Et si on s’arrête à 98 alors ? On a échoué. Avouons qu’une fois échoué, un navire n’est pas dans la meilleure position pour naviguer… Choisissons donc un synonyme. On a raté. Et si on est passé plusieurs fois à côté de nos objectifs, cela devient pire. On n’a pas raté, on est raté. Être un raté, cela devient une définition de l’individu. A l’inverse, quand on a l’habitude de réussir, jamais on ne méritera l’expression qu’on est réussi ou réussité. A moins d’être un gâteau ou un soufflé au fromage !

Pourquoi cette sévérité de la langue envers le raté? Parce que le raté n’est pas seulement un raté, il est coupable. Il a tort d’avoir raté. C’est là que se pose la question du devoir : il aurait dû réussir. Devoir, (de-habere) c’est avoir quelque chose qu’on tient de quelqu’un d’autre. Vous me prêtez de l’argent, je vous le dois. Ce sens qui entraine une obligation de retour est encore plus net dans le nom commun : devoir de l’argent, c’est avoir une dette. Au sens moral, il reste l’obligation (qui a aussi un sens financier, notons-le). Nous aurons donc le devoir moral, ou le devoir conjugal, ou le devoir du soldat. Il s’agira dans tous les cas selon l’étymologie, de rendre, de rembourser à qui nous a prêté. Rembourser à la patrie, à l’époux, bref à nos créanciers. Réussir à rembourser sa dette à la patrie pour un jeune homme en 1914, c’était mourir dans une tranchée.

Quand cette situation de débiteur a-t-elle commencé? Partant de la liste de ce que nous possédons parce que nous l’avons reçu, nous nous trouvons en dette au premier souffle, avant le premier souffle, même. Car de quoi sommes-nous faits sinon de poussière d’étoiles, comme dit Hubert Reeves? Rien de ce qui nous compose n’existe en nous seuls. L’univers est notre matière. Non seulement les éléments de l’univers nous constituent mais aussi la structure de ces éléments. Nous sommes faits des mêmes structures atomiques, si bien que nous sommes remplis du même vide. Sans l’univers, nous ne serions pas. Sans la terre, la terre mère, nous n’aurions point de corps. Sans air, point de souffle, sans soleil, point de vie ni sur terre, ni en nous.

En outre, nous devons notre naissance à nos parents et nos ancêtres, à notre mère particulièrement qui nous a faits en elle à partir de ce quasi rien que nous étions. Nous sommes au sens propre la chair de sa chair. Puis nous devons à la sage-femme et même au travailleur inconnu des plates-formes pétrolières qui nous a permis d’arriver à la maternité en voiture, à ceux qui ont amené l’électricité et le chauffage, etc. La liste de nos créanciers serait interminable, puisqu’à notre arrivée sur la terre, nous sommes vêtus, chauffés, nourris, logés et soignés sans rien payer. Plus tard, nous devrons peut-être la vie à un sauveteur en mer ou à un pompier, mais nous sommes déjà couverts de dettes à la naissance. Il n’y a pas à tortiller, selon l’étymologie, il faut rembourser. A ce stade, la réponse à la question de ce soir est oui sans contradiction possible, on doit réussir.

Mais le nouveau-né dans son innocence ne sait rien de cette dette ni de ses conséquences. Il n’a rien, il reçoit tout. Il ne fait rien, il reçoit quand même. Il vit et c’est ainsi qu’il réussit. Placé dans des conditions normales, un nourrisson tète, défèque et sourit, il grandit, il joue et il éclate de rire. Il jouit de tout ce que la vie lui offre, il s’intéresse à tout et à tout le monde et c’est la première expression de sa reconnaissance envers la vie. Sa gratitude naturelle envers la nature, envers ses parents et tout son environnement, sa joie d’en profiter, c’est ça la réussite attendue, et on s’aperçoit que nul ne lui demande rien d’autre que cette joie. Les plus grincheux qui le croisent en marchant sur le trottoir ralentissent et se dérident.

Tandis qu’il grandit son sourire se fait plus rare, l’ombre passe dans ses yeux, une sorte de fermeture. Que se passe-t-il ? Un jour, sa joie n’a plus suffi. L’enfant s’est trouvé devant plusieurs obligations de réussite qui ne venaient pas de son propre besoin, comme utiliser le pot autrement que pour s’en faire un chapeau ou manger de tout et proprement avec la cuiller. Ses parents ont eu pour lui des objectifs à atteindre et aussitôt l’échec s’est profilé. Quand il a raté, devant leur réaction, il a vécu la séparation d’avec eux, la souffrance d’avoir senti ne serait-ce qu’une seconde, qu’il n’était pas conforme à leurs attentes. D’expérience en expérience, l’enfant s’est mis à croire qu’il devait réussir à répondre aux attentes pour mériter l’amour et le respect des autres. L’école n’a rien arrangé. Elle établit une obligation de réussite calibrée selon un âge et un programme donné qui ne correspondent pas forcément à l’évolution de chacun. L’échec entraine la déception des adultes, la moquerie ou le mépris des autres enfants et la sensation toujours plus évidente d’être séparé des autres jusqu’à l’impasse scolaire. Ainsi l’écolier se met à vivre dans la tension plus ou moins grande de ne pas échouer, même s’il est bon élève. Or toute tension qui ne se relâche pas est une autre cause de souffrance.

Le résultat de toutes ces expériences est un retournement de notre condition du premier âge. Au lieu que notre bonheur naturel soit l’expression de notre réussite, c’est la réussite qui conditionne désormais notre bonheur. La joie intérieure qui nous était donnée comme un cadeau au berceau nous a quittés peu à peu. Notre fonds de commerce est devenu l’incomplétude. Si nous regardons au fond de nous, ne nous manque-t-il pas toujours quelque chose pour être complètement satisfaits ? Consciemment ou inconsciemment, nous avons admis que le bonheur est conditionnel et nous nous ordonnons de réussir à le retrouver. Nous sommes devenus nos propres créanciers et nous sommes nos propres débiteurs.

Délicate situation qui porte en elle pourtant sa solution. Je m’explique. Certains pays étranglés de dettes et de devoir de remboursement réclament aux pays riches : Levez la dette, levez la dette ! Hélas, comme les banques n’ont pas la sensation d’être dans le même bateau que les pauvres, la réponse est non. Mais pour nous, c’est tout différent. La créance et la dette sont bien dans le même bateau, à savoir nous-mêmes ! On se demande pourquoi nous restons si intransigeants, un jour bourreaux, un jour victimes de nous-mêmes… Nous pourrions lever la contrainte et nous libérer de l’obligation de réussite. Certains l’ont fait, ils ont gagné la paix dit-on.

Mais nous ? Pourquoi ne le faisons-nous pas? Parce que sauf si nous sommes en grave dépression, cela nous est impossible : nous vivons dans ce que les Tibétains nomment l’avidité. C’est notre façon d’être. Il faudrait un complet bouleversement dont nous sommes incapables.

En vieillissant, nous devrions pourtant devenir plus circonspects. N’avons-nous pas observé que même quand nous avons réussi, en général nos réussites n’ont pas réussi à nous contenter longtemps ? Il nous en faut toujours de plus grandes, ou de nouvelles, les fameuses résolutions du jour de l’an nous le prouvent. Même à 80 ans on en prend, et la médecine occidentale condamne celui qui n’a plus de projets. L’acteur qui a trouvé un public de cent personnes aura pour projet de remplir un théâtre de deux cents places, le millionnaire ne s’estimera satisfait que lorsqu’il sera milliardaire. Et nous? Nous aussi, et notre avidité tous azimuts fait la fortune des publicitaires et des coachs.

Il n’y a pas de critère universel de réussite. Puisque nous sommes tous uniques, ce qui est bien pour l’un peut être mauvais pour un autre. Si je prends un critère comme parler à voix haute et claire, c’est une réussite pour le bègue ou pour l’orateur, mais pas pour le curé au confessionnal ! Vatel, le cuisinier du Prince de Condé, se poignarda à cause d’un retard d’arrivage de poissons. En ce qui me concerne je doute d’avoir eu la même réaction en pareil cas… Nos objectifs de réussite sont donc aussi variés que nous sommes différents les uns des autres.

Quand j’ai googlé “Réussir” sur internet, je suis donc tombée sur des pages et des pages de sites qui pointent en négatif les pages et les pages de nos manques plus ou moins douloureux. J’ai trouvé des propositions pour réussir à apprendre l’anglais en jouant, à perdre des kilos en trois semaines, à enfiler ses chaussures sans se faire mal au dos, à cuire un bon foie gras soi-même, à chanter juste même si on chante faux, à gagner de l’argent sans sortir de chez soi, à ne plus payer d’impôts à condition qu’on ait plus de 65 ans. Réussir à guérir de l’insomnie, à rencontrer l’âme sœur, à booster ses like sur facebook. Réussir son entreprise, son entretien d’embauche, son départ à la retraite, son année de CP. J’en termine mais la liste est interminable et très amusante : elle montre notre diversité, l’étendue de nos désirs… et de nos manques.

Il est assez facile de réussir à passer du stade du désir au stade de la résolution. Pour aller de la résolution jusqu’à la réussite par contre, il faut plusieurs conditions. Débarrassons-nous d’abord de deux conditions dont nous n’avons pas besoin pour réussir : l’honnêteté et la moralité. Elles sont même au contraire tout à fait facultatives. Le proverbe dit bien que qui veut la fin (c’est à dire la réussite) veut les moyens. J’ai trouvé un jour sur mon pare-brise un papillon publicitaire qui me proposait les compétences d’un mage vaudou pour me débarrasser de mes éventuels rivaux dans tous les domaines, amoureux, professionnels, de voisinage etc. A une autre échelle, j’ai pleuré ces jours-ci d’entendre que si Haïti était le pays le plus pauvre du monde, c’est en partie parce que le gouvernement de Clinton avait contraint les Haïtiens à tuer tous les cochons des exploitations familiales. Ayant obéi, les malheureux ont immédiatement sombré dans la famine. Il arrive que l’élévation des uns s’appuie sur le charnier des autres, des pays entiers nous le montrent en Afrique. Enfin, quand Balzac fait dire à Rastignac “A nous deux Paris”, il lui ouvre non pas la voie du dévouement, mais une carrière de ruse et de cynisme. Nous avons tous eu connaissance de gens qui se plaçaient en premier, sans souci des répercussions sur les autres. La réussite selon les hommes peut très bien ne pas s’embarrasser de la conscience d’autrui.

Ceci écarté, passons aux conditions nécessaires à l’obtention de la réussite. La première est que nos objectifs de bonheur soient les bons. Lapalissade, me direz-vous, ça va de soi ! Attendez, je vous le formule autrement: nos objectifs doivent vraiment correspondre à ce que nous sommes. Hélas! Nous connaissons-nous vraiment? Il arrive que nous ayons fait nôtres les désirs du groupe pour nous, sans nous en être même aperçus. Certains charcutiers de père en fils ont une idée très simple de la réussite pour leur fils : charcutier. Et sinon? Charcutier. Mais s’il était Mozart ? Tant pis. Si nous sommes très conditionnés par une famille, une religion, un parti, une éducation, une classe sociale, nous ne connaîtrons pas nos véritables désirs et nous croirons devoir obtenir une réussite qui n’est pas la nôtre. Nous incarnerons la réussite selon la religion, le parti, notre classe sociale ou la famille.

Or la réussite selon notre mère ne nous rendra pas heureux, même si elle-même en est très satisfaite. Rabbi Joshua disait à ses amis : “Quand j’arriverai devant l’Éternel, il ne me demandera pas “Pourquoi n’as-tu pas été Moïse? ” mais “Pourquoi n’as-tu pas été rabbi Joshua”? Ce n’est pas si facile d’être vrai. Parfois nous nous souvenons de nos aspirations et d’un critère de réussite différent selon nous et selon nos proches, genre passe ton bac d’abord. Il suffit de courage pour reprendre le fil de notre réussite à nous. Mais parfois nos désirs ont été étouffés dans l’œuf et nous n’avons même pas eu le temps d’en prendre conscience. Du coup le préalable à la première condition de réussite, c’est de nous connaître lucidement. Découvrir ce qui nous réussit, voilà une réussite. Ce n’est pas un devoir, c’est une nécessité pour ne pas viser à côté de la cible.

Le deuxième condition est encore la lucidité, du point de vue du réalisme cette fois. Avant d’aller attaquer ton ennemi, dit l’évangile, assieds-toi, regarde si tu as les forces nécessaires. Sinon, va négocier ! Nous avons parfois tendance à imaginer des objectifs irréalisables pour nous en l’état, comme de programmer l’ascension du Mont Blanc alors que nous avons le vertige sur un tabouret ou de décider d’être médecin sans du tout nous intéresser aux études. Nos résolutions sont alors plutôt des rêves et comme eux, elles s’évanouissent, à moins qu’elles ne nous remplissent de frustrations ou nous entraînent dans d’étranges démarches. Combien de gens riches ont-ils mis leur objectif de réussite dans le rêve de l’immortalité ? Il y a aujourd’hui des dizaines de cryogénés cousus d’or de par le monde. Hélas, pour nous autres, notre mort est pour l’instant la seule chose dont nous soyons sûrs.

La troisième condition pour réussir est la détermination. Quel que soit l’objectif, il faudra nous mettre en mouvement pour l’obtenir et la vie nous testera. Il s’agira peut-être simplement de refuser un carré de chocolat ou une soirée ciné, ou, plus difficile, de lutter contre les opinions des nôtres et de la société à notre sujet. Enfin, il nous faudra peut-être même nous mesurer à notre insécurité personnelle et au doute. Il faudra passer outre car pour réussir nous devons agir conformément à notre projet et y adapter d’avance notre comportement.  Florence Scovel Shinn insiste beaucoup sur ce point dans son livre Le jeu de la vie.

Enfin pour avoir la sensation d’avoir réussi, il faut avoir atteint entièrement notre objectif, une semi-réussite étant un semi-échec. Et cela demande de la persévérance, de l’obstination même, de la volonté… et encore de la lucidité. Il est bien tentant en effet de s’arrêter avant la fin, dès les prémices d’une réussite non consolidée que nous décidons définitive. C’est que réussir, c’est parfois fatigant !

La mule d’une fable nous donne encore un autre conseil. Il y avait une mule qui tomba par inadvertance au fond d’un vieux puits. Son propriétaire essaya bien de l’en tirer mais aucune de ses tentatives ne réussit. Au contraire. A la fin, il s’en alla trouver ses voisins. ” Voisins, comblons ce vieux puits desséché. Il ne sert à rien et ma mule souffrira moins longtemps”. Les voilà donc tous à jeter tristement des pelletées : phhhu, phhhhouu. La pauvre mule brait et pleure. Puis soudainement, elle se tait. Tout le monde se penche au-dessus de la margelle pour voir ce qu’il se passe. A chaque pelletée reçue, la mule s’était ébrouée, tant et si bien que le sol s’était petit à petit surélevé. Ainsi l’adversité fut-elle métamorphosée en opportunité, et le malheur se changea-t-il en grande joie quand la bête à l’air libre repartit dans son pré. Moralité : Gardons espoir dans les pires situations. Ne nous laissons pas ensevelir sous les difficultés, mais époussetons-les pour nous en dégager, ébrouons-nous et c’est sûr, nous retournerons brouter. Pour réussir, dit la mule, il faut maintenir l’optimisme et la foi en la vie.

Persévérance, détermination, lucidité, volonté, optimisme, ces qualités nécessaires nous conduisent tous au même travail quelle que soit la réussite envisagée : un travail sur nous. Un travail invisible qu’aucun critère extérieur ne viendra signaler puisqu’il s’agira d’une transformation intérieure. Cette transformation peut accroître aussi notre courage, notre sagesse, notre créativité et aussi nous donner un peu d’humour et de légèreté indispensables devant les revers comme dans le succès… Notre évolution positive est une belle réussite en soi parce qu’il est moins facile de changer de caractère que de voiture. Un autre point positif est qu’au rayon de la modification interne, on a droit à un qui perd gagne : l’échec lui-même est un élément de la réussite…  à condition d’en tenir compte sans nous laisser abattre.

Donc, les causes de plusieurs de nos échecs tiennent simplement à nos défauts. En prendre conscience nous grandit et nous rapproche du succès. Mais sommes-nous responsables de tous les échecs dans une égale mesure? Il nous arrive de buter sur toujours les mêmes pierres d’achoppement. Il y a des réussites qui semblent nous échapper encore et encore, bien que nous ayons fait de notre mieux. Nos amoureux nous quittent, nous continuons à boire, la promotion attendue est toujours pour le collègue… Mais pourquoi ça ne marche pas? Qu’est-ce qui fait que ça rate ? Y serions-nous pour quelque chose? Ce questionnement s’il est sincère nous mènera par l’introspection à une plus juste connaissance de nos fonctionnements et débroussaillera le chemin de la réussite.

Il arrivera souvent que nous trouvions une réponse dans la blessure et l’inhibition de l’enfant que nous fûmes et que nous portons encore à l’intérieur de nous. Cet enfant, c’est notre part enthousiaste, créative et joyeuse que les souffrances de la vie ont abimé. En conséquence, il ne peut plus nous communiquer son élan vital. Par contre ses blessures toujours actives nous empoisonnent. Nous devons à Jung la prise de conscience de son existence il y a quelques décennies, alors que chez les Tahitiens par exemple, on le connait et on s’en occupe depuis des siècles par la méthode dite O’hoponopono. Tant que nous ignorons cet enfant, tant que nous n’allons pas le trouver, l’écouter, le consoler, il nous découragera de vivre, il nous privera du bonheur en posant entre nous et la vie le filtre de sa blessure : la nôtre. Certes, la rencontre est difficile parce qu’il se cache. Comme tous les malheureux, il se méfie. Mais l’enjeu est majeur, pour lui qui souffre encore en nous, et pour nous. En effet, une fois guéri, il nous portera de sa fraîcheur, de sa joie et de sa vitalité. Si grâce à nos échecs, nous parvenons à le sortir du placard où il pleure depuis des années et à l’emmener jouer avec nous, n’était-ce pas la peine de nous coltiner des tribulations ? Nos échecs s’ils nous enseignent nous mettent en route vers une plus grande victoire.

D’autres échecs encore viennent d’éléments dont nous ne paraissons pas responsables. Par exemple, j’ai le souvenir d’un couple qui avait décidé que chacun consacrerait un temps de sa vie à la réussite de l’autre. A tout seigneur tout honneur, c’est la femme qui commença à se dévouer à la réussite de son mari. Elle lui paya de belles études tout en gérant la maison et les petits enfants. Il en fit bon usage, réussit brillamment. Puis, il quitta sa femme. Ou bien la réussite porte en son sein une ruine plus grande et nous ne nous en doutions pas. Nous avons accepté telle promotion qui s’avère un enfer, nous avons acheté une belle propriété au milieu des pins, dans laquelle un jour nous brûlerons, etc.

C’est que nous ne sommes pas seuls au monde et notre interdépendance avec d’autres sur lesquels nous ne pouvons rien, avec les éléments de la nature que nous ne maîtrisons pas fragilise notre réussite et rend sa durée incertaine. Le jeu du tarot représente cela par la roue de la fortune, et les Tibétains par la roue du Samsara. Rien n’est stable, tout tourne et nous avec : un jour au Capitole, le lendemain jetés au bas de la roche tarpéienne, auraient dit les vieux Romains.

Il m’est agréable d’ouvrir ici une parenthèse pour souligner que nous ne devons pas aux autres que des catastrophes! Leur soutien physique, affectif ou même spirituel nous a portés dans maintes réussites de nos vies. N’est-ce pas? Je pense par exemple au mouvement des castors, où chacun aide les autres à se construire sa maison, à tel point qu’il y a dans ma ville une rue des castors. C’est là exactement le système du corps qui nous maintient en bonne santé : chaque cellule travaille pour tous. Nous avons tous le souvenir d’épreuves traversées grâce à l’amour des autres.

Fermons la parenthèse. Que faire lorsqu’il arrive que nous découvrions, à nos dépens, que nous ne réussissons pas vraiment? Par exemple que nous ratons objectivement certains de nos projets, ou nous ne maîtrisons pas toutes les pulsions qui nous traversent. Nous ne pouvons pas grand chose sur les actions des autres à notre égard, et encore moins sur les éléments naturels dont nous sommes interdépendants. Que faire? Il y a plusieurs réponses à cela. La première nous dit : Puisque c’est ainsi, qu’il en soit ainsi. Apprenons la sagesse de l’acceptation. Rappelons-nous aussi que le jeu de cartes nommé réussite comporte une part de chance incontrôlable et ne faisons pas de la réussite qui se voit le socle de notre bonheur. Ce serait prendre trop de risques d’être malheureux. Armons-nous de résilience, évoluons dans notre appréciation de la réussite : de l’extérieur vers l’intérieur.

Dans les contes, la princesse doit embrasser un vilain crapaud et là, il se métamorphose en prince charmant. C’est dire, selon Fabrice Midal, qu’embrasser la difficulté, voire l’échec, permet sa transformation. L’échec nous propose d’apprendre à aimer la vie comme elle est, sans la juger. Il m’est venu une interprétation complémentaire de cette histoire, je vous la partage. Notre façon de refuser nos manques et nos échecs nous transforme en vilains crapauds (ce qui n’est pas un jugement moral mais l’image de notre auto-dépréciation: c’est ainsi que nous nous voyons désormais). Si nous nous embrassons quand même dans cet échec – ce qui ne signifie pas nous y vautrer ! le conte nous dit que nous retrouvons aussitôt notre noblesse.

Au cas où nous trouverions pénible qu’il y ait tant d’efforts internes et externes à faire pour réussir, rappelons-nous qu’il existe un endroit où la réussite nous est intrinsèque. Un endroit que nous avons tous connu, en un temps que nous avons tous vécu. C’est le temps du petit bébé dont nous parlions tout à l’heure, celui où notre enfant intérieur souriait sans se forcer, avant qu’il ne soit malmené. Mais qu’est-ce qu’il vivait donc ce petit-là? Il vivait l’instant présent, il n’était pas encore dévoré de pensées et de soucis. Si nous pouvions le recontacter dans cet état d’innocence, retrouverions-nous l’état de la réussite ? C’est à dire le bonheur sans souci, gratuit et stable?

Les saints et les sages nous disent que oui, et ils nous donnent le chemin. C’est d’une facilité si facile dans le principe que c’en est à pleurer… Puisque tout petits nous étions dans le présent sans jugements, consacrons quelques instants chaque jour à nous sentir vivants. Vivants c’est tout. Sans rien d’autre. Puisque nous étions sans soucis, revenons à cette disposition, et puisque les soucis s’accroissent quand on y pense, cessons d’idolâtrer la pensée. A partir de là, les traditions, puis les sciences nous ont donné divers conseils sont le plus simple est celui-ci: Fais ce que tu fais. Comme disait Montaigne: “Quand je danse, je danse !” Tu épluches les carottes? Alors épluche les carottes et ne rajoute rien. Et si tu choisis de te reposer, repose-toi, mais repose-toi vraiment, ne suis pas tes pensées, suis plutôt ta respiration. Il n’y a besoin de rien de plus, pas même d’une posture…

Toutes les activités ainsi pratiquées sont des occasions de retrouver notre innocence en débranchant notre pensée, notre passé. Et si nous sommes dans la nature, nous recevons en outre la leçon des plantes, des pierres, de l’eau qui coule. Ils sont juste là. Le chien ne fait rien, mais il bouge les oreilles, il écoute où il est. Le chat ne fait rien mais il est content : il ronronne. Le moustique a l’intention de faire quelque chose, mais nous préfèrerions qu’il s’en abstienne, parce que nous aussi nous sommes là. Que nous ne fassions rien, ce qui s’appelle méditer, ou que nous ayons une activité centrée, nous retournons à la seule vérité qui nous satisfasse fondamentalement, nous nous sentons vivants.

Dans cet état, une communication s’établit entre nous et nous : notre enfant intérieur, notre subconscient, notre corps. Cette communication fonctionne aussi et entre nous et le reste. Comme le Petit Prince, nous voilà en relation avec le renard, les étoiles ou la rose. Il nous semble que nous pouvons échanger sur un mode paisible et même sans mots.

Peu à peu nos pensées négatives s’espacent et selon de multiples témoignages, la vie s’améliore, la réussite se laisse mieux approcher. Paradoxalement, nous y sommes moins accrochés. Pour paraphraser Saint François d’Assise, nous ne cherchons plus tant à être vus qu’à apprendre à voir, à être servis qu’à servir, à être consolé qu’à consoler, à nous enrichir qu’à partager etc. Nos critères subissent insensiblement un retournement, notre bonheur se déplaçant de l’avoir à l’être. Certains radicalistes ont montré que leur nouvelle appréciation de la réussite avait tout modifié, et Saint Paul a déclaré que depuis qu’il avait découvert l’être, il considérait tout le reste comme des balayures… D’autres au contraire ont découvert par l’être une autre voie vers le succès dans l’avoir, simple et sans fatigue.

Mais comment ça peut marcher, ça ? Le Christ conseillait il y a deux mille ans : ” Demandez et vous recevrez”, et aussi : “Croyez que vous l’avez déjà reçu”. Cela signifie quelque chose de précis que Bouddha explicite ainsi : “Ce que tu penses tu le deviens, ce que tu ressens tu l’attires, ce que tu imagines, tu le crées.” Penser c’est mobiliser notre mental. Ressentir, c’est mobiliser le corps et le comportement. Et imaginer? C’est pour l’émotion, le plaisir du cœur.

Si c’est vraiment vrai, nous devenons responsable de toute notre vie, même de ce qui nous arrive quand nous sommes sûrs de n’y être pour rien, qu’il s’agisse de nous être trouvés sous un pot de fleurs en mouvement, d’avoir attrapé une maladie rare ou d’avoir gagné au loto. C’est notre comportement, notre conscience qui crée l’environnement. D’une part nous sommes responsables de l’état de notre vie parce que nous projetons, nous imaginons, nous pensons souvent des négativités et de ce fait, nous nous les attirons. Nous agissons comme des êtres limités. D’autre part nous sommes responsables de l’état du monde, par défaut de programmation d’un monde plus réussi. En effet, nous n’avons rien entrepris de ce côté là. Dit autrement, nous pourrions créer un monde plus beau pour nous et pour la planète, et nous ne l’avons pas fait.

La réponse à la question “Doit-on réussir” devient dès lors irrémédiablement : Oui, on le doit, puisqu’il n’y a plus d’échec possible, plus de “Peut-on réussir?” Fini, la planque derrière le paravent de l’impuissance et de la résignation ! Dès lors que nous avons cette information, nous devons chercher à rencontrer notre puissance, sauf si nous sommes d’avis que notre état, l’état de la France et celui du monde soient si parfaits qu’il n’y ait rien à retoucher !

Ces propos sont durs et difficiles à admettre. Vous allez me dire que nous ne nous programmons pas consciemment une vie de misère. Certes, mais nous en suivons les programmes inconscients. Je ne parle pas des heureux  pré-programmes dont nous ne nous plaignons pas ! Mais songeons aux mémoires de nos ancêtres hommes morts à la guerre ou femmes violées par les pillards, songeons à ceux qui ne savaient ni lire ni écrire, songeons aux affamés, à ceux qui sont morts sans avoir résolu les problèmes affreux qu’ils avaient rencontrés. Et c’est sans parler des mémoires personnelles que nous avons accumulées depuis notre naissance et stocké quelque part. Pour établir un autre programme, il faut désactiver notre programme installé par défaut, automatique et qui ne connait pas la réussite… Mais où est-il ?

On évoque souvent sur ce sujet la madeleine de Proust. Son goût a fait ressortir des souvenirs précis de l’enfance de l’auteur. Où était cette mémoire? Avec toutes les autres, dans ce que la psychanalyse appelle le subconscient. On situe le subconscient hors de la mémoire consciente, dans la partie oubliée de notre existence, inconnue désormais de notre cerveau mais subrepticement active. Et comme le subconscient est très puissant, il nous mène par le bout du nez, nous ne sommes pas maîtres chez nous. Nous avons donc tout intérêt à aller à sa rencontre. Nos échecs récurrents, toutes nos réactions automatiques le signalent.

Observons-nous pour déceler dans ces automatismes les mémoires, pour les nettoyer si elles sont négatives et libérer notre créativité. Comment? Voici trois techniques. Commençons par celle des taoïstes. Ils considèrent que toutes les émotions que nous vivons laisse un souvenir qui se stocke principalement dans les organes. En nettoyant nos organes par des pratiques simples et aujourd’hui accessibles à tous, nous nous libérons de nos mémoires personnelles et faisons le par la même occasion le ménage dans le vieux stock. Le tao propose aussi des techniques de recyclage et de raffinage de nos ordures. Garbage is gold, affirme Mantak Chia. Les alchimistes qui travaillaient à transformer le plomb (métal lourd et vil) en or ne disaient pas autre chose. C’est dire que quand le terrain de notre vie se nettoie de ce qui n’est plus utile, nous pouvons créer des merveilles pour nous et les autres.

Mais comme malgré les livres, les youtube et la multiplication des points d’enseignement, le tao reste assez étranger à nos habitudes et un peu complexe, revenons à la méthode tahitienne O’hoponopono qui se résume à quatre mots : Désolé, Pardon, Merci, Je t’aime. Ces quatre exclamations qu’on peut adresser à tout instant à tout le monde, à nos ancêtres, à ceux qui souffrent, à nos ennemis, à la nature etc, s’appliquent aussi au nettoyage des mémoires. Devant un échec, disons : “Désolé d’avoir créé cette situation par mon inconscience, c’est-à-dire mon subconscient”. Ensuite, Pardon. Demandons pardon à tout ce qui a été impacté par notre ignorance et notre ratage. Puis avec le Merci, remercions la vie de nous avoir montré ce nouveau chantier de nettoyage. Enfin, avec Je t’aime, reconnectons-nous à la seule énergie qui guérisse. Celle qui remplit l’univers et qu’Einstein a saluée dans une lettre à sa fille : l’Amour. Tranquillement, notre monde s’éclaire et celui des autres aussi.

Enfin, si nous sommes généreux et optimistes, revenons aux conseils de Bouddha et du Christ actualisés par Joe Di Spenza. Cultivons la vision de notre réussite, réalisons-nous un “télé-tête”, un son et lumière sans oublier d’y inclure des émotions. Joe Di Spenza dont les séminaires internationaux sont surbookés plusieurs années à l’avance, propose de nous appuyer sur les moyens techniques actuels pour y réussir. Filmons des vidéos de nos succès à venir pour nous aider à maintenir la vision, choisissons des musiques associées à la réussite de notre projet pour nous remettre dans le ressenti de la transformation etc. Projetons-nous les souvent pour les inscrire dans notre pensée profonde et notre subconscient. Méditons pour nous connecter au programmeur de base. Et retrouvons la détermination dans l’action : faisons comme si nous avions déjà reçu et transformons nos comportements. On finit par évincer les précédents programmes indésirables.

Il ne s’agit finalement de rien de moins que de nous recréer nous-mêmes en plus heureux. Devenir un homme nouveau, dit la bible, renaître. Et parvenant à nous recréer, ou plus exactement à nous laisser recréer, ayons conscience que nous agissons en même temps sur tout le cosmos. Par le miracle de l’interdépendance et de l’unicité absolue de l’univers que proclame la physique quantique, chaque allègement individuel allège le tout. En devenant libres dans tous les sens du termes, y compris libres de nos pensées, libres d’habiter le présent, libres de voler sans boulets à nos pieds, libres de réussir ce que nous voulons et libres de ne rien vouloir, en devenant capables d’être tranquilles, nous donnons cette liberté à tous.

Et comme il sont nombreux, ceux qui n’ont pas nos informations, ceux qui sont malheureux, c’est bien un devoir que de réussir à nous transformer. Cela ne se fera pas sans doute pas en un jour, cela ne créera pas une métamorphose digne des contes, mais toute transformation est une réussite. Oui, il faut réussir, réussir l’alchimie intérieure, et puis faire la preuve de notre alchimie interne ensuite en réussissant dans nos objectifs. Devenus libres, joyeux, calmes et tranquilles, notre vie deviendra telle : joyeuse, libre, calme et tranquille.

Meilleurs vœux !

One thought on “Doit-on réussir?

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